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Locarno 2017 | Goliath : la virulence d’une fierté mal placée

Seul film suisse en compétition à Locarno, Goliath s’est dévoilé à la presse. Le parcours d’un homme, David (Sven Schelker), touché dans sa virilité après que lui et sa femme enceinte, Jessy (Jasna Fritzi Bauer), soient pris à parti par un énergumène dans le train, alors qu’ils rentrent d’une soirée arrosée en boîte de nuit.

Un coup de boule et des coups de poing dans le ventre de la pauvre Jessy. Voilà les dégâts d’une soirée festive qui se termine dans la violence. David n’a pas osé s’opposer et depuis ce malheureux incident, sans répercussion pour le bébé, il décide de devenir une montagne de muscles en hantant la salle de musculation et… en trichant. Pour accélérer le processus, il n’hésite pas à se fournir des stéroïdes. Le début d’une descente aux enfers, pour lui et pour sa compagne.

Une métamorphose pour gommer l’affront

David passe d’une allure de freluquet à la carrure d’un footballeur américain. Les premiers soupçons viennent d’un de ses amis qui n’hésite pas à lui faire une remarque sur sa transformation physique rapide. Avec son acolyte de la salle de sport et fournisseur en anabolisants rencontré sur son lieu de travail, sa motivation est décuplée depuis l’humiliation subie.

Mais derrière ce travail acharné à soulever de la fonte, David en perd la raison. Devenu massif et gonflé aux produits dopants, l’ancien David a laissé place à une bête, un être incontrôlable à l’agressivité exacerbée. Emprunt à une certaine folie, ses menaces physiques deviennent de plus en plus fortes, tant dans sa vie privée que dans sa vie professionnelle. Rien ne l’arrête, pas même la future naissance de son enfant. Sa rage se décuple jusqu’au jour où ses menaces sont mises à exécution. Le nouvel appartement acheté, la nouvelle chambre de bébé prête. Une simple altercation dans le train et la future famille se désintègre en plein vol. La faute à une fierté mal placée.

Sven Schelker et Jasna Fritzi Bauer, un très bon tandem

Aperçu dans Der Kreis, Sven Schelker endosse un rôle plus physique dans Goliath. Très appliqué dans sa performance, son jeu prend en intensité plus le film avance. Furieux, poignant – surtout au moment où il découvre sa progéniture -, Schelker démontre une véritable force de caractère, une témérité qu’il n’explorait pas dans ses performance précédentes. À ses côtés, Jasna Fritzi Bauer plaît dans ce personnage de plus en plus effacé devant les excès de son fiancé. L’inversion des rôles, alors que Jessy était jadis plus exubérante et David plus renfermé, permet à l’actrice allemande de changer de registre et passe à un état quasi dépressif.

Un basculement de personnalité bien amorcé par Dominik Locher. Avec Goliath, le cinéaste suisse réalise un film sérieux, tenu et efficace dans le traitement malgré les quelques imprécisions : un entourage évoqué mais quasi inexistant ou une fin un peu abrupte qui nous laisse (un peu) de marbre. Des maladresses, certes, mais la fresque imaginée par Locher use d’une trame dramatique intéressante. La fracture entre les deux individus devient de plus en plus visible, et Locher ne se précipite pas, se focalise sur l’égoïsme naissant de David. Un homme devenu individualiste et dangereux. Les effets secondaires d’une prise trop importante de produits. Une transition tant physique que psychologique aux conséquences dévastatrices. Goliath est par définition une oeuvre qui se nourrit d’un traumatisme aux allures anodines, mais provoquera la perte d’un homme bien qui, détruit par la violence gratuite, se révoltera contre les siens comme pour démontrer son ascendant physique sur les autres. Un hymne à la virilité bafouée.

Casting : Sven Schelker, Jasna Fritzi Bauer, Adrian Furrer, José Barros

Fiche technique : Réalisé par : Dominik Locher / Date de sortie : – / Genre : Drame / Durée : 85min / Scénario : Dominik Locher, Ken Zumstein / Distributeur suisse : Filmcoopi