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Locarno 2017 | Du fantastique, de la romance vulgaire, de l’authentique et de l’absurde

Retour d’un temps un peu plus frais et pluvieux ici à Locarno. On continue sur notre lancée et accumulons les films pour trouver la petite perle qui se cache dans cette sélection 2017 de l’édition locarnaise. Mais toujours rien à signaler, hormis peut-être le pire film de la Piazza Grande. Explications.

Amori Che Non Sanno Stare Al Mondo

La compétition peine à prendre son envol. La sélection de la Piazza suit le mouvement, mais cette fois-ci, la pire oeuvre a semble-t-il fait son apparition. L’auteure Francesca Comencini n’est autre que la fille de Luigi Comencini.

Un drame italien aux allures de comédie romantique bien poisseuse. Claudia (Lucia Mascino) est le genre de femme qui brûle de passion, qui ne désire qu’une chose vivre un amour profond, le vrai tout simplement. Elle tombe sous le charme, de manière étrange et rapide, de Flavio (Thomas Trabacchi). S’ensuit une romance toxique où les disputes sont légion, où les cris et les larmes rythment le quotidien des deux individus. Jusqu’au jour où Flavio en a marre et décide de la quitter et de refaire sa vie avec une autre femme. Claudia, elle, traîne son spleen, invective sa meilleure amie et se morfond sur sa vie sentimentale cauchemardesque.

Tout ce qu’il ne faut surtout pas faire est… fait dans Amori Che Non Sanno Stare Al Mondo. Vulgaire, manquant cruellement de nuance et subtilité aux abonnés absents, rien n’est à sauver et tout est à jeter. Le personnage de Claudia irrite par sa personnalité hyperactive et Flavio est le prototype même de l’homme prétentieux. Un condensé d’inepties auquel s’ajoute une écriture très pauvre en substance où les scènes de sexe s’enchaînent sans vraiment savoir ce qu’elles apportent au récit. Symptomatique de la pauvreté d’un script sans relief.

As Boas Maneiras

Photo copyright : Pardo

Une co-production franco-brésilienne qui fait office d’oeuvre audacieuse pour la compétition. Réalisé par Juliana Rojas et Marco Dutra, As Boas Maneiras s’intéresse à Clara (Isabel Zuaa), une infirmière à domicile qui se fait embaucher par Ana (Marjorie Estiano), une femme mystérieuse, enceinte et seule dans son appartement luxueux de Sao Paulo. Une relation amoureuse s’installe entre les deux femmes. Mais un soir, le bébé naît. Une naissance qui laissera des marques…

Allez, disons-le, le nouveau-né est un loup-garou. Un petit détail qui changera considérablement les choses pour Clara appelée à épauler Joel (Miguel Lobo), l’enfant loup-garou. Une histoire qui prend le chemin du cinéma fantastique, qui amène un petit vent de fraîcheur dans cette compétition. Mais même s’il y a de l’ambition, des aspects intéressants, la longue mise en place – à peu près une heure avant d’entrer réellement dans le vif du sujet – entrave le bon fonctionnement. À cela, ajoutez la médiocre performance du jeune acteur Miguel Lobo et un rythme très aléatoire. Malgré les grosses errances, As Boas Maneiras a le mérite de proposer quelques chose, mais sans convaincre pleinement.

Person to Person

Difficile de véritablement expliquer Person to Person. Simplement, nous suivons une débutante dans le journalisme de terrain, avec son supérieur, traquant une femme endeuillée par le mystérieux meurtre de son mari, un revendeur de vinyles qui se fait arnaquer et son colocataire qui tente de remonter la pente après une rupture compliquée, et une adolescente qui préfère sécher les cours pour expliquer son amertume envers la société.

Dustin Guy Defa s’immisce dans la vie de « monsieur tout le monde », la traite sans prétention et en fait un film authentique. Une ode au quotidien et ses tracas. Rien de plus. Baigné dans une photographie vintage, très délavée, au milieu des quartiers de New York embellis par les couleurs de l’automne, Person to Person est l’histoire qui retrace la journée de votre voisin de palier, ou de votre pote. La vie suit son cours et Dustin Guy Defa en parle avec délicatesse. Parfois drôle, parfois touchant. La fresque de Guy Defa n’est pas parfaite, mais ses défauts en font sa force.

Chien

Photo copyright : Paradis Films

Samuel Benchetrit adapte son propre roman, Chien. Le cinéaste et écrivain français s’intéresse à un curieux personnage, Jacques Blanchot (Vincent Macaigne). Un homme dont la vie part en lambeau. Lui qui travaille dans un magasin nommé art 2000, qui voit sa vie de famille lui échapper et qui se retrouve sans le sou. Jacques est l’incarnation même de la médiocrité et de la naïveté. Un homme sans aucune personnalité qui subit la vie.

Et Samuel Benchetrit joue avec son personnage. Le récit verse rapidement dans l’absurdité, la bonne. Une entame intéressante, qui rappelle étrangement le ton donné dans The Lobster de Yorgos Lanthimos, avant de déraper dans la gêne. Derrière un personnage qui démarre dans la peau d’un homme, il terminera et amortira sa chute dans un costume de chien. Nuance ? Subtilité ? Difficile de véritablement cerner l’intention de Benchetrit. Le cynisme et l’ambiance qui laissaient présager de belles choses s’estompent rapidement pour laisser place à une violence gratuite au moment où Jacques se lie d’amitié avec un étrange dresseur de chien (Bouli Lanners). À partir de cette rencontre, les choses se corsent et Chien perd de sa superbe pour laisser place à la confusion, voire au malaise.

Une critique sur l’homme moderne, sur notre société qui nous dicte ses codes. Difficile de cerner totalement le discours de Samuel Benchetrit dans sa forme véritable. Mais y a-t-il quelque chose à comprendre ? On en ressort circonspect et déboussolé, mais cette fois-ci, dans le mauvais sens.

What Happened to Monday

Photo copyright : SND

Un petit voyage en 2073, ça vous dit ? Embarquons sous la houlette de Tommy Wirkola, réalisateur d’Hansel & Gretel. Une histoire qui nous plonge dans les entrailles d’une Terre surpeuplée et vampirisée par un gouvernement qui a ordonné un enfant par couple. Une décision prise par le Bureau des Naissances dirigé par l’impitoyable Nicolette Cayman (Glenn Close).

Pour nous guider dans cette aventure futuriste, Karen Settman (Noomi Rapace). Une femme qui cache un secret, celui d’être multipliée par 7. Elles sont appelées comme les sept jours de la semaine et sont restées bien sages pour ne pas trahir leur secret. Chacune sort le jour par lequel elle se nomme, en se glissant sous les traits de Karen Settman. Mais les problèmes commencent le jour où Monday ne revient pas au bercail…

Grâce à une Noomi Rapace très sérieuse, What Happened to Monday est un divertissement agréable qui tient en haleine par une mise en scène rythmée. L’idée de départ est intéressante et utilisée de manière correcte, sans faire des étincelles. Un bon divertissement qui permet à Noomi Rapace de se mettre en évidence. La Piazza Grande s’en est donnée à coeur joie.