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Locarno 2017 | Des montagnes à la Méditerranée en passant par le Texas

Toujours sous la chaleur écrasante du Tessin, si bien que l’envie d’aller se tremper la tête fait plus rêver que d’aller se parquer dans une salle obscure, nous continuons notre aventure cinématographique. Une seconde journée qui voyait Bérénice Bejo au milieu des montagnes, des voyous qui s’entretuent sur une colline pour des lingots d’or et un retraité âgé de 90 ans, qui philosophe sur la vie. Verdict.

Drei Zinnen

Le film s’ouvre sur un père et son fils qui barbotent dans une piscine. Enfin pas exactement. Aaron (Alexander Fehling) est le nouveau petit ami de Lea (Bérénice Bejo), la mère de Tristan (Arian Montgomery). Séparée de Georges, Lea refait sa vie, songe à partir vivre à Paris avec Aaron, voire même d’avoir un nouvel enfant. Mais l’arrivée de ce nouveau père n’est pas du tout du goût du jeune garçon de 8 ans. Et il entend bien le faire savoir.

Changement de décor, place au paradis alpestre des Tre Cime di Lavaredo. Un havre de paix qui va vite devenir le théâtre d’un affrontement aux conséquences désastreuses. Là, au milieu des montagnes et des derniers névés de neige, Tristan va s’en prendre psychologiquement et physiquement à Aaron. Entre des petites frasques, comme casser la scie ou lui enlever les lacets de ses chaussures, et paroles blessantes. Du haut de ses 8 ans, il tente d’intimider le nouveau copain de sa mère. La relation se dégrade sous les actes mesquins du gamin, véritable diable personnifié sous des airs de petit garçon modèle.

Ecrit et réalisé par Jan Zabeil, Drei Zinnen se définit comme un affrontement psychologique. Dans cet environnement montagneux d’une beauté effarante, la tension n’est jamais à son comble. Utilisant le facteur naturel pour accentuer la torpeur qui s’installe petit à petit, Zabeil manque cruellement d’intransigeance pour mettre en place un véritable combat moral. Entre des nappes brumeuses et le soleil envahissant les cimes italiennes, le cinéaste allemand s’épanche sur quelques sujets intéressants comme ce rapport conflictuel plutôt bien amené mais sans être utilisé de pleine manière. La relation qui progressivement se détériore sous le regard innocent de Lea, naïve et loin de penser que son fils cachait une telle haine envers Aaron, nous plonge dans la complexité relationnelle du récit. Mais les transitions entre le défi physique imposé par Tristan et les rapports humains sont approximatifs, délaissant la véritable accroche de l’histoire : le conflit entre Tristan et Aaron. Au final, le résultat n’est pas très convaincant, tout comme le casting un peu mou. Le moteur est là, mais l’essence fait défaut.

Laissez bronzer les cadavres

Laissez bronzer les cadavres – Photo copyright : Shellac

Rien que par son titre, le ton est donné. Une co-production franco-belge aux allures tarantinesques. Prenez Kill Bill et prenez une dose d’acide et vous avez un cocktail cadavérique reluisant, suant à grosses gouttes de sang.

Sur les bords de la Méditerranée, perché sur une colline, un gang a trouvé refuge après avoir commis un braquage : 250 kilos d’or dérobés. Et là, dans ce village abandonné, on y retrouve une sorte de maîtresse des lieux – la charismatique Elina Löwensohn -, un écrivain qui dort à même le sol dans une église en ruines, Rhino accompagné de sa bande et quelques personnages venus s’inviter à la petite sauterie, c’est le cas de le dire. L’histoire tirée du roman noir de Jean-Pierre Bastid et Jean-Patrick Manchette se déroule sur une journée, scindée en plusieurs heures et sur les différents points de vue des personnages.

Et dans ce cyclone de violence où l’hémoglobine gicle à souhait, Laissez bronzer les cadavres est une petite prouesse de montage, de technicité. 92 minutes où nous sommes ballotés à une vitesse effrénée d’un regard à l’autre, d’une balle à une pièce à l’autre. Réalisé par Hélène Cattet et Bruno Forzani, le tandem réussit à nous embarquer dans un furieux élan d’agressivité mélangé à une bonne dose hallucinatoire pour couronner le tout. Le cuir grince et les canons chauffent dans nos oreilles. L’expérience est prenante, parfois exagérée, mais l’audace est à souligner à l’indélébile.

Lucky

Ancien de l’US Navy et vivant seul dans sa maison, Lucky est un retraité de 90 ans, plutôt amer et aux habitudes bien définies. Des exercices le matin, des mots croisés au café du coin et une brique de lait comme unique nourriture dans son frigo. Il s’amuse à philosopher sur la réalité et la vérité avec des potes au bar. On y retrouve, entre autres, Howard (David Lynch) qui s’inquiète du Président Roosevelt, sa tortue terrestre adorée.

Semble-t-il dans les tréfonds du Texas, Lucky évoque la sensation de voir un village au temps suspendu, où rien ne se passe et tout semble figé. Derrière la caméra, John Carroll Lynch tend vers une profonde remise en question qui aborde des sujets existentiels et personnels. Un film qui parle du temps qui passe, du voyage épineux qu’est la vie. En découle des moments poignants, drôles sans jamais verser dans une moralité de comptoir. La dégaine de « vieux loup écorché » – renforcée par un morceau de Johnny Cash – de Harry Dean Stanton est pour beaucoup dans l’histoire. À 91 ans, pousser la chansonnette entouré de Mariachis, c’est fort. Un récit humaniste avec ses défauts, mais sobre comme il faut.