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Locarno 2017 | De la boxe, un meurtre dans la cité des anges et Huppert en Madame Hyde

Les jours passent et se ressemblent à Locarno. Hormis la chaleur, la qualité cinématographique est moyenne, très moyenne. Un Mathieu Kassovitz comme sparring-partner, un meutre étrange dans la cité des anges et Isabelle Huppert dans la peau d’une étrange professeure de physique. Locarno, troisième jour, voici notre avis.

Sparring

Photo copyright : Pardo

On suit souvent les grands champions, mais jamais ceux qui travaillent dans l’ombre pour parvenir à leur but final. Dans Sparring, Samuel Jouy parle des sparring-partners, les sacs de viande sur pattes qui ramassent des coups pour entraîner la superstar. Pour endosser le rôle de Steve Landry, Matthieu Kassovitz offre ses traits. Pour camper Tarek M’Bareck, le boxeur star, c’est tout simplement Souleymane M’Baye, ex-détenteur de la ceinture WBA des super légers. Deux mastodontes qui vont cohabiter dans un film qui diffère des autres métrages de boxe vus auparavant.

Car le travail d’un sparring est compliqué. Un sujet jamais porté au cinéma, loin du destin de champion d’un film comme Southpaw, aussi présenté à Locarno deux ans auparavant. Steve Landry a une carte cauchemardesque : 49 combats pour 33 défaites. Vite moqué dans le milieu, il s’est toujours dit qu’il s’arrêterait à son 50ème combat. En proie à quelques problèmes financiers, il en arrive à remplir le rôle de sparring et souhaite offrir un piano à sa fille chérie. Mais voilà, le boulot est ingrat et sa fille essuie vite des moqueries à propos de son père qu’elle perçoit comme un sportif respecté. Steve Landry est un boxeur sur le déclin qui encaisse les coups sans broncher. Sa force !

Si le sujet est novateur, le film montre rapidement ses limites. Derrière la dimension du perdant, qui garde la tête haute même dans les moments difficiles, on sent un terrible manque de profondeur. C’est effleuré, touché du bout des doigts, alors que Steve est proche de s’allonger pour de bon. L’émotion n’y est pas vraiment, on ne sent pas cette ambiance propre au monde de la boxe. Projeté dans les cordes et malmené, Mathieu Kassovitz n’excelle pas, mais fait le job. Sparring n’est le film coup de poing, mais plutôt une ode à la compassion, et quelque peu ennuyante, pour ces valeureux combattants de l’ombre.

Gemini

Aaron Katz de retour dans le Tessin. Après avoir projeté son joli film Land Ho!, le voilà en compétition avec Gemini, un thriller où l’on retrouve Lola Kirke, Zoë Kravitz, John Cho, Greta Lee ou encore l’inoubliable Dorian Gray dans Penny Dreadful, Reeve Carney.

Avec Los Angeles en toile de fond, Jill (Lola Kirke) est l’assistante de Heather Anderson (Zoë Kravitz) une star de cinéma. Mais un jour, alors que Jill retourne dans la maison de l’actrice, elle la découvre gisant sur le sol, morte. Une paranoïa s’installe et tout le monde devient coupable. De l’ex-copain un peu allumé (Reeve Carney) au réalisateur remonté après la défection de Heather pour un tournage, la liste des coupables s’allonge et s’en va jusqu’à Jill elle-même.

Le problème de Gemini vient d’un scénario bancal. Les promesses sont réelles, le début le confirme, mais le reste laisse à désirer. L’enquête et les aléas ne tiennent pas. C’est simple, Gemini manque cruellement de consistance et reste sur un rythme très linéaire malgré une esthétique agréable. À l’image de cette compétition, le substance y est mais la transformation fait défaut. Gemini a un goût d’inachevé qui vous reste en travers de la gorge. Dommage!

Madame Hyde

Photo copyright : Haut et Court

Dr. Jekyll et M. Hyde revisité par Serge Bozon, avec Isabelle Huppert dans le rôle titre. Une version féminine librement inspirée du légendaire conte britannique qui promettait une oeuvre décalée.

Enseignante dans une classe compliquée d’un lycée professionnel de banlieue, Madame Géquil (Isabelle Huppert) peine à se faire respecter et essuie des insultes quotidiennes. Mais alors qu’elle expérimente dans son labo, elle va se retrouver foudroyée. Sonnée, elle rentre chez elle et retrouve sa petite vie avec son mari (José Garcia), homme au foyer. Rapidement, elle commence à partir seule dans la nuit et à devenir une sorte de torche humaine. Tout en s’efforçant de mener une vie normale, elle change drastiquement de personnalité. Une nouvelle Madame Géquil apparaît… comme transfigurée.

Alors que la professeure se (re)découvre, on retrouve un proviseur haut en couleur, au caractère étrange, interprété par un bon Romin Duris dans un registre différent de ce qu’on a l’habitude de voir. De l’autre, il y a José Garcia qui lui aussi se retrouve dans un rôle différent, celui d’un mari aimant et déboussolé par la nouvelle personnalité de son épouse.

Madame Hyde est une oeuvre décalée qui possède son lot de petites blagues sympathiques tout comme son côté ennuyeux. Serge Bozon s’amuse avec ses acteurs et actrices, les confrontent à des situations comiques et curieuses. Sans pour autant démérité, Madame Hyde n’est pas aussi décalé qu’on le voudrait, pas aussi furieux dans son humour. Hormis le personnage singulier de Romain Duris, et encore, c’est une ode à l’ennui, où le rythme est inexistant. Madame Hyde est un OVNI, comme son personnage principal.