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Lion: le long chemin du retour

Garth Davis est connu pour être un réalisateur de publicités ou de séries comme Top of the Lake. Avec Lion, il se lance dans la direction de son premier long-métrage et, pour cette première tentative, l’australien parvient à nous offrir un joli ouvrage, bien ficelé mais sans grande surprise.

Photo copyright: © Long Way Home Productions 2015

Adapté du roman « A long way home » de Saroo Brierley et relatant le vécu de ce dernier, le récit nous plonge dans l’Inde des années 80. Saroo (Sunny Pawar) est un petit garçon de 5 ans et vit avec sa mère, son frère Guddu (Abhishek Bharate) et sa soeur. Très pauvres, ils se démènent jour après jour pour survivre. Un soir, Saroo insiste pour que Guddu l’emmène travailler avec lui. Ce dernier finit par accepter. Une fois sur place, le petit garçon, exténué, refuse de continuer à avancer. Guddu se voit obliger de laisser Saroo dormir sur le banc d’un quai de gare, lui faisant promettre de rester là jusqu’à son retour. Saroo se réveille en pleine nuit, seul, et cherche son frère, en vain. Il monte dans un train à l’arrêt et s’endort sur une banquette. À son réveil, le train file à vive allure. Saroo, terrorisé, crie le nom de son frère, essaie de descendre du train, mais rien n’y fait. La machine est lancée et rien ne semble pouvoir l’arrêter. Il roule ainsi plusieurs jours. Lorsque le train s’arrête enfin, le petit garçon est à 1800 kilomètres de chez lui, à Calcutta, ville aussi immense qu’hostile où le danger guette à chaque rue. Il atterrit dans un orphelinat, l’enfer des bambins, où nombre d’entre eux subissent mille sévices. Fort heureusement pour Saroo, il sera adopté rapidement par Sue (Nicole Kidman) et John Brierley (David Wenham), un couple résidant en Tasmanie. 25 ans plus tard, Saroo (Dev Patel) est un fils et étudiant modèle, s’apprêtant à commencer des études dans le tourisme. Mais son passé refait surface de plus en plus, venant le hanter jusque dans son sommeil, l’empêchant de mener une vie normale avec sa nouvelle amie ( Rooney Mara). L’obsession de retrouver sa famille, à laquelle il a été arraché, est omniprésente. Il quitte travail et petite amie pour se lancer à corps perdu dans la recherche des ses racines, de sa maman qu’il chérit tant, de son frère, du petit village qui l’a vu naître. À l’aide de Google Earth, il va ratisser méthodiquement chaque mètre carré de terrain dans un rayon de 1800 kilomètres autour de Calcutta. Autant dire, chercher une épingle dans une botte de foin…

Une réalisation sans surprise mais qui atteint ses objectifs

Comme évoqué plus haut, Garth Davis réalise son premier ouvrage avec Lion. Scindé en 2 parties, le biopic s’attarde en premier lieu sur la vie de Saroo en Inde, avant son arrivée en Tasmanie. Une première partie qui transpire la chaleur suffocante indienne, aux couleurs or et sable, où chaque jour est une bataille pour les protagonistes. En totale opposition, la seconde partie, avec ses grandes étendues verdoyantes entourées d’eau, reprend son souffle. La vie de privilégié qui est offerte à Saroo lui ferait presque oublier peu à peu d’où il vient, et même sa langue natale. Si Garth Davis ne filme pas avec une virtuosité incroyable, il arrive néanmoins à capter deux atmosphères au tonalités contraires. D’un côté, la moiteur indienne et ses tons chauds, de l’autre la fraîcheur tasmanienne et ses teintes froides. Le réalisateur australien nous gratifie également de magnifiques panoramas que les amateurs de grandes échappées apprécieront. Sans surprise, la mise en scène est malgré tout soignée, posant scène après scène les jalons de l’histoire d’une vie des plus émouvantes. Car oui, si vous êtes sensible, préparez vos mouchoirs. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un métrage tire-larmes à faire pleurer dans les chaumières.

Photo copyright: © Long Way Home Productions 2015

La première partie est aussi l’occasion de découvrir le jeune comédien Sunny Pawar qui excelle dans le rôle du jeune Saroo. D’une honnêteté et vivacité d’esprit folles, il émeut aux larmes. Plein d’innocence et de fragilité, le petit garçon porte sur ses épaules la première partie du métrage avec brio. Une première moitié descriptive qui laisse place à une seconde moitié plus introspective où tous les doutes, les souffrances et les démons refont surface. Dev Patel prend le relais et nous illustre avec justesse l’impossibilité de vivre ou d’entretenir des rapports humains normaux tant le manque de repères est pesant. Rien ne peut combler le vide laissé par des êtres chers.

 

Dev Patel, la métamorphose

On l’a découvert dans le film à succès Slumdog Millionaire de Danny Boyle en 2008. Quelques années et quelques films plus tard, le voici métamorphosé pour notre plus grande joie. Du petit garçon amoureux transi de l’épopée « boylienne », Dev Patel incarne un homme qui souffre en silence. Plus charismatique que jamais, à la fois sincère, torturé, possédé presque, il campe un homme qui s’est construit sur des bases trop bancales et finit par sombrer. Trop longtemps occulté, son passé le rattrape à coups de bribes de souvenirs qui refont surface petit à petit, le forçant à affronter la réalité. Sa vie en Tasmanie, entouré de parents adoptifs aimants, l’a certes remis sur les rails et sauvé d’un malheur certain mais on ne peut ignorer qu’il est impossible de se construire sans avoir toutes les cartes en main. À partir de là, Saroo n’aura de cesse de chercher son village et sa famille. Une obsession qui le mènera progressivement à s’isoler de tout et de tout le monde. À commencer par son amie Lucy interprétée par Rooney Mara. Les deux acteurs forment un couple très cohérent à l’écran. Une réelle alchimie les lie. L’antinomie entre un Dev Patel, solaire et chaleureux et la beauté froide de Rooney Mara vient accentuer le contraste déjà existant et évoqué précédemment. Saroo s’éloignera des ses parents ensuite, ne sachant comment leur parler de ses recherches, de peur de les blesser. Nicole Kidman campe une maman désemparée, à bout de souffle face aux comportements de ses fils. Relayée au second rôle, elle parvient toutefois à adopter le ton juste, sans en faire des caisses. Une prestation qui s’accorde bien avec le reste du film, pudique.

Si Lion n’innove pas en terme de mise en scène, il réussit sans conteste à émouvoir. Le biopic retrace l’histoire incroyable de cet homme et tout le chemin parcouru pour enfin trouver la sérénité, l’urgence absolue de savoir d’où l’on vient pour commencer à se construire. Nommé dans la catégorie « meilleur film » aux prochains Oscars, Lion aura tout de même fort à faire face à Manchester By The Sea ou autres La La Land. À vos pronostics!

 

 

Casting: Dev Patel, Rooney Mara, Nicole Kidman, David Wenham, Sunny Pawar, Abhishek Bharate.

Fiche technique: Réalisé par: Garth Davis / Date de sortie: 22 février 2017 / Durée: 1h59min /Genres: Biopic, Drame, Aventure / Ecrit par: Saroo Brierley (adapté du roman « A long way home ») / Scénario: Luke Davies / Musique: Volker Bertelmann, Dustin O’Halloran / Distributeur suisse: Elite Films