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Les Heures sombres : Winston Churchill revit grâce à Gary Oldman

Après avoir fait honneur à Leo Tolstoy (Anna Karenine) et raté copieusement son film sur Peter Pan, Wright s’attaque au mythe Winston Churchill, figure politique emblématique et nommé premier ministre en période de crise avec la Seconde Guerre mondiale en toile de fond. En mai 1940, la vie de Winston Churchill va changer à jamais alors que tout le monde le voyait se fourvoyer et refusait de le voir diriger.

Pour se glisser dans la peau de Churchill, Gary Oldman. L’acteur britannique n’en est pas à son coup d’essai en ce qui concerne ce genre de rôle. Rappelez-vous : il a campé Lee Harvey Oswald dans JFK. Sans oublier son rôle légendaire du comte Dracula dans le film de Francis Ford Coppola. Oldman trouve là, sous la houlette de Joe Wright, un rôle qui lui ouvre un boulevard direction les Oscars.

Pas un homme politique, un meneur d’hommes

Personne ne voulait de Winston Churchill au pouvoir. Tout le monde souhaitait Halifax (Stephen Dillane), et même le roi George VI (Ben Mendelsohn) voyait d’un mauvais oeil l’arrivée d’un personnage qui le terrifiait. Il est vrai que l’homme a de quoi décontenancer si l’on se fie au portrait que brosse Joe Wright. Son éloquence, son allure imposante et ses nombreux cigares en faisaient un être difficilement manquable et charitable, sans oublier ses ratés qui ont précédé sa nomination. On lui reproche la perte de beaucoup d’hommes et des décisions délicates mal gérées. Mais Churchill est un homme de poigne, un vrai meneur de troupes qui ose prendre les décisions. Par exemple, la paix avec Hitler est une issue dont il ne veut même pas entendre parler. Alors que l’Angleterre est à terre, il va tenir tête à tout le monde pour faire valoir ses idées et se battre pour l’honneur.

Photo copyright : Jack English / Focus Features

Joe Wright, au lieu de reconstituer les faits dans les moindres détails, s’intéresse au personnage, à sa manière de procéder, d’exercer son emprise et d’avancer en temps de crise. Des exemples comme son incartade dans le métro: lui, qui ne prend jamais ce type de transport part à l’aventure dans les tubes londoniens pour se rendre à Westminster. Il en profite pour s’enquérir de l’avis de la population à propos de leur position sur un traité de paix avec l’ennemi. Churchill se plait à user de stratagèmes différents des autres, jouant de son caractère très terre à terre. C’est lui qui décide de mettre en place l’opération Dynamo afin d’évacuer l’armée britannique des plages de Dunkerque. Mais Les Heures sombres est surtout un film qui explore les moments de doute, les longues minutes où Churchill s’enferme dans le noir total pour s’isoler de la tumulte. Le spectre de la guerre le consume, mais il tient sur ses deux jambes, aussi difficilement que dignement, la tête parfaitement vissée sur les épaules.

Un maquillage bluffant pour un Gary Oldman au sommet de son art

Wright, toujours excellent avec sa mise en scène très élégante, tente de dissocier le personnage privé et politique. Sa femme – parfaitement interprétée par Kristin Scott Thomas – est sa boussole, elle le rappelle à l’ordre quand son premier ministre de mari est sur le déclin. Car Churchill, sous ses airs d’homme confiant, était insécure, comme le laisse transparaître son appel presque désespéré (et secret) à Roosevelt. Le visage déconfit, l’air hagard, Churchill est au bord du gouffre. Malgré tout, son tempérament bouillant en fera l’un des grands vainqueurs de cette guerre.

Si l’approche de Wright fonctionne, bien aidé par le script d’Anthony McCarten, Gary Oldman, lui, fait de Les Heures sombres un biopic de qualité. Déjà grâce à son maquillage, bluffant de réalisme, mais surtout cette performance remarquable qui lui ouvre les portes du club des prétendants très sérieux à la statuette dorée. Oldman donne une dimension dramatique et humaine et ravive la furieuse flamme qui brûlait au fond de Churchill. Aurait-on vu le vrai Winston Churchill, comme Daniel Day Lewis dans la peau d’Abraham Lincoln?

Il nous manquait un bon biopic cette année. Avec Les Heures sombres, Joe Wright s’en sort avec les honneurs dans le pari risqué du genre, bien qu’il soit très carré et dans la norme du biopic classique. Mais rien que pour l’interprétation de Gary Oldman, le déplacement est obligatoire.

Casting : Gary Oldman, Kristin Scott Thomas, Stephen Dillane, Lily James, Ben Mendelsohn, Ronald Pickup, Samuel West

Fiche technique : Réalisé par : Joe Wright / Date de sortie : 3 janvier 2018 / Durée : 125 min / Genre : Biopic / Scénario : Anthony McCarten / Photographie : Bruno Delbonnel / Musique : Dario Marianelli / Distributeur suisse : Universal Pictures