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Les Figures de l’ombre : sous quel angle interpréter le film ?

Méconnues du grand public, Katherine Johnson (Taraji P. Henson), Dorothy Vaughn (Octavia Spencer) et Mary Jackson (Janelle Monae) sont les figures de l’ombre qui ont permis à la NASA d’opérer une avancée considérable dans la course à la conquête spatiale face aux soviétiques. Grâce à la maestria des trois jeunes femmes, l’astronaute John Glenn (Glen Powell) s’est envoyé en l’air dans les meilleures conditions.

Photo copyright: Twentieth Century Fox

Même si l’intellect est mis en avant, il est difficile de passer à côté du climat raciste qui régnait en Virginie à cette époque, dans les années 60. Dans ces milieux tels que la science ou le sport, comme le décrivait 42, la performance passe presque au second plan tant la ségrégation est omniprésente. Les toilettes pour les noirs ou encore les emplacements réservés pour la communauté afro-américaine dans le bus, l’atmosphère est pesante, presque irréaliste.

Racisme et machisme

Transférée dans un autre bureau pour effectuer des calculs d’une extrême complexité, Katherine Johnson, mère célibataire, se frotte dans un premier temps au racisme mais aussi au machisme. Femme noire dans un milieu d’hommes blancs, le décor est planté. C’est bien cette dernière qui va essuyer de nombreux moments de solitude, comme, par exemple, pour traverser la base spatiale pour simplement aller toilettes…réservées aux noires. Un détail qui provoquera l’ire de Al Harrison (Kevin Costner). Dans un mouvement de colère, il décide de supprimer, à coups de marteau, les toilettes réservées aux gens de couleur. Un acte fort à cette période, surtout en Virginie. Peut-être précurseur et plus intelligent que la moyenne…

Non loin, Dorothy Vaughn se bat pour une promotion. Pugnace et audacieuse, elle ronge son frein devant Vivian Michael (Kirsten Dunst). Elle aussi réussira à se faire une place grâce à ses connaissances liées la mécanique. Quant à Mary Jackson, bourrée de talent, elle mènera un combat acharné pour être admise à l’université afin de devenir ingénieur. Trois caractères !

Sous quel sens le prendre ?

Grâce à cette excellente alchimie entre les trois femmes, le film profite d’une certaine fraîcheur. Outre leur intellect remarquable, elles sont de véritables femmes modernes, prêtes à mouiller la chemise et non moins timorées face à la gent masculine. Mais ce n’est pas le véritable intérêt de ces figures de l’ombre. Le sens de l’histoire est terni par un contexte très politique. Theodore Melfi insiste sur le climat austère de l’époque et laisse quelque peu le destin extraordinaire des trois amies de côté. Les trois portraits sont édifiants, fascinants, mais l’intention du cinéaste se porte (trop) souvent sur l’aspect éthnique et non sur ces trois femmes d’exception.

Mais force est de constater que même si l’oeuvre use des codes classiques pour déployer toute la panoplie du parfait « film à Oscars », et donc très calibré, il n’est pas moins plaisant à suivre. Si Melfi tente d’exposer un récit très revanchard dans sa conception, le climat racial écrase l’admiration que l’agence spatiale, voire le monde, se doit de porter à ces trois égéries féministes. De ce point de vue, Les Figures de l’ombre est décevant. Mais d’un autre côté, l’intérêt est soulevé par la dimension sociale de l’époque. Là, Melfi ne rate pas son objectif.

Casting : Taraji P. Henson, Octavia Spencer, Janelle Monae, Kevin Costner, Kirsten Dunst, Aldis Hodge, Jim Parsons, Mahersala Ali

Fiche technique : Réalisé par : Theodore Melfi / Date de sortie : 8 mars 2017 / Durée : 2h06min / Genre : Drame, Biopic / Pays : USA / Scénario : Allison Schroeder, Margot Lee Shetterly / Musique : Pharrell Williams, Hans Zimmer / Mandy Walker / Distributeur suisse : Fox-Warner