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Cannes 2017 | Les Fantômes d’Ismaël : l’amour présent contre l’amour passé

Quand les fantômes du passé réapparaissent, rien ne va plus. Entre un amour disparu et un amour présent, Ismaël Vuillard (Mathieu Amalric) est un homme hanté et malheureux. Grâce à Sylvia (Charlotte Gainsbourg), le cinéaste trouve un nouveau sens à sa vie après la perte de Carlotta (Marion Cotillard), sa femme disparue. Si l’homme s’épanouit enfin après des années compliquées, Carlotta réapparait comme une fleur après 21 ans…

Photo copyright: Jean-Claude Lother – Why Not Productions

Arnaud Desplechin avait conté avec une maîtrise rare une idylle adolescente dans Trois Souvenirs de ma Jeunesse. Dans Les Fantômes d’Ismaël, l’amour est tiraillé entre le présent et le passé. Un veuf et un père orphelin de sa fille chérie cherchent à surmonter la tristesse pour continuer à vivre. Les années passent mais l’absence de Carlotta pèse toujours sur la conscience des deux hommes.

« Je t’ai arraché ton masque »

Sylvia réussit à rendre la joie de vivre à Ismaël. Mais l’arrivée de Carlotta dégoupille la nouvelle dynamique du réalisateur. Un triangle amoureux dangereux qui se referme sur Ismaël, toujours plus désemparé plus il regarde sa femme qu’il pensait morte. Mais sa nouvelle vie lui plaît. Il sent pourtant que Sylvia se détache et lui échappe. Il y a une certaine timidité qui se dégage des deux femmes qui convoitent Ismaël. Carlotta est décrite comme libertine, mais elle aime Ismaël. Sylvia, elle, est définie comme une femme sérieuse. La complexité du trio amoureux s’intensifie en raison de la position d’Ismaël, déstabilisé entre sa seconde femme qui lui a «enlevé» son masque et la première qui lui l’a donné.

Bercé de pensées mélancoliques, l’homme perd un sourire revenu, tout comme son art. Là se trouve une certaine poésie que Desplechin caresse avec beaucoup de savoir-faire. À l’image de Trois Souvenirs de ma Jeunesse, les dialogues sont travaillés, réfléchis comme une mécanique sans failles. On sent la peur, le désarroi et l’amour profond. Bien qu’à force d’user d’une narration contrôlée et précise, une sorte de lourdeur et un manque d’intensité s’installent.

La patte à Desplechin est inimitable

On a beau chercher les détails qui dérangent, les faiblesses d’un récit qui aurait pu se montrer plus puissant et audacieux. Peut-être, mais la patte du cinéaste originaire de Roubaix est perceptible dès les premières secondes du métrage. Les Fantômes d’Ismaël suit cette lignée et s’ancre dans la filmographie du réalisateur. Son regard sur la complexité du sentiment amoureux et les travers du passé sont des signes qui ne trompent pas. Desplechin ramène le personnage d’Ismaël dans un tourment passé, dans son Roubaix natal, là où tout a commencé et tout se ressasse. Le déclic d’une vie est souvent la femme pour Arnaud Desplechin et souvent source de mal-être ou de désespoir. Mais comme le cite Ismaël : « Je suis un homme parmi les autres que Carlotta fréquente. Mais je suis sûrement celui qu’elle aime », dans un moment de lucidité. Cette phrase nous ramène au rapport du cinéaste de 56 ans avec l’amour et la place singulière que la figure féminine occupe dans son univers.

Les Fantômes d’Ismaël n’est pas le meilleur film de Desplechin. Par contre, il soulève la folie qui peut s’emparer d’un être quand le passé s’en mêle. Les souvenirs s’entrechoquent et la raison s’en va. Mathieu Amalric transmet ce mal et la difficulté du choix entre le présent et le passé. Multitude de détails qui ne sautent pas directement aux yeux à la sortie de la projection, mais qui apparaissent après réflexion. Charlotte Gainsbourg et Marion Cotillard forment un ensemble existentiel dispersé sur deux époques. Carlotta rappelle à Ismaël « qu’on ne doit rien à personne », pour expliquer sa longue absence. Une phrase qui en dit long sur l’essence du film: peut-on prendre ses décisions sans blesser quelqu’un ? Devons-nous nous justifier pour reprendre notre place d’antan ? L’équation « Vuillard » se poursuit plus nous nous enfonçons dans une fresque qui poursuit les démons du passé sans transcender son scénario de base. Arnaud Desplechin ouvre Cannes un peu timidement mais sur une note néanmoins positive.

Casting: Mathieu Amalric, Marion Cotillard, Charlotte Gainsbourg, Louis Garrel, Alba Rohrwacher, Samir Guesmi, Hyppolyte Girardot

Fiche technique: Réalisé par: Arnaud Desplechin / Date de sortie: 17 mai 2017 / Durée: 114min / Scénario: Arnaud Desplechin, Julie Peyr, Léa Mysius / Genre: Drame / Distributeur suisse: Xenix