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Les curiosités sérielles du GIFF

La cité de Calvin possède peut-être l’un des meilleurs festivals suisses : le GIFF (Geneva International Film Festival). La manifestation genevoise ouvrait ses portes le 2 novembre dernier avec une palette diverse et variée. Du cinéma à la télévision en passant par le digital, le GIFF prouve qu’il est l’un des rendez-vous culturels les plus intéressants dans le paysage des festivals helvétiques. Cette 24e édition amène également son lot d’invités, Kenneth Lonergan, Peter Greenaway, Yann Gonzalez, Souleymane Cissé pour ne citer qu’eux, et d’avant-premières tant cinématographiques que télévisuelles.

Se considérant comme un carrefour des genres, outre le cinéma, le GIFF annonce une sélection sérielle variée, avec des séries mastodontes telles que Castle Rock, Kidding, et profite également de remettre au centre des débats le savoir-faire des séries britanniques. Un vivier toujours très fourni artistiquement parlant outre-Manche, symbolisé par des séries telles que Howards End ou encore A Very English Scandal. C’est le cas également des très respectés nordiques et des productions israéliennes, très présentes cette année. Au milieu des grands noms, se cachent des petites pépites. L’occasion de vous aiguiller vers les séries qui sont à ne rater sous aucun prétexte. Si Kidding, Patrick Melrose et Castle Rock sont incontournables, quelques perles se cachent du côté de l’Estonie et de la Russie.

Photo copyright : DR

GOGOL, écrivain devenu détective

Nicolas Vassiliévitch Gogol est considéré comme l’un des écrivains classiques les plus fameux de la littérature russe. Alors quand son image est transformée par Aleksey Chupov et Natalya Merkulova, le pays s’embrase. Les russes n’ont de loin pas appréciés qu’on touche à l’une des figures emblématiques de la littérature pour le catapulter dans une pseudo série B. 

Gogol est la première série télévisée russe diffusée dans les salles. Et c’est bien vu, car cette dernière est extravagante, furieusement rythmée et traitée de manière hallucinée. Egor Baranov réussit à nous désarçonner grâce à sa mise en scène fantaisiste, un genre de rêve (ou cauchemar) vécu à une vitesse folle. Il est même difficile de cerner si c’est bien le monde réel ou le pays des songes. Un rite psychédélique, infusé de violence et de jets d’hémoglobine. Nicolas Gogol délaisse sa cape d’écrivain pour celle d’un tout autre genre : un enquêteur.

Dans la peau d’un détective gothique aux visions prémonitoires, Alexander Petrov, le visage exagérément blafard, se glisse sous les traits de Nicolas Gogol, un premier temps greffier et partenaire d’un enquêteur moscovite. Le début des folies et des hallucinations. Mais la grande force de Gogol, qui tend vers un croisement entre Tale of Tales de Matteo Garronne et la série True Blood, s’articule autour de sa narration comique et sa frénésie meurtrière. La brume incertaine, un chevalier tout droit venu des ténèbres et des cauchemars qui deviennent réalité. Gogol surprend et réussit à nous traîner dans une expérience mystique, au plus près des « Âmes mortes »…

THE BANK, Loup de Wall Street post Mur de Berlin

Photo copyright : Itamambuca Films

Un capitalisme tout neuf et une économie florissante. The Bank ressuscite Jordan Belfort à travers Tomas Pisuke (Sergo Vares), un trader embauché dans une petite station-service au coin d’une rue. S’engage une immersion turbulente dans le milieu du trading, entre coke à foison et alcool à gogo, sans oublier les petits plaisir charnels… Ascension fulgurante et descente aux enfers pour cette jeune banque, appelée NordBank et fondée au début des années 90. L’Est est dorénavant libéré et c’est le début d’un eldorado encore inconnu pour des estoniens aux dents très longues.

Techno bien vintage, une ambiance presque berlinoise, underground, Tomas Pisuke embrasse à pleine bouche sa nouvelle existence au rythme inhumain, dans un milieu aussi turbulent que jouissif. The Bank fait preuve d’une vraie maîtrise dans le développement de son récit, gardant une cadence soutenue et abordant de manière intéressante la dimension humaine et les conséquences d’un métier tel que celui-ci. Tension relationnelle (voire artérielle) et politique d’entreprise ne font pas bon ménage, surtout dans le milieu bancaire. Mention très bien aux deux showrunners Eero Epner et Tarmo Jüristo pour leur justesse scénaristique. Série à ne pas rater du côté du GIFF.