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L’Empereur de Paris : Cassel virevolte face à l’ombre et la médiocrité

Plusieurs fois porté à l’écran, le personnage d’Eugène-François Vidocq fascine les cinéastes par sa ténacité et son histoire hors-norme. Le dernier à l’avoir adapté était Pitof. Cette fois-ci, Jean-François Richet reprend le flambeau après sa mésaventure américaine, l’oubliable Blood Father, accompagné de son acteur fétiche Vincent Cassel. Après les deux films consacrés à Mesrine et Un Moment d’Égarement, place à l’Empereur de Paris.

Vidocq est un dur à cuir. Sous le règne de Napoléon, il s’est échappé pas moins de 27 fois des plus grands bagnes de France. Une vraie légende dans le milieu. Après sa dernière évasion, il est considéré comme mort, même si tout le monde le soupçonne d’être encore en vie. Il se fait passer pour un humble commerçant, mais son visage est vite reconnu dans les bas-fonds de Paris. Vidocq se fait coincer par la police pour un meurtre qu’il n’a pas commis, mais pour obtenir sa lettre de grâce, il propose un deal : combattre la pègre en échange de sa liberté.

La fureur de vivre

« Tu es comme eux. La seule chose qui t’intéresse c’est la vengeance! » Ces mot résonnent dans les souterrains et les rues malfamées de Paris. Vidocq est un ex-bagnard, un dur de dur, rompu à la violence. Pour obtenir sa lettre de grâce, il fait encore usage de la violence pour enfermer ses anciens collègues. Enfin pas exactement. Il a toujours marché seul, sans s’associer à qui que ce soit. Personne, pas même Nathanael de Wenger (August Diehl). Il voyage seul.

Photo copyright : Roger Arpajou / Mandarin Production / Gaumont

Dorénavant rattaché au commandant de sureté, Mr. Henry (joué par l’excellent Patrick Chesnais), le dorénavant justicier au chapeau haut de forme envoie sous les verrous la pègre entière, et s’attire les foudres de Maillard (Denis Lavant), le boss des boss des crapules. Vidocq se bat pour sa liberté qui lui est refusée. Richet cadre Vidocq dans cette recherche perpétuelle, emmuré dans l’attente d’une lettre qui ne vient pas. L’échange avec Jospeh Fouché (Fabrice Lucchini) est redoutable dans le dialogue et la posture : Vidocq désarmé par les mots de Fouché, restant stoïque malgré les vérités déballées. « Obsédé à l’idée de se racheter une place dans la société », touché-coulé.

L’efficacité des dialogues, des échanges qui font écho à une mise en scène très fluide. La première heure file à toute vitesse, à naviguer dans les rues sombres à la recherche des voyous. Cassel excelle dans son costume de Vidocq, le visage marqué, les poches sous les yeux, le jeu du français s’accoutume à merveille avec le caractère bouillonnant de l’ex-bagnard. Les face-à-face avec Lucchini se démarquent et fragilisent le personnage de Vidocq. Les paroles franches de Fouché poussent l’ancien voyou à redéfinir sa place dans la société. L’ombre et la médiocrité, ou servir son pays. L’évadé doit y répondre, délaissant son costume de marginal pour un peu de paix.

Musique excellente et bagarres élégamment chorégraphiées

Le questionnement de Vidocq lié à sa position dans la société est placé au milieu de la violence. Des bagarres parfaitement mises en scène et un travail plastique qui rappelle le Pacte des Loups. Une lumière sombre, couleurs pourpres où la justice s’enfonce dans les entrailles d’une ville incertaine. Ainsi qu’une musique saisissante de Marco Beltrami (accompagné de Marcus Trump) prolonge un peu plus la percée sombre et élégante.

Jean-François Richet, malgré quelques remous après une première heure réussie, se montre inspiré. Le charisme de Cassel mélangé à l’énergique réalisation accouchent d’un résultat plaisant, qui ravira même les plus fervents détracteurs du cinéma français.

 

Casting : Vincent Cassel, Olga Kurylenko, James Thierrée, Denis Ménochet, August Diehl, Freya Mayor, Patrick Chesnais, Fabrice Lucchini, Denis Lavant.

Fiche technique : Réalisé par : Jean-François Richet / Date de sortie : 19 décembre 2018 / Durée : 110 min / Scénario : Eric Besnard, Jean-François Richet / Photographie : Manuel Dacosse / Musique : Marco Beltrami / Distributeur suisse : Ascot Elite