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Le visage d’outre-tombe de Castle Rock

Rien qu’en citant Stephen King, vous avez l’assurance d’avoir une histoire, une plongée dans les vastes et tortueuses étendues imaginatives de l’écrivain. Avec Castle Rock, diffusée sur Hulu, ne vous attendez pas à voir une adaptation d’un des romans de King, mais plutôt un lieu de connexion de plusieurs intrigues écrites par l’auteur, un hommage. Une immersion statique dans une ville du Maine où d’étranges événements se sont produits et se produisent encore.

Photo copyright : Patrick Harbron / Hulu

Le poumon de la série est bien la ville : Castle Rock. À l’image de Under The Dome, le lieu est un personnage à part entière. Nombreux sont les clins d’oeil comme par exemple le pénitencier de Shawshank qui rappelle un certain Frank Darabont, ou encore The Dead Zone sorti en 1983 et réalisé par David Cronenberg. Une brochette d’indices qui forment les contours de l’histoire de Castle Rock. Mais Sam Shaw et Dustin Thomason ne se contentent pas de reproduire un récit bourré de références et développent une histoire bien à eux.

La première séquence nous montre un jeune garçon au milieu d’un lac gelé en 1991. 27 ans plus tard, le directeur de la prison de Shawsank , Dale Lacey (Terry O’Quinn), se suicide. Juste après ce drame, les gardiens découvrent dans le bloc F de la prison, un endroit à l’abandon depuis plusieurs années, un jeune homme dans une cage, au visage émacié. Le mystérieux détenu (Bill Skarsgard) demande Henry Deaver (André Holland). Ce fameux Henry Deaver n’est autre que le petit garçon du début, seul, sur le lac gelé.

Une ville embourbée dans le mystère

Les bases posées dans un premier épisode étrange, très étrange et prenant, vous découvrez les visages de Sissy Spacek, dans le rôle de la mère d’Henry Deaver, et de Scott Glenn, dans le rôle d’Alan Pangborn, l’ex-shérif. Encore des clins d’oeil aux précédentes adaptations de Stephen King. Le coeur de Castle Rock bat au rythme des découvertes distillées, pleure sous les mélodies de Roy Orbison, et se serre quand le passé (re)surgit. Durant 5 épisodes, entre les vieux démons qui trainent dans le coin d’un bois ou dans un vieux bâtiment de la ville, on assiste à une course contre-la-montre pour découvrir le nom du fameux détenu. Le bloc F a livré un lourd secret que les habitants de Castle Rock, aveuglés par leurs peurs, n’osent même pas regarder en face. L’étrangeté d’une ville où chaque mètre carré est imprégné du péché. Dieu et Satan comme juges d’une histoire qui dépasse l’entendement. Le qualificatif « diable » est même utilisé pour décrire le jeune détenu par Alan… Métaphore ou vérité ?

Photo copyright : Patrick Harbron / Hulu

En termes stylistiques, l’utilisation de la ville, l’écriture – géniale par moments – des personnages font penser dans une moindre mesure à Twin Peaks. Mais la force de Castle Rock est peut-être sa faculté à user de son propre style. Plus qu’un récit horrifique, l’histoire traite de l’héritage parfois compliqué d’une petite ville. Henry Deaver, parfaitement campé par André Holland, en fait les frais et se bat contre une histoire erronée. Ses rencontres fortuites avec Molly (Mélanie Lynskey), une ancienne voisine pourvue de pouvoirs psychiques, l’aident à avancer un peu mieux dans l’inconnu de Castle Rock.

Esprit désincarné et hanté

Les épisodes s’empilent et les rebondissements sont choisis pour véritablement nous maintenir dans un flot de réflexions. L’iceberg Castle Rock avance tout en gardant une grande partie immergée. La série est plus généreuse après l’épisode 6. La dimension temporelle devient un allié important dans la compréhension de l’histoire. Une richesse dans l’écriture des personnages, où le duo de créateurs réussit à donner un vrai relief en prenant le temps de décrire avec une certaine habilité chacun des personnages principaux. La ville passe d’un personnage à un esprit désincarné qui rôde entre les murs. Une grande maison hantée en plein air.

Le grand échiquier se met en place pendant un certain temps. Voyez Castle Rock comme un roman de Joël Dicker – en bien mieux ! -, un « page turner » qu’on continue afin de connaître la fin. Force est de constater, malgré le rythme lent et parfois ennuyant, dû à la richesse du scénario, Castle Rock réussit à maintenir ce voile mystérieux et à intriguer grâce à une délicieuse atmosphère hantée, à l’image du visage captivant de Bill Skarsgard.

Casting : André Holland, Sissy Spacek, Bill Skarsgard, Melanie Lynskey, Scott Glenn, Jane Levy

Fiche technique : Créée par : Sam Shaw et Dustin Thomason / Date de sortie : 25 juillet 2018 / Chaîne : Hulu / Format : 10 épisodes – 50 min