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Cannes 2017 | Le Redoutable : la crise révolutionnaire de Jean-Luc Godard

« Ainsi va la vie à bord du Redoutable », une phrase qui résonnera tout le long du film de Michel Hazanavicius, véritable exercice de style qui vire au contre-pied artistique. Un anti-biopic teinté d’éclairs de génie, d’humour made in OSS 117 et d’une performance étonnante de Louis Garrel. Michel Hazanavicius délaisse le drame, registre qui lui avait réussit moyennement sur la Croisette avec The Search, pour revenir à un cinéma dit « de plaisir », comme Bérénice Bejo l’a défini en conférence de presse. Pour la peine, Jean-Luc Godard est la « victime » du cinéaste français.

Photo copyright : StudioCanal

« Je n’aime pas faire comme les autres »

Le charme, l’essence de Le Redoutable réside dans la manière avec laquelle Hazanavicius aborde le mythe Godard. Il n’aime pas les vieux, il aime les jeunes mais redoute d’être vu comme un vieux. Il se fait malmené devant des hordes d’étudiants. Jean-Luc a tué Godard ou Godard a tué Jean-Luc, c’est selon. Mais l’angle mis en avant dans le film, c’est le point de vue d’Anne Wiazemsky (Stacy Martin). L’homme qu’est Jean-Luc Godard prend beaucoup de place et il ne laisse personne lui dicter sa conduite. Et ça, Anne l’apprend à ses dépens. Elle est impressionnée par l’homme mais dégoûtée après plusieurs années – leur mariage s’étendra sur 12 ans. À trop aimer et idolâtrer, Anne déchante.

Dans un climat tendu, Paris s’embrase et Godard remet son travail en question après un accueil très mitigé de son dernier film, La Chinoise. Le cinéma ne plaît plus au maestro, il renie son travail, son oeuvre. Plus rien ! Mai 68 marque le tournant de l’existence d’un cinéaste star en artiste maoïste, dont le simple fait d’entendre « révisionniste bourgeois » lui file une poussée d’acné.

Incompris ou cliché, Godard est un personnage à part

L’angle choisit par Michel Hazanavicius surprend dès sa mise en action. JLG est singé dans ses innombrables mouvements de protestation adressé au gouvernement de Gaulle. L’envie de révolutionner le ronge, l’obsède, le pousse à arrêter le Festival de Cannes pour protester. Un éternel incompris, un artiste qui s’aime, qui se suffit à lui-même. Le changement est imminent, tout comme sa rupture avec Anne. L’innocence et la délicatesse de Stacy Martin en fait une pierre angulaire du métrage. L’air abattu, spectatrice d’un one-man-show risible, elle traîne son spleen quand Jean-Luc est là et retrouve toute sa joie quand elle revient sur un plateau de tournage, loin de son tyran de mari.

Le Redoutable revisite une partie de l’existence d’un des instigateurs de la « Nouvelle Vague » dans un anti biopic audacieux, qui possède ses forces et ses faiblesses. Morcelé en 10 chapitres, Le Redoutable s’avance sur un terrain glissant, celui de la caricature. Louis Garrel fait office « d’arbre qui cache la forêt », auteur d’une performance énergique alors que le film s’enlise dans un rythme linéaire. La surprise passée, le film poursuit son chemin et propose quelques fulgurances par-ci par-là.

Casting : Louis Garrel, Stacy Martin, Bérénice Bejo, Grégory Gadebois, Micha Lescot

Fiche technique : Réalisé par : Michel Hazanavicius / Date de sortie : 13 septembre 2017 / Durée : 107min / Genres : Biopic, Romance, Comédie, Drame / Scénario : Michel Hazanavicius, Anne Wiazemsky / Distributeur suisse :