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Le Parfum : la synthèse des senteurs morbides

Adapté en 2006 par Tom Tykwer, le roman de Patrick Süskind est un classique littéraire, un best-seller. Et en 2018, c’est sous forme de série que nous découvrons de nouvelles aventures inspirées de Jean-Baptiste Grenouille. Car oui, il est surtout question de « tenter de devenir comme Grenouille », et non d’adapter l’histoire telle quelle. Une mise en abîme du roman, un hommage à Patrick Süskind. La bande de 6 adolescents, que nous découvrons des années plus tard, va prendre en exemple le livre et s’adonner à la quête du parfum macabre.

Photo copyright : Constantin Film Verleih GmbH / Jakub Bejnarowicz

Les autorités découvrent Katerina, l’une des membres de cette équipe d’ados issus d’une pension, mutilée et assassinée. Démarre une enquête pour trouver le meurtrier. Les secrets vont remonter à la surface, plus morbides les uns que les autres. À cela se greffe des disparitions qui sembleraient liées à l’assassinat de Katerina, avec les mêmes processus. Rapidement, on s’aperçoit que les hommes sont de vrais barbares, des êtres méchants et calculateurs. Ils sont tous animés d’une vraie soif de vengeance. Le récit laisse ressortir perversion et violence. Roman Seliger (Ken Duken) et Thomas Butsche (Trystan Pütter) sont depuis tout jeunes de vrais mâles alpha prêts à en découdre. Le torchon brûle, des coups bas à la pelle. Et il y a Moritz – joué par le meilleur acteur allemand du moment, August Diehl – maître dans l’art de la manipulation et du vice. Le personnage le plus étrange à suivre, voire même le plus captivant. Le reflet de Jean-Baptiste Grenouille. Il est la force tranquille, la synthèse du mal. Et au milieu de la testostérone, les femmes sont les proies de ces messieurs, elles sont maltraitées, traînées dans la boue. Elena Seliger (Natalia Belitski) est une femme battue, violée et salie. Nadja (Friederike Becht), la femme qui mène l’enquête sur cette affaire de meurtre, se fait rouler dans la farine par le procureur dont elle est amoureuse. Une femme manipulée et triste, prête à inverser la tendance. Vous le comprendrez si vous regardez la série…

Derrière cette palette de personnages, la série parle de blessures béantes et de fossé émotionnel. Des créatures mélancoliques et écorchées vives. Un aspect intéressant réside dans le contexte parental. Les pères, mais aussi les mères, sont décrits comme des monstres d’égoïsme et insensibles. En résulte des individus aux âmes désincarnées et négligées. L’histoire démarre parfaitement avec un premier très bon épisode, tenu et très intéressant, avant de perdre en intensité. Les 5 épisodes suivants tirent en longueur, perdant en route le voile troublant du premier épisode. La suite est plus une succession de règlement de comptes, avec en toile de fond les spectres du passé. La construction autour de ces personnages détruits émotionnellement forme un prisme passionnant : la synthèse des troubles affectueux. De ce postulat, et même si les défauts sont nombreux et l’épilogue décevant, Le Parfum tire son épingle du jeu,  principalement grâce à une mise en scène froide et morbide.

Casting : Friederike Becht, Wotan Wilke Möhring, Jürgen Maurer, August Diehl, Ken Duken, Natalia Belitski, Christian Friedel, Trystan Pütter

Fiche Technique :  Création : Eva Kranenburg et inspiré du roman de Patrick Süskind / Chaîne : ZDFneo / Date de diffusion : 14 novembre 2018, Netflix fr : 21 décembre 2018 / Format : 6 épisodes – 60 min