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Le Grand jeu : l’histoire épatante de Molly Bloom contée par le maestro Aaron Sorkin

Partie de son Colorado natal, Molly Bloom déguerpit du cocon familial sans réellement savoir où ses petites manigances vont l’amener. Sa carrière d’athlète en ski de bosses derrière elle, ratant lamentablement son ticket pour les Jeux Olympiques, la désormais retraitée des champs de bosses débarque à Los Angeles pour servir des cocktails. Une chose en entraînant une autre, la jeune femme rencontre un homme, joué par un excellent Jeremy Strong, instigateur de parties de poker clandestines regroupant les grands noms d’Hollywood. Son nouveau poste d’assistante, rémunéré tant par son boss que par les pourboires généreux, lui ouvre une voie royale afin de comprendre les rudiments du métier. Mais sa relation avec son patron tourne au vinaigre et son licenciement est abrupte. Au chômage mais loin d’être abattue, Molly décide de créer son cercle de joueurs, où stars hollywoodiennes, millionnaires et toutes les plus grosses fortunes californiennes s’amusent sous le regard – ou plutôt les yeux en dollars – de Molly, maîtresse des lieux. Car les mises sont astronomiques – les blinds pour les avertis. Près de 250’000 dollars pour s’asseoir autour de la table. Tous les mardis, l’argent s’accumule. Alors que tout sourit à l’ex-sportive, un coup bas la pousse à quitter Los Angeles pour New York. Là, une autre clientèle l’attend, encore plus fortunée et dangereuse. Son succès ne tarde pas à arriver aux oreilles de la mafia russe et du FBI. Molly, une femme pleine aux as, sous le feu des projecteurs, mais entourée d’une multitude de célébrités souhaitant garder l’anonymat. Cernée de toutes parts, elle doit désormais slalomer entre la loi et les gros bras.

Aaron Sorkin sort le grand jeu

Afin d’adapter l’histoire hors du commun de la native du Colorado, surnommée « Poker Queen » ou « Poker Princess », Sorkin fait appel à sa plume acérée pour nous concocter un script en béton armé. Toujours adepte de nombreux dialogues, à distiller des détails et à appuyer sur l’accélérateur quand il faut pour enflammer son scénario, l’auteur de The Social Network ne déroge pas à la règle avec Le Grand jeu. Néanmoins, le travail était double cette fois-ci. L’Américain est passé derrière la caméra pour réaliser son tout premier film. Et même en prenant les rênes de son propre ouvrage, Sorkin continue à persévérer dans un récit ultra-élaboré, tout en intensité, pendant près de 2h20. À la manière d’un couteau suisse, Le Grand jeu est tentaculaire au vu du nombre conséquent de personnages qui peuplent l’histoire. Du Player X (Michael Cera) à l’avocat Charlie Jeffrey (Idris Elba), Molly croise des personnages tous plus importants les uns que les autres.

Photo copyright : SND

En gardant comme point d’ancrage Molly, Sorkin va s’intéresser de près et de loin à l’entier des personnages. C’est bien ça la force et à la fois la faiblesse du film. À trop en vouloir, à trop parsemer l’intrigue de détails, le cinéaste nous perd dans une course effrénée à dénouer les noeuds et les liens du cercle des privilégiés désireux de faire une partie entre « amis riches ». Du reste, les noms restent secrets. Pas de chichi pour connaître les véritables identités, non, Sorkin n’en a cure et ne verse pas dans la fantaisie, minimisant les artifices et préférant développer le personnage de Molly minutieusement, tant professionnellement que personnellement. Une existence jalonnée d’échecs, de coups de gueule, mais son chemin la mène à diriger une société riche de plusieurs millions de dollars grâce à sa simple malice. Logique, la jeune femme a rapidement vu qu’elle pouvait se faire un gros paquet de blé,  l’emmenant ainsi vers les sommets et les abîmes.

Jessica Chastain précise et captivante

À force de jouer avec le feu, en frisant le code de l’illégalité, en dépassant les bornes après une exposition trop forte dans le milieu, Molly est une cible ambulante. Une aubaine pour Jessica Chastain qui peut faire valoir son talent d’actrice, profitant de se glisser dans la peau d’une femme forte comme elle les aime. Son charisme au service d’une femme à la colère enfouie. Une femme à plusieurs visages, de l’indestructible à la fragile, Jessica Chastain s’amuse et se fond dans le personnage à merveille.

Photo copyright : SND

Sorkin lui offre un rôle intransigeant, à l’image de l’histoire. Mais l’intransigeance a ses failles et la patte de l’Américain trouve quelques limites au moment de faire les comptes. Plusieurs poids morts qui alourdissent le récit. Mais qu’importe, le scénario nous emmène sur le chemin d’une guerrière, épaulée par un avocat épris d’affection et fasciné par sa cliente, parfaitement campé par Idris Elba, et un père (Kevin Costner) qui la hante depuis sa plus tendre enfance. Une ascension fulgurante dans le poker clandestin intimement lié à une vie de famille cauchemardesque. Sorkin s’engouffre dans la brèche pour brosser le portrait d’une femme aux abois, mais fière, sans jamais perdre les pédales et gardant le silence sur les véritables identités de ses clients. Le Grand jeu rappelle que tout risque a ses conséquences. Sorkin ne s’y trompe pas et nous déballe un premier métrage carré, avec ses faiblesses, mais palpitant quand les événements s’emballent.

Casting : Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner, Jeremy Strong, Michael Cera

Fiche technique : Réalisé par : Aaron Sorkin / Date de sortie : 20 décembre 2017 / Durée : 140 min / Scénario : Aaron Sorkin, Molly Bloom / Photographie : Charlotte Bruus Christensen / Musique : Daniel Pemberton / Distributeur suisse : Ascot Elite