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Le Château de verre : le combat qui rend beau

Jeannette Walls a vécu une enfance étrange et même unique. Elevée par des parents anti-conformistes, elle, son frère et ses soeurs sont ballotés de ville en ville avant de poser leurs valises en Virginie, dans une zone pauvre des Etats-Unis. Un père alcoolique et une mère artiste et déconnectée de la réalité. Voilà la famille dans laquelle a atterri Jeannette, elle qui prendra rapidement en charge ses frères et soeurs avec beaucoup de maturité pour arriver à se sortir d’une situation compromise. Sans parcours scolaire, avant d’atterrir à l’université, elle se fraie un chemin jusqu’à New York pour exercer la profession de journaliste.

Une histoire adaptée des mémoires de la chroniqueuse mondaine. Une épopée qui a marqué Destin Daniel Cretton, l’auteur du splendide States of Grace (Short Term 12) déjà avec Brie Larson dans le rôle principal. Avec cette histoire familiale marginale, Cretton propose une histoire qui respire l’authenticité, en brossant un portait familial unique, avec ses hauts et ses bas, ses différences et ses subtilités, avec en point de mire un château de verre si fragile.

« Je plains les riches citadins »

Le regard vif de Woody Harrelson dans un rôle de père alcoolique qui lui sied à merveille et cette phrase qui résonne comme un hymne existentiel : « Je plains ces riches citadins dans leurs magnifiques appartements, leur air est tellement pollué qu’ils ne peuvent même pas apercevoir les étoiles ». Une citation qui ne cesse de vous caresser les oreilles, pleine de bon sens, pleine de liberté. Avec ses avantages et ses inconvénients, la vie que Rex a décidé d’embrasser est à double tranchants. La peur de sombrer, de ne pas se conformer aux règles sociales. Le Château de verre se fissure plus l’alcool coule dans les veines de Rex. Fantaisiste et désireux de vivre une vie hors des sentiers battus, rongé par une flamme au fond de lui qui lui brûle les entrailles, il ne voit pas que, dans son sillage, sa famille court à sa perte. Un homme qui cache ses failles, la faute à une enfance difficile. Verdict : l’homme est devenu tyrannique et irritable. Un enfer pour sa tribu, alors que Rose Mary (Naomi Watts) est passive, voire aux abois dans son rôle de mère.

Photo copyright: StudioCanal / Jake Giles Nette

Basculant entre le passé et le présent, Jeannette se retrouve dans une position sociale radicalement différente depuis qu’elle écrit les potins de la société new-yorkaise. Presque hagarde par instants, elle enchaîne les dîners parmi la haute société, toujours accompagnée de son fiancé David (Max Greenfield). Mais le passé (re)fait souvent surface. Expliquer que ses parents sont SDF lui rappelle qu’il y a un fossé entre elle et ce nouveau rang social. À l’aide de nombreuses ruptures temporelles parfaitement avalées par Destin Daniel Cretton, jonglant avec de nombreux flashbacks, l’histoire prend en profondeur et en authenticité. Car ce nouveau départ, cette réussite sociale est comme une prison de verre, loin de sa famille et sans l’approbation de son père qu’elle adore de tout son être. Père tyrannique et têtu, mais avec ses bons moments. La famille a volé en éclats, laissant les débris de verre jonchant le sol. Des parents délaissés dans un squat insalubre à Brooklyn.

Larson et Harrelson, la relation tendue et tendre

Le Château de verre peut sembler similaire à Captain Fantastic, mais sans l’être véritablement. Récit emprunt à une dimension humaine, l’oeuvre de Cretton est un tableau familial – comme l’était Captain Fantastic – auquel vous ajoutez différentes valeurs sociales et familiales. La relation très personnelle entre Rex et Jeannette prend une grande place. Entre tendresse et friction, les rapports sont houleux, parfois vous fendent le coeur quand la bouteille fait effet sur le chef de famille. Un père qui n’hésite pas à parler des démons qui le hantent depuis des années, explorant les sombres facettes de sa personnalité. Rex est un homme qui croit en ses enfants, surtout en Jeannette. À force de promettre ce château de verre, les illusions, la confiance et les rêves partent en fumée, surtout pour la future journaliste. Son regard s’emplit de tristesse, elle rêve de partir loin de son trou pour réaliser ses rêves et échapper à l’autorité oppressante de son géniteur.

Un hymne déchirant entre un père et une fille. Un mélodrame parfois à la limite de la niaiserie, quelque peu raté dans sa séquence finale, mais diablement poignant au final. La complexité relationnelle, la soif de liberté et cette mélancolie mélangée à cette belle dimension familiale en font une ode à la vie. On se laisse emporter par une aventure humaine, qui use de quelques strates de sensibleries parfois illusoires, mais l’effort est généreux. Un combat qui rend beau.

Casting : Brie Larson, Woody Harrelson, Naomi Watts, Max Greenfield, Josh Caras, Sarah Snook, Brigette Lundy-Paine

Fiche technique : Réalisé par : Destin Daniel Cretton / Date de sortie : 28 septembre 2017 / Durée : 125 min / Genre : Drame, Biopic / Scénario : Andrew Lanham, Destin Daniel Cretton, Jeannette Walls / Musique : Joel P. West / Photographie : Brett Pawlak / Distributeur suisse : Impuls Media