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Cannes 2017 | Laetitia Dosch : « Il y a une part thérapeutique dans la comédie »

Chapeau vissé sur la tête et un coca zéro pour se désaltérer, Laetitia Dosch est une actrice chaleureuse et sympathique que nous rencontrons sur la terrasse du pavillon UniFrance à l’occasion du Festival de Cannes. Elle vous fixe sans jamais vous lâcher du regard, vous évoque ses souvenirs à Lausanne et son attachement pour la capitale vaudoise. Passée par la classe libre du Cours Florent, elle décide de mettre les voiles à Lausanne pour étudier à la Manufacture. Raison de plus pour s’entretenir avec Laetitia Dosch, l’énergique Paula dans Jeune femme de Léonor Serraille.

On a l’impression que ce rôle vous colle à la peau, vous ne faites qu’une avec Paula. Êtes-vous cette femme à l’énergie débordante tout en gardant une pointe de pessimisme au fond de vous ?

(Elle esquisse un grand sourire) J’ai l’impression que c’est mon travail de faire en sorte que le rôle me colle à la peau. Si ça marche, la mission est accomplie. Après, est-ce que je suis comme ça dans la vie quotidienne ? Je crois être différente. Quand on joue la comédie, on va utiliser une partie de soi, mais pas tout. Même si dans ce rôle il y a beaucoup de choses différentes en interprétant Paula, c’est un vaste terrain de jeu . Elle est comme une actrice, elle joue sans jouer. On peut lui trouver mille personnalités différentes. En tout cas, le scénario m’a beaucoup touché quand je l’ai lu. Je suis surtout touchée qu’on me le donne à jouer. En fait, je pense que les rôles qu’on vous donne sont comme des excroissances de votre propre personnalité. Il y a presque une part thérapeutique dans la comédie. Il y a un véritable travail pour devenir cette personne. Vous la travaillez, vous tentez de résoudre les énigmes du personnage que vous devez camper et ensuite, vous découvrez des choses sur vous-même. Et finalement, le personnage vous appartient plus après le film qu’avant. Pendant que vous le jouez, vous résolvez les énigmes petit à petit.

Un rôle comme Paula a changé une facette de votre personnalité après coup ?

Ce qui m’a changé, c’est de travailler avec des gens plus jeunes que moi. Léonor (ndlr : Serraille) a cinq ans de moins que moi. Et de voir leur vision de la vie, ça m’a beaucoup rafraîchi. Ils ont des valeurs collectives qui me plaisent. Ils se méfient de l’ambition et de la réussite sociale. L’équipe représente Paula. Ces femmes, ces hommes ont d’autres valeurs et se méfient des modèles de réussite sociale que la société impose.

Pensez-vous que derrière le personnage de Paula, on pointe du doigt les pressions sociales de notre époque ?

Ça démontre les pressions sociales. Jeune femme vous montre comme une grande ville comme Paris peut vous enfermer dans la solitude. Vous êtes mis au défi tous les jours. Vous devez survivre à cette jungle urbaine. Paris laisse peu de place à l’échange, elle vous met en mode survie. C’est extrêmement difficile de se faire des amis à Paris quand on vient d’ailleurs, par exemple. C’est un sujet très intéressant que le film démontre avec subtilité.

Quand vous échangez avec Ousmane, on sent beaucoup d’amertume face à la vie urbaine. Vous dites : « Paris, c’est de l’argent ». Comment interpréter ce propos ?



Paris est une ville qui n’aime pas les gens. Trop d’argent circule à Paris et pas de place pour l’imagination. Voilà le discours de Paula. Les gens ont trop de préoccupations, sont trop nourris et il manque un vide pour pouvoir se laisser emporter par son imagination.

Est-ce que Paris est un microcosme ?



Je pense que toutes les grandes villes sont comme ça. Le temps va trop vite tout le temps. On a jamais le temps de faire tout ce qu’on veut dans la capitale.

Pour vous, quelles sont les différences entre Lausanne et Paris ?

Quand je suis arrivée à Lausanne, c’était pas une ville chère. J’avais un studio à 550 francs. Entre 2004 et 2007. J’avais pas d’argent et je me nourrissais dans les poubelles de Manor. J’étais fauchée mais j’évoluais dans une école, la Manufacture, où tout était permis. C’est à Lausanne que j’ai trouvé ma force. Personnellement, c’est une ville qui me soutient artistiquement, qui m’aide financièrement et qui a confiance en moi. Jamais en France je n’aurais eu cette chance. Ce que j’aime à Lausanne, c’est l’ambiance, les bars. Je passais beaucoup de temps à l’ancien Romandie ou au Bourg. J’ai découvert une vie nocturne que j’ai beaucoup appréciée. Et dans ma branche, il y avait un respect et pas de concurrence comme on le ressent à Paris. Il y avait un véritable échange et une compréhension de l’autre.

C’est intéressant ce que vous dites. Beaucoup d’artistes suisses s’expatrient à l’étranger pour pouvoir vivre de leur art. Et vous, c’est le contraire. Comment expliquez-vous cela ?



En Suisse, j’ai ressenti un respect des idées nouvelles. Dans le théâtre il y a une véritable ouverture artistique. Peut-être que dans le cinéma, c’est différent. En Suisse, il y a de l’humilité et il est difficile d’acquérir la confiance des metteurs en scène par exemple. Vous avez les moyens de faire beaucoup de choses mais il faut juste y aller et foncer tête baissée.

Bon allez, votre coeur penche plutôt du côté de la Suisse ou la France ?



Vous savez, je passe beaucoup de temps en Suisse en ce moment. Je prépare un duo avec un cheval et je suis très souvent du côté d’Ecublens. Je suis très heureuse d’être là-bas mais en France, j’ai mes amis, ma famille et c’est important d’être à Paris pour le travail. Si je pouvais, je ferais du 50/50. Mais je suis franco-suisse, je suis originaire des grisons et j’ai le passeport suisse. Mais impossible de répondre si je préfère la Suisse ou la France.

Pour terminer, le coin que vous préférez à Lausanne ?



L’ancien Romandie était un endroit que j’aimais beaucoup. J’aime moins le nouveau. Maintenant, je passe beaucoup de temps au bord du lac comme je fais les trajets entre Ecublens et Vidy à pied. Après, je me balade beaucoup dans le centre et je profite de transiter dans plein de bars. J’aime bien m’arrêter au Central et j’adore le marché le samedi.