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La Promesse de l’aube : Gainsbourg pique la vedette à Niney

« J’étais résolu à devenir tout ce qu’elle attendait de moi. » Derrière cette phrase, Romain Gary (Pierre Niney) a peut-être mené une vie d’exception grâce à l’autorité sans faille de sa mère, Nina Kacew (Charlotte Gainsbourg). Ecrivain primé par un Goncourt, aviateur, diplomate, Roman Kacew de son vrai nom s’est battu pour rendre sa mère fière, a vécu mille vies et n’a jamais lâché le morceau malgré les obstacles qui ont freiné son ascension. Sa mère lui inculque une rage de vaincre hors norme, le poussant à dépasser ses limites et sa peur.

C’est Eric Barbier qui s’y colle pour adapter le roman de Gary. Tout débute à Wilno en Pologne dans les années 20. Un début de film qui fait la part belle à l’éducation que le futur écrivain a reçue. Roman est un enfant sous l’emprise de sa mère, étouffante et très ambitieuse pour son fils, alors qu’elle se démène pour confectionner des chapeaux. Sa petite affaire piétine mais elle réussit à se retourner en lançant un atelier de couture qui ravit la bourgeoisie locale. Cependant, les problèmes les rattrapent, le manque d’argent surtout et Nina décide de migrer en France, à Nice. La France pour Nina est synonyme d’eldorado, un pays qu’elle porte aux nues. À son arrivée en France, le petit Roman, désormais appelé Romain, découvre une vie plus douce et se lance dans les sentiers tortueux de la littérature afin de répondre aux énormes attentes de sa mère.

Départ à Paris pour terminer ses études et accéder à la gloire

C’est à Paris que le romancier fait ses armes et publie quelques nouvelles dans un journal. Son premier fait d’arme. Ensuite, plus rien. Devant les questions incessantes de Nina, Romain ne trouve que des parades pour tenter de calmer les ardeurs de sa chère mère. L’ambition trop oppressante de sa génitrice le pousse à mentir mais aussi à redoubler d’efforts. Alors qu’il travaille sur son écriture, la guerre éclate et le voilà dans la peau d’un soldat. Son affectation dans l’armée française n’est pas des plus faciles puisqu’il est le seul recalé de l’école des sous-officiers – un refus lié à ses origines. La déception digérée, il accepte une déportation en Afrique où il contracte le Typhus. Au plus mal, presque vaincu par la maladie, Romain entend sa mère lui ordonner de rester sur ses pattes et d’accomplir la destinée qu’elle lui prédit. Il se bat, s’en sort grâce à sa force de caractère et termine son premier roman alors qu’il est sur le front. Éducation européenne est en boîte, publiée, et voilà Romain fier d’annoncer que la tâche est remplie, sans savoir que sa mère a déjà passé l’arme à gauche.

Photo copyright : Julien Panié

La vie du romancier français a de quoi impressionner tant il a essuyé d’échecs et vécu une vie aux multiples facettes. Eric Barbier réussit à transmettre cette soif de réussite. Sa caméra n’est qu’un simple outil, presque secondaire, pour nous faire revivre une existence hors du commun, comme peu de gens l’ont vécue. La Promesse de l’aube fait figure d’hommage, au-delà d’un film, où la force du récit autobiographique fait déjà la majeure partie du travail. Barbier est en quelque sorte l’exécutant du livre en l’adaptant religieusement et en se focalisant sur les moments décisifs de la vie de Gary.

Si le complexe d’Oedipe traverse l’esprit, il y a une relecture minutieuse opérée par l’écrivain lui-même. Comme un lâché prise, comme s’il s’était décidé à couper le cordon et léguer au monde une partie gigantesque de son passage sur terre. Derrière la façade épique de sa vie, la sensation de voir un homme qui retraverse les événements point par point en décortiquant sa relation fusionnelle et fatigante avec sa propre mère prend le dessus. « Se montrer digne de son sacrifice », une phrase comme un écho, comme une hargne qui l’habite sans lui laisser la moindre minute de répit.

Charlotte Gainsbourg est étincelante

Dans sa forme finale, La Promesse de l’aube souffle un vent littéraire qui comblera les fervents admirateurs de l’écrivain et les adeptes de films romanesques. Un film travaillé, très classique dans son ensemble, moulé comme on s’y attendait. Difficile de sortir des sentiers battus mais l’hommage est louable. Nous sentons une profonde affection de Barbier pour le personnage d’exception qu’était Romain Gary. Sous les traits du romancier, Pierre Niney est magnifiquement filmé, lui qui réussit à rendre une copie correcte sans faire d’étincelles.

Les louanges s’en vont vers Charlotte Gainsbourg. La comédienne réussit une grande performance. Son charisme hante les moindres recoins de l’histoire et son regard autoritaire et bouillant capte. L’alchimie entre Gainsbourg et Niney opère et sublime l’un et l’autre.

Hormis tout ça, La Promesse de l’aube se suffit, se cantonne à quelques lourdes scènes tire-larmes où le mélo prend le pas sur la compréhension de cette relation nocive et bénéfique entre une mère et son fils. Le travail est bien fait, pour la nuance, on repassera. Quand bien même, sans faire les fines bouches, Eric Barbier rend un bel hommage.

Casting : Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg, Jean-Pierre Darroussin, Didier Bourdon, Finnegan Oldfield

Fiche technique : Réalisé par : Eric Barbier / Date de sortie : 20 décembre 2017 / Durée : 130 min / Scénario : Marie Eynard, Eric Barbier, Romain Gary / Photographie : Glynn Speeckaert / Distributeur suisse : Pathé AG