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La Forme de l’eau : des tréfonds aquatiques sort une poésie mystérieusement belle

La Forme de l’eau : un plagiat ? En tout cas, les accusations dans ce sens n’ont cessé de fuser. La dernière en date est celle de Jean-Pierre Jeunet qui accuse le réalisateur mexicain d’avoir copié deux scènes de Delicatessen. Si c’est le cas, il est difficile, même si plagiat il y a, de ne pas remercier Guillermo Del Toro pour sa fresque poétique et mystérieuse, si délicate et pleine de justesse.

Nous suivons Elisa (Sally Hawking), femme de ménage muette d’un laboratoire gouvernemental, qui mène une vie calme. Mais ce calme qui rythme sa vie va subitement prendre fin le jour où elle tombe sur une créature étrange, molestée par l’agent Strickland (Michael Shannon), pour en tirer quelques informations sur son mode de fonctionnement. Sorte d’amphibien-humanoïde, vénérée comme un dieu là où elle a été capturée en Amérique du Sud, elle représente une expérience, une découverte mais aussi un point d’interrogation dont le gouvernement tente d’extraire le moindre des secrets. Mais quand l’homme ne connaît pas, il a tendance à s’acharner pour arriver à ses fins, de manière brutale.

Sentir la différence avant de trouver son alter ego

Murée dans la solitude et le silence après une blessure dans son enfance, Elisa n’a de contact qu’avec sa collègue Zelda (Octavia Spencer) et son voisin de palier, Giles (Richard Jenkins), un artiste-peintre homosexuel. À cette époque, en 1960 et en pleine guerre froide, Elisa mène sa vie sans la moindre histoire, mais sent la barrière de la différence entre elle et les autres. Del Toro mise sur ce point précis. Entre l’ami homosexuel et la collègue afro-américaine, nous sentons rapidement que le réalisateur désire peindre son oeuvre à l’image d’une revanche pour les « êtres différents » d’un certaine manière. La romance va dans ce sens, comme l’explique Elisa à Giles, en prétextant qu’il n’existe aucune différence entre eux. Un être, malgré l’apparence d’un monstre visqueux, prêt à l’aimer telle qu’elle est, sans accorder la moindre importance à son handicap.

Photo copyright : Twentieth Century Fox

De la poésie, une oeuvre sensible qui ne verse jamais dans la mièvrerie, La Forme de l’eau est ce genre de film surréaliste qui puise sa force dans sa réalité et dans ses différents genres. Une fable romantique, une ode à la tolérance, un thriller d’espionnage avec le personnage du Dr. Hoffstetler (Michael Stuhlbarg). Le tout est admirablement assemblé grâce à la patte de Del Toro. Là où beaucoup auraient versé dans le mauvais goût, Del Toro vogue entre nostalgie, rêve et nuance, sans se prendre les pieds dans le tapis. Prenez ce monstre aquatique comme une métaphore de la tolérance qui se bat corps et âme face à Strickland, l’être plébéien typique qui refuse de s’intéresser à une créature dite différente et par définition dangereuse.

Un genre de rêve où la réalité vous rattrape, où l’amour triomphe sous les belles mélodies d’un Alexandre Desplat des grands jours, où la photographie de Dan Laustsen est soignée et brillante, où Sally Hawking est splendide de précision, où Michael Shannon accapare l’attention de tous dès qu’il apparaît à l’écran, où Spencer, Stuhlbarg et Jenkins sont géniaux. Tout est aligné pour déployer une romance d’une beauté innocente.

Casting : Sally Hawking, Michael Shannon, Octavia Spencer, Michael Suthlbarg, Richard Jenkins, Doug Jones, David Hewlett, Nick Searcy

Fiche technique : Réalisé par : Guillermo Del Toro / Date de sortie : 21 février 2018 / Durée : 123 min / Scénario : Guillermo Del Toro, Vanessa Taylor / Musique : Alexandre Desplat / Photographie : Dan Laustsen / Distributeur suisse : Fox-Warner