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La Belle et la meute : la justice comme ennemi

Alors que la soirée était dédiée à une ambiance festive, où la musique orientale aurait résonné jusqu’au petit matin, la fête prendra une autre tournure. Au sortir des toilettes, alors qu’elle se changeait avec l’une de ses amies, Mariam (Mariam Al Ferjani), joyeuse et prête à se déhancher sur la piste de danse, croise le regard de Youssef (Ghanem Zrelli), un noiraud ténébreux. Ils échangent quelques paroles et décident d’aller prendre l’air pour fumer une cigarette. Après ça, hors des murs de la boîte de nuit, nous retrouvons la jeune fille déboussolée, en perte de maîtrise. Pour cause, elle vient de se faire violer par des représentants de la loi.

Le visage enjoué de Mariam a laissé place aux pleurs. Epaulée par Youssef, elle erre dans le Tunis nocturne afin d’obtenir un certificat pour attester de son viol. Choquée par les violences dont elle a été victime, son cauchemar n’est de loin pas terminé puisqu’un long chemin de croix se dessine devant elle. Recroquevillée sur elle-même et le maquillage dégoulinant, l’atmosphère devient gênante, dérangeante, la « belle » fait face à une « meute » déchaînée, aussi inhumaine qu’imprévisible. Comment faire pour se défendre quand la défense est votre assaillant ?

Contexte politique évoqué

En adaptant le livre Coupable d’avoir été violée, Kaouther Ben Hania nous brosse un portrait peu reluisant de la société tunisienne, celle qui banalise le mal et le viol pour ne pas mettre le feu aux poudres d’un pays en pleine mutation politique. Prise dans l’étau du contexte politique, Mariam est perçue comme un dommage collatéral. Elle se doit de payer de sa personne et donc garder le silence pour ne pas réveiller les foudres de la population. Quel retentissement public pourrait avoir le cas d’une jeune femme violée par les forces de l’ordre ? Un aspect qui met en avant la dure réalité sociale en Tunisie, comme la place de la femme.

Photo copyright: Jour2fête

En utilisant cette histoire, Ben Hania envoie un message fort, décortiquant l’ordre social en Tunisie. Rien ni personne ne vient en aide à Mariam, elle, cette jeune fille désemparée qui se retrouve propulsée dans un milieu brutal et sans vergogne. Pas même cette policière qui enregistre sa plainte et qui n’hésite pas à la traiter de traînée. Ou cet autre policier plus compatissant et compréhensif du traumatisme que vient de subir la jeune étudiante. Non, c’est elle et et elle seule qui affronte la réalité d’un système perverti. La justice n’est qu’un mirage pour Mariam, totalement esseulée, sans une aide aucune.

Plan-séquence et exécution approximative

Outre son contexte et son sujet choc, La Belle et la meute, réalisé en plan-séquence, table sur une mise en scène à bras-le-corps, ardente, mais vite approximative au milieu des cris nombreux qui en découlent. L’histoire se concentre principalement dans le poste de police, là où la plainte prend tout son sens, mais perd indubitablement en intensité. À force de tirer sur la corde, de s’attarder sur l’agressivité des protagonistes masculins, le véritable message se noie dans une complainte qu’on ne distingue plus véritablement. Maltraitée et bousculée, la plaignante s’en va sans réponse, sort de ce marasme de cris et d’intimidations sans qu’on ne sache vraiment ce qui adviendra de l’histoire. Le véritable problème est là: une oeuvre qui entame un propos mais qui ne l’étaye pas, sans rendre une réponse concise et claire. Une plainte sans suite qui se clôt dans un silence assourdissant…

Casting : Mariam Al Ferjani, Ghanem Zrelli, Noomane Hamda

Fiche technique : Réalisé par : Kaouther Ben Harina / Date de sortie : 18 octobre 2017 / Durée : 100min / Genre : Drame / Scénario : Kaouther Ben Hania / Musique : Amine Bouhafa / Photographie : Johan Holmquist / Distributeur suisse : Trigon