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Kursk : la tragédie d’une fierté mal placée

Kursk retrace la tragédie du sous-marin nucléaire russe K-141 Koursk. Un mélimélo bureaucratique et politique qui a entraîné l’un des plus gros naufrages de la marine russe, ce 12 août 2000 en mer de Barents. Une fierté mal placée, une peur bleue de voir des ennemis découvrir un quelconque code nucléaire secret, et voilà comme les hommes peuvent laisser leurs compatriotes périr au fond des eaux.

Thomas Vinterberg est l’un des cinéastes qui compte le plus en ce moment. La Chasse en 2012, l’élégant Loin de la foule déchaînée (Far From Madding Crowd) en 2015, et récemment La Communauté en 2016 sont un aperçu des talents du danois. En s’attaquant à Kursk, Vinterberg met au service sa patte, son élégance derrière la caméra, pour décortiquer une histoire qui fait tache dans le paysage gouvernemental russe. Le sauvetage aux apparences faciles vire au vinaigre à cause de la bêtise humaine. Une épave qui s’enlise au fond de la mer de Barents, laissant de moins en moins de chance à des hommes grelotant de froid empêtrés dans un submersible totalement détruit par deux torpilles. Il se remplit d’eau jusqu’à noyer tout espoir de survie.

Silence assourdissant en haut et chants bruyants en bas

Des bas-fonds marins, où Mikhail Kalekov (Matthias Schoenaerts) se bat avec son équipage, aux hautes sphères bureaucratiques, Vinterberg glisse sa caméra au milieu d’hommes qui se serrent les coudes pour survivre et également au milieu de dirigeants procéduriers, bien au chaud, cherchant misérablement une idée. Pourquoi est-il si difficile d’aller chercher ces rescapés ? La première raison est financière. Une bonne partie du matériel a été vendue pour faire explorer à des riches l’épave du Titanic. Maintenant, ils se retrouvent le bec dans l’eau. Du matériel de sauvetage défectueux et donc impossible de remonter les mariniers. La seconde est politique. Les Russes refusant tout aide d’autres pays. La prétention est à son paroxysme.

Photo copyright : EuropaCorp

Alors que les hautes instances militaires continuent de pratiquer le silence et les discours convenus, en bas, les chants retentissent pour se donner un peu de joie. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Les tentatives d’arrimer sont des échecs à répétition. Kalekov se lance à corps perdu, à coup d’actes de bravoure, pour garder l’équipage à flot. Sa femme, Tanya (Léa Seydoux), elle, est remontée comme un coucou et n’hésite pas à donner de sa personne pour connaître la vérité. Rien n’y fait, elle est comme un écho au milieu…d’une foule déchaînée.

Colin Firth comme symbole

Un début hésitant, c’est après 35 minutes de film que Kursk arrive enfin à conjuguer les talents de réalisateur de Vinterberg. Une première partie très classique, où alcool et amitié éclaboussent au visage. Un mariage, de l’amour et un départ dans le submersible pour un aller simple vers d’autres cieux. Les axes politiques et personnels sont les pierres angulaires de Kursk. Grâce à la mise en scène soignée et toujours élégante de Vinterberg, on se laisse submerger par un flot d’émotions qui oscillent entre l’incompréhension, la tristesse et la colère.

Et même si Kursk a ses failles, Vinterberg trouve dans cette histoire un écho à l’égoïsme de l’homme. Colin Firth, dans la peau du commodore David Russel, même peu présent à l’écran, représente cette sensation d’incompréhension grâce à son flegme britannique. Retenue et force tranquille, Firth reflète l’impossibilité de réagir face à l’imbécilité et l’illogisme de l’homme. Lui, voyant rapidement la catastrophe arriver, offre son aide aux russes, mais ne reçoit qu’un simple : « nous vous ferons savoir si nous avons besoin de vous », dans une élocution glaciale et prétentieuse. Russel et sa bonne éducation britannique vont déchanter quand le drame se produit. Tout est inondé, tout comme les yeux de l’officier britannique, et les chants s’éteignent pour laisser place au silence éternel. Kursk est le symbole de l’orgueil mal placé et de l’ineptie qu’est la politique.

Casting : Matthias Schoenaerts, Léa Seydoux, Colin Firth, Peter Simonischek, August Diehl, Joel Basman, Max von Sydow

Fiche technique : Réalisé par : Thomas Vinterberg / Date de sortie : 7 novembre 2018 / Durée 117 min / Scénario : Robert Rodat, Robert Moore / Photographie : Anthony Dod Mantle / Musique : Alexandre Desplat / Distributeur suisse : Praesens