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Jusqu’à la garde : une réussite de A à Z !

Un couple divorce et se déchire au sujet de la garde des enfants. Les deux partis sont représentés par deux avocates. Le débat est calme, mais Miriam (Léa Drucker) reste impassible malgré une profonde tristesse qui se lit sur son visage. De l’autre, Antoine (Denis Ménochet) joue la carte de l’incompréhension, se disant victime d’une machination orchestrée par sa femme. Face au dilemme, la juge tranche pour une garde partagée.

Une scène d’ouverture qui place le véritable enjeu de l’histoire : qui ment ? Qui tente de faire du tort à l’autre alors que des enfants sont au milieu du vacarme familial. Joséphine (Mathilde Auneveux), moins affectée par la situation, et surtout Julien (Thomas Gioria), le dernier, un gamin bousculé de toutes parts, totalement désorienté et qui a renommé son père « l’autre ».

Comme prisonnier de l’emprise de son père, on le voit souvent bavarder timidement avec ce dernier lors de ses voyages en voiture pour se rendre chez ses grands-parents. Derrière sa frange blonde, il ne pipe que très rarement mot. Son père tente de le faire parler, de l’amadouer mais rien n’y fait. Au fil du temps, on commence à se persuader que c’est bien le père la victime dans cette histoire. Miriam serait-elle la méchante?

Tension latente

Jusqu’à la garde s’articule d’une certaine manière comme Faute d’amour, avec un traitement très brut, très fort et très authentique. Xavier Legrand, pour son premier long métrage, dévoile une maîtrise digne des vieux briscards. Un film tenu qui, graduellement, tisse sa toile par le biais d’une tension latente, voire irrespirable plus le dénouement approche. On ne sait pas vraiment qui est tout noir ou tout blanc dans la relation. Les péripéties, les paroles nous amènent sur quelques bribes avant que les langues ne se délient véritablement. « Une bombe matrimoniale ». Une parole balancée à la face du pauvre Julien, spectateur d’un déchirement parental dans les règles de l’art.

On en revient à l’égoïsme des parents, celui qui peut nuire considérablement à l’existence d’un jeune garçon comme Julien. Balloté de part et d’autre, transporté comme un vulgaire sac de patates entre les différents domiciles familiaux, il perd le fil, se terre dans l’angoisse et la peur. Jusqu’à la garde est dénué de tout artifice, Legrand misant sur une mise en scène sobre mais à couteaux tirés, ceux qui lacèrent la peau des uns des autres. Si pur et si précis que le récit dévie vers différents genres. Après une première partie où l’on tente de savoir qui ment et qui dit vrai, nous confinant à chercher la véracité des faits, Legrand bascule dans un cinéma type thriller.

Une oeuvre psychologique et brutale, parfaitement réalisée qui a pour but de faire douter des paroles de chacun. Une immense réussite !

Menochet impressionne

Le film prend en épaisseur, nous emmène dans des sentiers insécures. Denis Ménochet n’est pas étranger à cette tension qui ne cesse de croître tout du long. Son physique imposant, son regard de mec bourru donne une dimension supplémentaire. Léa Drucker reste plus en-dedans, plus discrète, voire confinée dans le silence. L’actrice française joue tout en retenue et amène un équilibre subtil au récit. À force, le silence en devient assourdissant. On continue à avancer dans l’inconnu qui nous laisse hébétés face à un suspens insoutenable.

Legrand s’affirme grâce à une direction sans fioritures et mène son sujet de main de maître. Encensé pour son premier court métrage Avant que de tout perdre, nommé aux Oscars et primé aux Césars, le Français a cette fois-ci raflé le prix de la mise en scène à la dernière Mostra de Venise pour sa première tentative. Son talent indéniable fait mouche. Une oeuvre psychologique et brutale, parfaitement réalisée qui a pour but de faire douter des paroles de chacun. Une immense réussite !

Casting : Denis Ménochet, Léa Drucker, Thomas Gioria, Mathilde Auveneux, Florence Janas

Fiche technique : Réalisé par : Xavier Legrand / Date de sortie : 7 février 2018 / Durée : 93 min / Scénario : Xavier Legrand / Photographie : Nathalie Durand / Distributeur suisse : Agora