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J. Bernardt : « Cet album je l’ai principalement fait pour moi. »

J. Bernardt c’est un maillon fort du groupe belge Balthazar. C’est aussi, et surtout en ce moment, une carrière solo des plus intéressantes. En effet, le flamand a sorti son premier album, Running Days, où hip-hop, R’n’B, soul, électro, pop et percussions de world music se partagent la vedette. Le dandy belge et barbu au regard bleu et à la nonchalance hypnotique déverse des titres plus captivants les uns que les autres. De Calm Down à Wicked Streets en passant par The Other Man, les rythmes se succèdent sans jamais se répéter. Un premier opus qui flirte avec des genres variés mais qui garde toute sa cohérence selon son créateur. Avant de se produire le 26 octobre à la Parenthèse de Nyon, Jinte Deprez alias J. Bernardt nous a accordé un entretien téléphonique pour nous parler de son album, de ses coups de coeur musicaux, de sa vie. Trente minutes de bavardage tout en simplicité et décontraction, ponctuées d’humour. Une interview à l’image de l’artiste, sobre et honnête.

 

Running Days est ton premier album solo. Quel genre de sentiment t’anime maintenant que tu incarnes un projet seul? De la peur? De l’excitation? Un peu de pression? De la joie?

J. Bernardt : C’était nécessaire je crois de faire un album solo afin de faire quelque chose de différent. Nous avons déjà fait quatre albums avec Balthazar donc je savais à quoi m’attendre. Je voulais une nouvelle expérience. J’ai impliqué très peu de gens dans le projet. Je voulais me retrouver seul, je voulais être très honnête et direct avec mes propres envies. Je n’y ai pas pensé trop afin que le résultat soit spontané. Je l’ai principalement fait pour moi cet album, c’est un peu toujours comme ça qu’on fait un album puis après c’est bien de voir comment les gens réagissent. Au début c’était vraiment amusant de faire tout soi-même puis par la suite c’était pas mal de stress car il a bien fallu le finir donc j’ai impliqué d’autres personnes. Trop d’échéances. Donc en gros c’est d’abord un sentiment de joie. Je ne m’attendais à rien, je voulais juste faire un album solo. Je ne m’attendais pas à ce que les radios étrangères s’y intéressent.

Tu te lances solo, tout comme tes partenaires de Balthazar (Warhaus, Zimmerman). Était-ce un désir de longue date d’avoir un projet rien qu’à toi?

J. B. : Non, à la base c’est Marteen et Simon qui ont des projets de leur côté. Comme le groupe était en stand-by, je me suis dit: « Merde je vais m’ennuyer sans rien faire. » C’était aussi un peu le bordel dans ma vie à ce moment-là et c’était donc un bon timing même si ça n’était pas prévu de longue date. J’ai écrit l’album en une demi-année. C’était très spontané.

Et avec Balthazar, est-ce une petite pause ou une rupture plus sérieuse?

J. B. : Non c’est une petite pause. Nous commençons à écrire le prochain album. Le truc c’est que nous avons écrit quatre albums et étions en tournée non-stop durant six ans et on ne voulait pas se lasser les uns des autres. Il nous fallait un peu d’oxygène créatif afin de ne pas rester coincés dans la même routine.

Tu parles d’oxygène. Penses-tu que travailler en solo est plus une bouffée d’air ou bien, au contraire, la dynamique de groupe dans le processus créatif te manque-t-elle?

J. B. : Je pense que maintenant j’ai besoin des deux. Dans un sens, quand tu es dans un groupe c’est vraiment cool la dynamique. En solo, tu peux faire ce que tu veux, tu es le seul maître à bord et cela te permet de gonfler ton ego (rires). Pour une fois, tu peux te permettre d’avoir un gros ego! Et maintenant, je me fatigue déjà de mon ego (rires) donc je me réjouis d’être de retour dans le groupe et créer ensemble à nouveau. Donc bien sûr que c’était une bouffée d’air car c’était nouveau. Mais être de retour avec Balthazar va aussi sembler nouveau du coup. C’est un peu comme quand on te demande: « Préférez-vous jouer dans des festivals ou des clubs? ». La réponse est la même: tu as besoin des deux autrement c’est ennuyeux de faire toujours la même chose.

À propos des tes origines, tu es belge, non francophone, flamand pour être précise. Penses-tu qu’il y ait une différence entre la scène musicale flamande et wallonne?

J. B. : Et bien je parle aussi français en fait. Le français est supposé être ma deuxième langue mais je me débrouille bien mieux en anglais. Je peux comprendre le français mais quand je dois expliquer des choses, en anglais c’est bien mieux. Donc pour ce qui est des différences entre les deux scènes musicales, je ne sais pas chez vous comment ça se passe entre les différents territoires linguistiques, mais ici, il y a beaucoup de bons groupes de chaque côté mais un énorme fossé entre les deux régions, pas de connexion entre elles. Dernièrement, il y une nouvelle tendance de chanter en flamand. Il y a aussi une nouvelle scène hip-hop. Avant tout le monde chantait en anglais. Maintenant, je trouve que c’est vraiment dommage qu’il y ait si peu de connexion entre les deux régions. Par exemple, dans mon cas et pour Balthazar aussi je pense, il a été plus simple de faire passer mes chansons sur les radios françaises que sur les radios wallonnes. Et après tu attends un effet boomerang. Mais c’est vraiment dommage car on vient du même pays et on devrait se soutenir. Je ne pige pas, c’est juste une frontière linguistique. J’ai le sentiment que cette discussion est présente depuis longtemps. Déjà dans les années 90.

Si on revient à ton album, il y a beaucoup d’influences telles que le hip-hop, le R’n’B, l’électro, percussions de world music etc… Est-ce-que tu voulais ton album le plus éclectique possible?

J. B. : Et bien, au début je voulais faire un album hip-hop, mais je n’ai pas grandi dans un ghetto (rires) alors ce n’était pas crédible que je me la joue gangsta. Mais j’ai juste essayé de faire un album très influencé par les rythmes. J’ai travaillé afin de garder une cohérence tout du long. C’est pourquoi il y a beaucoup d’influences pop mais aussi électro, rock également, des influences de l’est. Je pense que les influences de l’est, c’est quelque chose de nouveau, un peu mystérieux. Donc, en un sens, je ne voulais pas forcément quelque chose d’éclectique mais je voulais un album simple et qui aille droit au but. J’ai même écrit une chanson de rap mais elle n’a pas passé la rampe pour l’album, personne ne m’a pris au sérieux. (Rires)

Oh non, quel dommage! (Rires)

J. B. : Peut-être pas. Il y a sûrement une raison pour laquelle elle n’est pas sur l’album. (Rires).

Et de façon générale, y a-t-il quelqu’un ou quelque chose qui t’inspire beaucoup en ce moment? 

J. B. : (Pause) Oui bien sûr, il y a plein de gens. J’essaie de prendre des bribes de chacun et d’en faire des puzzles. Je ne suis pas le genre de personne à être fan que d’une personne.

Mais en général, dans ta vie, quelqu’un que tu as croisé sur ton chemin ou quelqu’un de ta famille ou même quelque chose qui t’a inspiré d’une façon ou d’une autre?

J. B. : (Soupirs) C’est une question difficile! Je dirais qu’avec l’âge, j’ai de plus en plus d’amis provenant du même domaine que moi, du monde de l’art. Tu te dois d’être plus têtu dans ton travail, plus exigeant et c’est cool de constater qu’on « s’améliore » les uns les autres au sein d’un même groupe de potes.

Car, en parlant d’inspirations, on a entendu dire que tu aimais peindre…

J. B. : Oui un peu. J’essaie de m’en tenir à la musique (rires). Je n’ai pas peint pendant deux ans car j’avais beaucoup de travail avec la musique. Mais je crois que je suis très mauvais, c’est pour ça que je m’en tiens à la musique (rires). Mais pour en revenir à la question: qu’est-ce-qui m’inspire, je n’arrive pas à penser à quelqu’un en particulier, peut-être ma mère bien sûr qui m’a donné la vie. Et toi tu répondrais quoi à cette question?

Je ne sais pas. À toi de me le dire. Je suis celle qui pose les questions (rires). As-tu un top 3 de chansons que tu écoutes en ce moment?

J. B. : Je suis toujours assez en retard en ce qui concerne les sorties d’album. Je suis très flemmard et je n’écoute jamais rien. Mais pour te répondre, j’aime beaucoup Timber Timbre et leur chanson Hot Dreams. C’est une de mes chansons préférées de ces 10 dernières années. Je n’aime pas vraiment le saxophone mais ils ont vraiment les meilleurs solos de saxophone. J’aime beaucoup aussi Glowed Up de Kaytranada en featuring avec Anderson .Paak. Ce sont des sons que j’écoute beaucoup en ce moment. Il y a encore peut-être The Child Of Lov. C’est un danois qui a n’a fait qu’un album et est décédé ensuite et il a été une grande influence pour mon album. L’album de The Child Of Lov c’est très DIY, Damon Albarn y a d’ailleurs collaboré, puis le gars est mort, j’adore! J’adore les histoires tragiques. Il y a beaucoup de gospel, de choeurs, c’est très lo-fi.

Tu disais que tu aimes beaucoup le hip-hop. C’est quoi ton morceau favori?

J. B. : Merde, c’est dur. (Longue pause). J’imagine que je devrais dire un morceau de hip-hop oldschool si je dois choisir mon morceau préféré de tous les temps, car à cette époque le hip-hop n’était pas encore mainstream. (Longue pause, il réfléchit)

C’est une question difficile c’est vrai… Mais tu préfères plutôt le son oldschool?

J. B. : Non, en fait non. Mais c’est encore ça qui a le plus d’impact tu vois. Mais dernièrement j’écoute beaucoup J.Cole. J’aime beaucoup la subtilité qui se dégage de son album. Aujourd’hui, on a affaire à tous ces albums hyper ambitieux et cet album, 4 Your Eyez Only, est hyper subtile, j’aime vraiment beaucoup. Je préfère ce son au son oldschool en fait. Mais je n’ai pas une chanson préférée de hip-hop.

Photo copyright: Athos Burez

Une dernière question pour conclure. Nous nous appelons THE APOLOGIST mag. Si tu devais faire l’apologie de quelqu’un, qui serait-ce?

J. B. : Je crois que je dirais le mec qui a fait les photos de mon album car je ne l’ai pas beaucoup payé (rires). C’est un trésor caché. Il est mon ami depuis toujours. Il devrait être connu dans le monde entier mais ne l’est pas! Je ne comprends toujours pas. C’est fou. Il s’appelle Athos Burez. Récemment, je suis devenu SDF et il m’a hébergé et j’habite toujours chez lui d’ailleurs (rires).

Tu es devenu SDF, ça c’est une histoire! Tu nous en dis plus? (Rires)

J. B. : Je me suis séparé et ensuite j’ai écrit l’album.

Quel dommage! (Rires). Tu es toujours à Londres ou en Belgique?

J. B. : (Rires) Non, je vis à Anvers.

Bon à savoir! (rires)

J. B. : Quoique Anvers n’est pas franchement une ville romantique! (Rires) Mais oui donc ce serait mon ami Athos dont je ferais l’apologie car je dois le remercier. Je dois vraiment l’inviter à dîner.

J’ai beaucoup aimé la couverture de ton album en tous cas.

J. B. : Et bien après ma séparation, je n’étais plus vraiment humain. Tu sais comment on est après une rupture, super déprimé etc. Et Athos m’a emmené en vacances et c’est là-bas que nous avons pris toutes les photos. C’était en Turquie vers des sources d’eau chaudes. Un endroit très spécial. On passait notre temps à boire du vin et prendre des photos. (Rires)

La vie quoi!

J. B. : Exactement la vie! Le chill du rétablissement.

Merci beaucoup d’avoir répondu à nos questions. On te souhaite un excellent concert en Suisse le 26 octobre!

 

jbernardt.com