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I’m Dying Up Here et le côté sombre du stand-up

Ain’t easy de David Bowie retentit comme un hymne à la gloire de l’humour, où le soleil baigne le Los Angeles des années 70 dans une chaude ambiance. Clay Appuzzo (Sebastian Stan) déambule comme un roi, billets verts dépassant des poches, avec une banane accrochée sur son faciès. Clay est un humoriste de Boston, Italien d’origine, qui vient de faire un passage remarqué dans une émission télé. La gloire est venue frapper à la porte du type et le voici lancé. Comble de malchance, sa joie sera de courte durée lorsque le nouveau roi de l’humour se fait violemment percuter par un bus. Mort sur le coup.

Au Goldie’s, ses amis apprennent le décès de leur pote avec effroi. Une bande d’humoristes qui, sous la férule de la boss Goldie Herschlag (Melissa Leo), se retrouve pour s’entraîner sur la scène du bar. À la conquête de la gloire grâce au stand-up, ces comédiens sont amis et rivaux, mais surtout prêts à tout pour survivre et faire rire l’assistance grâce à leur humour décapant. Mais les feux des projecteurs sont impitoyables et Goldie propose à ses « étudiants » de passer le test de la scène, chaque soir venu.

Une mort qui évoque les fractures du passé

Si l’humour est le cheval de bataille de I’m Dying Up Here, la réalité est moins drôle pour la bande du Goldie’s. On retrouve Cassie (Ari Graynor), la jolie blonde du Texas qui se retrouve confrontée régulièrement au climat sexiste du monde de l’humour, souvent arrêtée dans ses performances par un énergumène qui lui demande de montrer ses seins. Il y a Bill Hobbs (Andrew Santino) qui voit sa carrière sur le point de décoller mais qui fiche tout en l’air après un passage improvisé et désastreux sur scène. Ou encore Ralph King (Erik Griffin), le vétéran du Vietnam, qui tente d’enfouir son passé de soldat en le masquant sous un humour à toute épreuve. Tout ce petit monde se bat pour oublier son quotidien d’artiste en galère, se démène pour payer ses factures, mais aussi pour tromper un passé un peu scabreux. Un chemin de croix qui passe par l’approbation d’individus venus siroter un verre et souvent intraitables quand les blagues tombent à plat. Le monde de l’humour est sans pitié.

Photo copyright : Lacey Terrell/SHOWTIME

Car dans le stand-up, les erreurs du passé et l’enfance, voire les situations gênantes sont des thèmes qui reviennent fréquemment. On parle de mise à nu devant une brochette d’inconnus qui rigolent aux sornettes dites. Mais derrière les rires et les sourires, il y a une grosse part de vérité et… « une partie théorique pour formuler une blague qui fonctionne ». Des conseils qu’appliqueront les petits nouveaux de la bande : Eddie, Adam et Ron. Trois jeunes comiques aux dents longues qui n’hésitent pas à s’engager dans des plans foireux. Eddie (Michael Angarano) et Ron (Clark Duke), deux amis du regretté Clay, se fraient un chemin dans l’univers intransigeant de la scène comique et sautent sur la moindre occasion pour faire valoir leur talent. Outre les deux joyeux lurons, Adam (Ry Cyler) vogue d’agent en agent et atterrit dans d’étranges situations qui lui ouvriront les yeux sur les travers du show business.

Derrière chaque comique se cache un être mélancolique

I’m Dying Up Here débute de manière excellente, avec un épisode pilote rythmé, drôle et triste à la fois. Tous les ingrédients choisis par Dave Flebotte et Jim Carrey, producteur exécutif, proposent une entame de grande qualité, nous plongeant dans l’euphorie et la dramaturgie que le succès peut engendrer. Si le caractère raciste est souvent effleuré, les drogues sont consommées à foison et le sexisme une pierre angulaire du récit, I’m Dying Up Here se fourvoie – surtout entre l’épisode 3 et 5 – à trop vouloir jouer sur les blagues visant les communautés et les ethnies, mais parvient à relever la tête avec un contexte plus dramatique, mieux géré et moins axé sur le contexte politico-racial. L’euphorie latente qui en découle se consume et laisse place au véritable enjeu de la série : qui sont ces protagonistes derrière leur costume d’humoriste?

Photo copyright : Lacey Terrell/SHOWTIME

Entre le spectre de la mort de Clay, dont ne sait pas vraiment s’il s’est suicidé ou non, et les dialogues bien fichus, le show tient debout. Et même s’il s’essouffle par moments, le final de cette première saison tient son spectateur en haleine. Des éloges également valables pour le personnage le plus mystérieux du récit : Goldie. Comme une guru ou un mac pour humoristes, ce personnage, parfaitement campé par Melissa Leo qui rappelle par moments Meryl Streep, cadre l’histoire et sert de tremplin pour développer les protagonistes qui peuplent la série. À l’image de Cassie, qui reste le personnage (en grande partie) central, souvent malmenée par sa boss.

Et malgré le (trop) grand nombre d’intervenants qui portent préjudice au rythme efficace des premiers épisodes, I’m Dying Up Here réussit à gommer les quelques défaut apparents grâce à un second souffle retrouvé dans la seconde partie de la saison. Sur fond de liberté sexuelle, consommation de drogues accrue et bande-son seventies, l’histoire propose un plaisant spectacle comique et dramatique à la fois, quand bien même cette première saison ne restera pas dans les annales.

Casting : Melissa Leo, Ari Graynor, Clark Duke, Michael Angarano, Andrew Santino, Stephen Guarino, Erik Griffin, RJ Cyler, Al Madrigal

Fiche technique : Création : Dave Flebotte / Date de sortie 26 octobre (Canal+) / Chaîne : Showtime / Format : 10 épisodes