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If Beale Street Could Talk : l’élégance et le brio de Barry Jenkins

La complexité littéraire de James Baldwin conjuguée à l’élégance de Barry Jenkins. If Beale Street could talk est ce mix de talents, le Harlem des années 70, un homme emprisonné par erreur, un couple confronté à la séparation forcée et un enfant sur le point de naître.

Tish (KiKi Layne) et Alonzo, dit Fonny (Stephen James) sont un jeune couple. Ils ont respectivement 19 ans et 22 ans, ils s’aiment plus que tout. Mais une accusation mensongère envoie Fonny en prison, alors que Tish lui annonce sa grossesse. Une injustice brutale qui entravera la vie de ces jeunes adultes et surtout d’un enfant. Ce sont deux familles qui vont en payer les conséquences, en baver pour tenter de faire sortir un jeune homme accusé à tort, avant de sombrer, lassées par la justice américaine.

La retenue et l’élégance de Jenkins

Dans Moonlight, la passion débordait, la douleur et la souffrance transpiraient, mais toujours dans une délicieuse retenue. Cette fois-ci, Barry Jenkins traduit la complexité du récit de James Baldwin, la douleur sous-jacente de jeunes hommes et femmes dans un milieu malfamé. Harlem est brutal, tendu. À l’écran, par le simple passage du flic (Ed Skrein) le racisme est présent, mais sans la moindre parole, juste par un simple regard. Mais la méchanceté n’est rien face à l’amour. Barry Jenkins le clame haut et fort, hisse le drapeau qui virevolte au vent. Des sauts dans le passé et le présent, de la rage à la joie, l’amour est carbonisé par le dégoût, mais il reste toujours debout.

Photo copyright : Tatum Mangus Annapurna Pictures DCM an Annapurna Pictures release.

If Beale Street Could Talk démarre sur cette phrase cinglante de Trish : « j’espère que vous n’aurez jamais à vivre un amour à travers une vitre », comme celle de la prison où se trouveFonny. Des échanges, certes un peu répétitifs, mais précis, toujours plus profonds et sincères. Un amour porteur, une passion indéboulonnable jetée en pâture. Barry Jenkins ne verse pas dans la diatribe sociétale facile, il extrait la beauté et la souffrance d’une romance maltraitée par l’époque. Ces passages dans le passé, où le couple s’abandonne l’un à l’autre, et ce retour dans le présent, où colère et haine sont perceptibles. Tout est dans la retenue, l’élégance, dans une direction artistique sublime. Une mise en scène picturale, magnifiée par James Laxton. Les visages, tout comme dans Moonlight, passent un par un en mode portrait, le regard toujours fuyant, baignés dans les mélodies « chuchotantes » de Nicholas Britell. Une capture du passé.

Monologue désarçonnant

Une lumière urbaine qui saute aux yeux, une réalité bien moins lumineuse. Le monologue de Daniel (Brian Tyree Henry), d’une justesse à couper le souffle, tout juste sorti de prison, délivre à travers quelques paroles, toutes plus puissantes les unes que les autres, un message qui fait écho au film : « vous vous aimez, tu as de la chance », en s’adressant à Fonny. Mais le plus douloureux arrive au moment où il revit ses années effrayantes en milieu carcéral. Une confession en forme d’angoisse enfouie. Il évoque l’effroi, ses traumatismes vécus. Une scène si précise. If Beale Street Could Talk vous susurre la violence vécue par les afro-américains, l’injustice. Sans jamais verser dans le pessimisme total, Jenkins parle du vide et de l’impuissance. Brillant, parfois légèrement répétitif, l’histoire de Trish et Fonny a de quoi vous courber le dos, vous mettre à genoux, mais vous sentez cette détermination. De la poésie au milieu d’un cauchemar.

 

Casting : Stephen James, KiKi Layne, Regina King, Colman Domingo, Teyonah Parris, Ed Skrein, Dave Franco, Finn Wittrock, Diego Luna, Pedro Pascal

Fiche technique : Réalisé par : Barry Jenkins / Date de sortie : 30 janvier 2019 / Durée : 117 min / Scénario : Barry Jenkins, James Baldwin / Photographie : James Laxton / Musique : Nicholas Britell / Distributeur suisse : DCM