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Homecoming : mouvances grinçantes d’un passé obscur

Black Mirror ou Mr. Robot sont des séries qui ont fasciné les fans de la petite lucarne. Paranoïa, critique acerbe de notre société, des sujets autant fascinants que difficiles à décrire et mettre en scène. Sam Esmail, l’auteur de Mr. Robot est de retour dans un genre semblable, toujours aussi stressant et captivant.

Vibrez, tremblez, prenez garde, comprenez, fuyez. Des verbes qui sonnent comme des étiquettes éparpillées un peu partout sur une durée de 5 heures. Esmail repart à l’assaut des machinations politiques, des manigances d’une société aux apparences bien intentionnées, alors que l’envers du décor est bien moins reluisant. Intitulée Homecoming, cette nouvelle série Amazon suit Heidi Bergman (Julia Roberts) dans son travail de thérapeute recevant des militaires de retour au pays. Nous la retrouvons comme serveuse, loin du poste qu’elle occupait dans ce mystérieux projet nommé Homecoming, et surtout sans le moindre souvenir. Un agent du ministère de la défense vient à sa rencontre et chamboule la petite vie a priori sans histoire d’Heidi.

Cadre angoissant, psychanalyse continuelle

Haranguée par son patron absent (Bobby Canavale), Heidi tente de mener à bien son expérience. Une femme heureuse qui, tout au long du récit, va commencer gentiment à déchanter. Pourquoi est-elle sans mémoire ? Qui est ce patron véreux ? Sam Esmail nous confine dans un cadre angoissant, où le format se resserre à notre époque et s’élargit quand nous basculons dans le passé. Plans serrés, visages fermés, Esmail semble tirer le portrait de chacun de ses personnages pour les psychanalyser méticuleusement. Un travail fascinant à tout point de vue, tant sur l’écriture très fluide et les sons incertains qui rythment ce recouvrement de mémoire.

Photo copyright : Amazon Prime

Bien entendu, on souligne cette ambiance Hitchcockienne, mais on peut véritablement sentir une patte propre à Esmail : les choix de mise en scène, la manière de filmer ses personnages ressemble à un enchevêtrement de tableaux animés qui se font face. Comme Mr. Robot ou son film Comet, il y a cette envie de nous perdre dans le temps, de déjouer les règles temporelles, un genre de rêve ou cauchemar, ou tout simplement de s’enfoncer dans un immense trou noir.

Avaler les escaliers pour dépoussiérer ce fameux 15 mai 2018

Ce trou noir a une date : le 15 mai 2018, en référence au départ précipité d’Heidi du programme Homecoming. Pour savoir ce qu’il s’est réellement passé, vous appuyez sur play et avalez les épisodes les uns après les autres pour comprendre ce qu’il se trame. Homecoming est une « série otage » : vous ne pouvez plus vous en sortir une fois dedans. 30 minutes par épisode, et la mécanique ne se dérègle jamais, elle vous crispe plus vous entendez ce bruit de craquement symbolisant le passage du présent au passé.

Côté casting, Julia Roberts dans le rôle d’Heidi est excellente, voire troublante. Elle vous aspire dans son délire parano. Dans la peau du patron insupportable, Bobby Cannavale campe un rôle qui semble lui coller à la peau. Deux acteurs aux caractères extrêmes où se trouve pris en tenaille Walter Cruz – un bon Stephen James -, balloté de toutes parts par un système vicieux mis en place. Une dynamique, une intransigeance qui font de Homecoming un show d’une précision clinique, qui se visionne d’une traite, à sombrer dans les coulisses mystérieux d’un système perverti. Grand !

Casting : Julia Roberts, Bobby Cannavale, Stephen James, Shea Whigham, Sissy Spacek

Fiche technique : Créée par : Sam Esmail / Date de diffusion : 2 novembre 2018 / Chaîne : Amazon / Format : 10 épisodes – 30 minutes