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Home ou l’adolescence volée

Dans son dernier film, la réalisatrice belge, Fien Troch, nous immerge dans le monde de l’adolescence, rude, cruel, sans concession, à priori sans échappatoire. Et la vision dépeinte par la scénariste et cinéaste tourmente, fâche mais questionne surtout. Nous, adultes, ne pouvons-nous pas mieux faire? Sommes-nous vraiment à l’écoute ou faisons-nous semblant? Quelle est notre responsabilité? Le métrage est surtout l’occasion de rappeler que l’adolescence n’a certaines fois rien d’une vie bercée d’innocence et d’irresponsabilité, mais que, bel et bien, cette période de la vie, d’une grande violence émotionnelle parfois, définit à jamais les êtres que nous finirons par devenir, marquée par des failles irréparables.

Photo copyright: JHR Films

Home, c’est l’histoire de Kevin, à peine sorti de prison, qui s’installe chez sa tante afin de prendre un nouveau départ. Un nouveau job et des nouvelles fréquentations, Kevin n’a pas le droit à l’erreur et doit montrer sa bonne volonté. Entouré de Sammy, son cousin et de sa copine Lina et de John, son nouveau meilleur ami et garçon tourmenté par une relation difficile avec sa mère, Kevin tente de trouver un nouvel équilibre loin de sa famille qui ne désire plus l’accueillir. Réservé et attendrissant, Kevin se montre malheureusement trop sanguin et frôle à chaque fois l’auto-goal. Les évènements semblent s’acharner lorsqu’un soir il est mêlé à une dispute qui dégénère. Cet évènement changera sa vie et celle de ses amis.

Un univers ultra-réaliste pour une histoire qui l’est tout autant

Photo copyright: JHR Films

La réalisatrice a travaillé le script en collaboration avec son mari, Nico Leunen. S’inspirant de faits réels vus dans un documentaire sur l’inceste, Fien Troch démontre que la réalité se situe parfois bien au-delà de la fiction. Basé sur l’adolescence, contrairement à ses précédents films qui s’intéressaient plutôt à l’enfance, le métrage dresse un portrait violent de ce que les adultes contribuent à faire de l’adolescence. Critique du monde parental ayant démissionné de toutes responsabilités, les adultes en prennent pour leur grade. Coupables de comportement ignobles ou coupables de rester assis à ne rien faire, ils sont, tous autant qu’ils sont et à divers degrés, les bourreaux de leurs enfants. Loin d’être des anges pour autant, les adolescents, eux, doivent néanmoins trouver par eux-mêmes les solutions à leurs problèmes. Ils sont désespérément seuls face à des montagnes d’émotions et situations que nul jeune ne devrait vivre. Grâce à son utilisation de plans filmés avec des smartphones, Fien Troch parvient à injecter à son récit une dimension ultra-réaliste qui colle parfaitement à son scénario. Ce sont en réalité les jeunes acteurs eux-mêmes qui se sont vus confiés la tâche de filmer avec leur téléphone. Ils pouvaient filmer ce qu’ils voulaient. Au-delà de l’aspect esthétique radicalement réaliste qu’engendrent de telles prises de vue, le souhait de la réalisatrice était de capturer « l’esprit de l’époque ». Le résultat: un mix d’images qui se marient à merveille.

Des acteurs amateurs de grande qualité

Home jouit d’un casting atypique puisque tous les adolescents du film sont des acteurs amateurs. Fien Troch tenait à avoir des personnages vrais, qui vivent réellement leurs vies de jeunes, naturels et spontanés. Qualités qui manquaient cruellement aux acteurs professionnels selon elle. Et pour dire, l’acteur principal qui interprète Kevin, avec de furieux faux airs de Ryan Gosling, a été déniché dans un skatepark. La sélection des protagonistes s’est donc faite sur la base de leur vécu et vie actuelle. Aucun ne se voit comme une future star de cinéma. Tous sont des ados comme les autres et c’est justement ça leur point fort. Le tournage s’est effectué de manière similaire avec une façon de filmer très libre. La maison dans laquelle se déroule une grande partie du film a été choisie pour que la caméra puisse y circuler librement. Sans lumière artificielle, ni maquillage, les acteurs, eux, ne savaient pas toujours lorsque la caméra était marche. Cela a donc permis à la réalisatrice de capter des moments très spontanés de discussion entre les jeunes comédiens en herbe. Et on ne s’avance pas en disant que le résultat est saisissant de réalisme. Émouvants et touchants, têtes à claques et stéréotypes parfaits des jeunes de leur génération, les acteurs fournissent une copie remarquable. Troublants de sincérité, ils portent le film à bout de bras et illustrent avec brio que l’adolescence se révèle parfois être bien plus ardue que le monde adulte, les droits en moins.

À travers ce film, ce sont deux univers qui s’affrontent et s’opposent. Et parfois, le sentiment que les rôles s’inversent prend le pas. Qui sont les adultes et qui sont les enfants? Mais qui portera finalement la responsabilité? Mené par un scénario pessimiste, les protagonistes semblent résignés jusqu’à la toute dernière scène où, envers et contre tout, un semblant d’espoir vient nous réchauffer. Cruel, violent physiquement et émotionnellement, le film livre, sans retenue, une facette du genre humain qui débecte, nous faisant perdre toute foi en l’autre. Un film poignant, authentique et sincère sorti en France le 13 septembre et qui n’a malheureusement pas de date de sortie prévue en Suisse.

 

Casting: Sebastian Van Dun, Loïc Batog, Mistral Guidotti, Lena Suijkerbuijk, Karlijn Sileghem, Els Deceukelier, Robby Cleiren

Fiche technique: Réalisé par: Fien Troch / Date de sortie suisse: – / Durée: 104 min / Genre: Drame / Scénario: Fien Troch, Nico Leunen / Musique Johnny Jewel / Distributeur: JHR Films