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Cannes 2017 | Happy End : rien d’heureux que du prétentieux

La réputation de Michael Haneke n’est plus à faire. L’autrichien est de ces réalisateurs qui font des oeuvres comme ça leur chante sans rien demander à personne. Cette fois-ci, c’est le monde bourgeois qui en prend pour son grade. Une comédie noire aux penchants actuels qui déboulonne une famille bourgeoise, voire même notre société telle qu’elle est aujourd’hui. Entre un gamin appelé à hériter de l’entreprise mais sérieusement atteint psychologiquement ou un père de famille fatigué de dépérir dans une chaise roulante, Michael Haneke pousse la famille Laurent dans ses derniers retranchements. Ou comme décrit pour la presse : « instantané d’une famille bourgeoise européenne. »

Photo copyright: Les Films du Losange

Soit! Haneke décide de ce qu’il veut faire. C’est ce qu’il fait avec Happy End, un film au raisonnement bien vide qu’on serait tenté de décrire comme une coquille cruellement vide et sans intérêt. Le metteur en scène est un grand monsieur mais ce travail-ci tient plus de l’hypocrisie, voire de la prétention. À l’image du personnage magistralement incarné par Jean-Louis Trintignant, Georges Laurent est le personnage le plus intelligent du récit mais le moins concerné par les aléas familiaux. Et si Haneke utilisait, à travers ce personnage, un personnage fictif pour s’ancrer dans l’histoire ? Et si Haneke posait une critique sociale personnelle à travers Georges ?

Suicides, malaises et égoïsme

Comme dans beaucoup d’oeuvres, l’individualisme est un thème central qui passionne les cinéastes de notre ère. L’égoïsme d’un personnage tel que Thomas (Mathieu Kassovitz) est l’exemple criant du message souhaité. C’est sa fille, Eve (Fantine Harduin), qui va le remettre à sa place : « De toute manière, tu n’aimes que toi », souligne la fillette de 12 ans. Une ode à l’égoïsme plongée dans ce désir morbide de mettre fin à ses jours. Tout le monde semble mener une vie austère. C’est un tableau en mouvement, au rythme las et terriblement irritant. Rien n’est très précis, des imprécisions voulues, mais à la limite du supportable. Pourquoi est-ce autant vide de sens ? Haneke nous balade, c’est certain, pour déployer un propos désabusé. Chez la famille Laurent, les générations se succèdent et se ressemblent. Tout est désenchantement et… individualisme.

Démarrage inexistant

Le départ n’existe pas. Happy End est un titre joyeux où tout le monde s’indigne et se plaint. On cherche un début au film mais c’est un OVNI qui est présenté de manière abstraite, où une famille reste confinée dans le déni total. Encore une fois, Georges est cet angle choisit par Haneke. Spectateur et instigateur à la fois, il est le détonateur d’une histoire qui paraît incroyablement prétentieuse.

Haneke se veut habile en délaissant une certaine construction narrative – la scène où Georges discute avec les migrants est l’un des exemples – pour nous balader de scènette en scènette. Un tableau en mouvement comme expliqué auparavant dans lequel Haneke nous prend de haut, nous expliquant la vie et ses tracas à travers une famille bourgeoise. Calais comme lieu d’ancrage, un gros clin d’oeil à l’actualité, pour une critique acerbe d’une famille au bord du gouffre, aussi égoïste que froide.

Casting : Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz, Toby Jones, Franz Rogowski, Fantine Harduin

Fiche technique : Réalisé par : Michael Haneke / Date de sortie : 18 octobre 2017 / Durée : 110min / Genre : Drame / Scénario : Michael Haneke / Distributeur suisse : –