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Guerrilla est à découvrir de suite !

Créateur d’American Crime, scénariste de 12 Years a Slave, couronné par un Oscar du meilleur film, John Ridley est le créateur rêvé pour un projet tel que Guerrilla, série qui traite du climat tendu dans les années 70 à Londres. Le mouvement « Black Panther » ou « Black Power »peut se comparer à un iceberg avec sa partie émergée et immergée. Sans reprendre des événements qui ont réellement existés, Ridley articule son récit autour un couple engagé et malmené par un engagement permanent, dangereux pour la pérennité de leur relation, mais pas que. En 1971, les voix s’élèvent et la communauté afro combat un racisme jusque-là étouffé.

Photo copyright : via Showtime

Produite par Showtime (en association avec Sky), Guerrilla sonne comme une révolte, une histoire qui cerne l’agressivité qui régnait en 1971. Personnifiée par Jas (Freida Pinto) et Marcus (Babou Ceesay), la rébellion prendra des airs de quête identitaire.

Premier épisode qui donne le ton

Alors que les affrontements font rage et les écriteaux « Kill the racists » ou « White is right » défilent dans les deux camps, Guerrilla nous rappelle au véritable objectif du mouvement britannique « Black Power »: égalité, droit et paix. Mais la grande force de cette mini-série est de ne pas verser dans la fresque politique carrée qui limite très vite la marge de manoeuvre. John Ridley décide de se focaliser sur un couple au milieu de ce climat racial tendu, où les forces de l’ordre et les nationalistes blancs se mélangent – attention, pas tous. Jas et Marcus sont le symbole de l’amour, voire d’une certaine réunification des éthnies. Les mains s’entrelacent comme signe d’apaisement.

De ce premier épisode on retire une mise en bouche captivante mais aussi violente comme les coups qui pleuvent sur les manifestants noirs. Le mot « révolution » résonne comme un coup porté en plein coeur d’une femme telle que Jas. Cette dernière résume la rébellion, derrière ce visage aux traits presque parfaits, la haine laisse fait vite place à une femme au désir de vengeance, tiraillée entre justice et tristesse. Freida Pinto (Slumdog Millionaire, Knight of Cups) représente à merveille ce type de personnage, au même titre que Babou Ceesay. Méconnu du grand public, l’acteur britannique (’71, Free Fire) joue divinement lorsqu’il se retrouve exposé à des situations violentes. Le regard vide, les yeux rouges et emplis de larmes, le manifestant pacifique constate que la situation prend des allures incontrôlables dans un milieu « underground » où tout peut dégénérer d’un moment à l’autre.

Complexité amoureuse et activisme aux allures d’American Crime

L’amour et l’activisme ne font pas bon ménage. Jas et Marcus l’apprennent à leurs dépens dans une atmosphère qui rappelle sensiblement American Crime. Facile, puisque Ridley se cache derrière la création de la série américaine. Mais force est de constater que la manière d’aborder les sujets, l’ambiance et la mise en scène sont semblables. L’apport des nombreux personnages secondaires, à côté du couple principal, porte la trace « made in John Ridley ». Entre le charismatique Idris Elba dans un personnage très secondaire et usant d’une autre approche de l’activisme, et l’excellent Rory Kinnear dans le rôle de Pence, un flic un peu rugueux et opérant pour la cellule de Scotland Yard, les camps sont tous représentés sans empiéter sur le véritable noyau de l’histoire qu’est l’appréhension d’un couple lambda face à l’austérité d’un climat racial de plus en plus alarmant, vu de l’intérieur.

Après l’excellent premier épisode, le second redescend d’un ton, mais reste d’un très bon acabit. La suite s’avère être bien menée, avec des passages puissants et profonds. Derrière les allures très « historiques », la production labellisée Showtime provoque la sensation de prendre part à une histoire très intimiste, qui suit avec un regard affectueux les protagonistes. Les plans fixes sur les visages expriment le désarroi et l’anxiété qui règnent dans cette série. La brutalité qui en découle nous laisse des fois amorphes, sans voix face, à l’incompréhension et le manque de dialogue de la race humaine toute entière. En tous les cas, Guerrilla marque son territoire avec autorité dans le paysage télévisuel.

Casting : Freida Pinto, Babou Ceesay, Rory Kinnear, Idris Elba, Wunmi Mosaku, Patrick Gibson

Fiche technique : Création: John Ridley / Date de sortie: 16 avril 2017 / Format: 6 épisodes – 50 minutes / Chaîne: Showtime