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Grand Blanc: «Stephan Eicher a beaucoup compté pour nous»

Grand Blanc, c’est cette cold wave-pop rock qui scintille au bout de la nuit. Celle qui vous prend par surprise et crée un amour inconditionnel dès la première écoute. Des textes qui rappellent Bashung, un son très froid, corrosif, qui transmet cette touche allemande. Loin d’être dépressif comme se plaisent à le rappeler les spécialistes, Grand Blanc parle de voyage et d’échappatoire.

Joint par téléphone, nous avons discuté avec Benoit, chanteur et compositeur du groupe. 15 minutes de conversation sur la littérature, le cinéma, les inspirations du groupe et son attachement pour ses origines. Cochez votre 18 novembre, Grand Blanc sera au Romandie.

Propos recueillis par Sven Papaux

En lisant votre biographie sur votre page Facebook, j’ai été frappé par ce côté très voyageur, libre et pourtant blasé à la fois. Derrière cette habile présentation, n’y a-t-il pas une certaine nostalgie de votre jeunesse et de revivre, à travers votre musique, cette période ?

Benoit : C’est sédentaire comme musique, Grand Blanc. Le lien avec le voyage, c’est l’échappatoire et la capacité à être ailleurs. Dans la bio, il y a un voyage très « factice », abstrait. Du coup, on essaie de parler de ça, de la capacité à s’échapper tout en restant au même endroit. Le voyage dont on parle le plus, dans Grand Blanc, c’est de la musique et des mots.

Dans votre biographie, toujours sur Facebook, vous parlez de littérature. De qui parliez-vous, qui sont ces écrivains qui ont un impact sur votre univers ?



Benoit : En littérature, on ne va pas lire des trucs très proche. Cette littérature qu’on partage, les quatre (ndlr: Benoit, Camille, Vincent, Luc), elle n’est pas forcément très proche des textes mais elle est très importante parce qu’elle nous lie. Là, on ne touche pas trop aux années 80. On a tous un peu lu de roman russe. C’est pas très original mais Léon Tolstoï et Fiodor Dostoïevski sont des auteurs sur lesquels on se retrouve. On est tous touchés par Camus. Ces trois auteurs nous lient. Personnellement, comme j’écris les textes, il y a des poètes qui sont un peu plus proches de moi, notamment le mouvement littéraire du surréalisme et surtout Robert Desnos qui est un pur surréaliste. J’ajouterai René Char qui a eu un rapport un peu plus compliqué au surréalisme. Mais je dirai que c’est plus le cinéma qui nous lie, comme une sorte de pont entre nous quatre. Pour la confection de « Mémoires Vives », il y a eu des cinéastes importants comme Kurosawa, Carpenter et Tarkovski. Disons que ce partage de cinéma et de littérature, c’est une base de départ. C’est plus facile de partager un livre ou un film, ça évite de mettre en jeu son égo et de trop fermer les choses. La littérature et le cinéma sont loin de notre musique, ce ne sont pas des influences directes, mais ça nous permet de nous retrouver et de partager des images. On veut créer des images ensemble, on ne cherche pas être d’accord sur la musique ou ce que signifie l’amour.

« Samedi la nuit » me fait penser à le « Le Temps des rêves » (Als wir traümten) de Andreas Dresen, tiré du livre de Clemens Meyer. L’histoire de jeunes à la découverte de la techno après la chute du mur de Berlin, à Leipzig. On sent une profonde touche allemande, malgré les paroles en français. Où situez-vous votre répertoire musical ?

Benoit : Disons que Bashung a chanté « elsass blues », qui traite de ses origines frontalières. Si nous prenons La Femme, le premier album se nomme « psycho tropical Berlin ». En fait, il y a un mélange de plusieurs choses. Nous, on vient de Metz et on a ce côté frontalier avec l’Allemagne. Quand nous sommes arrivés à Paris, on avait pas mal de temps puisqu’on étudiait et on faisait de la musique parce qu’on avait du temps. À ce moment-là, on se rendait aussi compte que Paris était une ville compliquée. On s’est demandé qui nous étions, on est des Lorrains (ndlr: la région de Metz). Du coup, il y a quelques spécificités. Alors on a pas trop d’accent, comme on vient de Metz qui est une assez grande ville. En France c’est toujours pareil, les accents régionaux s’atténuent au fur et à mesure qu’on vit dans de plus grandes villes. On avait notre région et quelques mots de patois, notre région comptait de plus en plus. Et même si ça nous faisait chier d’y retourner, c’est une région qui nous définissait. Quand on a commencé à se rendre à des concerts de garage, de new wave à Paris, c’était un moment où la musique un peu underground, celle qui n’était pas distribuée sur des majors, elle revenait à la mode. Et dans cette musique, la musique allemande était très présente. Pour nous, Deutsch-Amerikanische Freundschaft a compté, on a trouvé ça dingue qu’on l’ait découvert. Du coup, on se retrouvait à Paris, avec de la musique des années 80, qu’on découvrait et qu’on aimait beaucoup, qui parlait d’Allemagne et ça nous renvoyait à nos origines. Il y a aussi le patrimoine, la manière dont nos familles peuvent parler de l’Histoire plus ou moins récente, il y a des quartiers entiers qui ont été construits par les Allemands, à Metz. Dans tout ça, quand on a composé « Samedi la nuit », on se rendait compte que cette musique véhiculait des sentiments personnels, même si c’est un peu une réinterprétation, ça nous touche énormément. Notre son est le résultat de cette rencontre entre cette vieille musique et notre culture. Il y a clairement de l’Allemagne dans notre musique. On souhaite la garder.

Après un premier album en boîte, un second est en cours ?



Benoit : Non, le second n’est pas en cours. Mais l’envie de faire un deuxième album est là, elle, elle est en cours. On ne s’est pas réunis pour prendre le temps de faire la musique mais ça se fera bientôt. En tout cas, c’est ce qu’on a envie de faire.

Je souhaitais ajouter quelque chose, comme je suis sur un média suisse, je voulais faire un petit « big up » à Stephan Eicher et son premier groupe, Grauzone. Quand on s’est rendu compte que quelqu’un qui fait de la variété française, aujourd’hui, avait pu faire de la new wave en allemand, il s’est passé aussi un truc chez nous. C’est un artiste qui a beaucoup compté pour nous et je voulais le signifier.