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Glass : un film aux os de verre

M. Night Shyamalan a attendu 20 ans pour retrouver David Dunn, l’incassable, le seul survivant d’un crash ferroviaire, et 2 ans avant de retrouver Kevin Wendell Crumb (Crumble pour les intimes) pour les rassembler dans un nouveau film intitulé Glass. Mais pourquoi ce titre ? Très simple, puisque un troisième larron vient se greffer à l’équipe : Elijah Price dit Mr. Glass. Shyamalan nous a concocté un genre d’univers étendu, à notre plus grande surprise. Marvel et DC auraient-ils donné des idées à l’auteur de Sixième Sens ? D’après ses dires, ce « troisième » volet serait le dernier.

Photo copyright : Jessica Kourkounis/Universal Pictures

L’histoire se situe très peu de temps après les événements survenus dans Split. Toujours en vadrouille, Kevin (James McAvoy) et ses 24 personnalités s’amusent à séquestrer de nouvelles jeunes filles, comme l’a été Casey (Anya Taylor Joy), et tombe cette fois-ci sur un os : David Dunn (Bruce Willis). Le fantôme au pancho noir, l’homme incassable va tenir tête à La Horde et La Bête. Les deux vilains garnements vont se faire capturer par une psychiatre, Dr. Ellie Staple (Sarah Paulson), et envoyer dans un centre pour traiter leurs dons. C’est là que Elijah Price (Samuel L. Jackson) entre en action, lui qui est atteint du syndrome des os de verre.

Un souci de lobe frontal, vraiment ?

Glass, c’est la superposition du superhéros dans notre société. Enfin, c’est dans ce sens que Shyamalan opte pour la rencontre de ses 3 vilains ou superhéros, c’est selon. Le détonateur, si on peut l’appeler comme ça, se nomme Ellie Staple. Son envie maladive de trouver une explication scientifique à ces incroyables facultés cérébrales pour Elijah, physiques pour Dunn, et psycho-physiques pour Kevin, lance les hostilités. Glass est une psychanalyse de l’individu se prenant pour un héros. Il est question de lobe frontal endommagé et comics. Bref, Dr. Staple réfute l’idée du surnaturel, tout est scientifique. Voilà le réel enjeu du film : concevoir que ces exploits ne sont pas l’oeuvre de surhumains, mais bien d’un dérèglement psychologique.

Photo copyright : Universal Pictures / Jessica Kourkounis

Prenons Kevin : ses 24 personnalités sont un pur produit de son imagination, d’après la psychanalyste. Victime de maltraitances, il s’est forgé un bouclier pour oublier, pour enfouir la douleur et le sens des réalités. Le comics joue un rôle dans tout ça. Une dimension fantaisiste comme point d’ancrage. Croire en soi, le mot d’ordre de Glass. Et le film vogue inlassablement sur cette vague philosophico-sociétale : l’homme déteste tout ce qui le dépasse. Réaction plébéienne type, certes, mais Shyamalan débarque avec ses gros sabots pour lyncher une histoire qui aurait pu se sortir de ce mauvais pas. La faute à des incohérences grossières, à une pseudo maîtrise du thriller psychologique et une écriture bien lacunaire, d’une insupportable lourdeur.

Casting correct et intellect boiteux

Toute son approche n’est pas mauvaise. Shyamalan s’amuse à créer un puzzle, en trio, tentant de ficeler son histoire qui au bout d’un moment se noue. Un gros noeud truffé d’incompréhensions comme en atteste une séquence finale criante de maladresse. Le face-à-face, surtout entre deux protagonistes et un juge-arbitre, s’effiloche, se désintègre en plein vol. Du côté positif, on sauve cette relation qui fait sens entre Casey et Kevin, un point positif trop peu utilisé, et une distribution plutôt solide. Sarah Paulson, même si elle ne brille pas, offre toujours ce délicieux sentiment d’étrangeté, et James McAvoy réussit une nouvelle fois son gymkhana et sa contraction de plusieurs personnalités – même si sa « Bête » est un peu forcée. Bruce Willis et Samuel L. Jackson sont fidèles à eux-mêmes. À sauver également une photographie soignée et une bande-son minimaliste, mais grinçante comme il faut. Mais à l’heure des comptes, Glass fait pâle figure, se limitant à un défi héroïque à l’intellect boiteux.

 

Casting : James McAvoy, Bruce Willis, Samuel L. Jackson, Sarah Paulson, Anya Taylor-Joy, Spencer Treat Clark, Charlayne Woodard, Luke Kirby

Fiche technique : Réalisé par : M. Night Shyamalan / Date de sortie : 16 janvier 2019 / Durée : 130 min / Scénario : M. Night Shyamalan / Musique : West Dylan Thordson / Photographie : Mike Gioulakis / Distributeur suisse : Disney