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Ghost in the Shell : plus visuel que philosophique

D’abord décliné en mangas, jeux vidéo, séries télévisées et ensuite dessins animés, Ghost in the Shell est dorénavant un film. Tiré de l’oeuvre de Masamune Shirow, le récit futuriste suit « Major » (Scarlett Johansson), une humaine croisée avec un corps robotisé depuis un terrible accident, qui travaille pour une unité anti-criminelle, la Section 9. Un premier temps occupée à traquer un cyber-criminel, elle découvrira que depuis son prétendu accident, tout n’était que mensonge. Que reste-t’il de son passé ? Qui est derrière cette monstrueuse trahison ? Une lutte pour recouvrir son identité et empêcher les responsables de continuer ces expériences débute dans un Japon où les technologies de pointe prennent le pas sur le genre humaine.

Photo copyright: Paramount Pictures and DreamWorks Pictures.

Les fans s’étaient montrés (très) récalcitrants à l’idée de voir Hollywood s’approprier l’univers cyberpunk. Bien que la machine à rêve fasse souvent fausse route pour ce genre d’adaptation, cette fois-ci la production américaine réussit à garder la trame de l’univers, l’ambiance et ne dénature pas le récit autant qu’on aurait plus le craindre. Les thématiques (fascinantes) que sont les frontières entre l’être humain et les machines ou les émotions propres à la race humaine. Ghost in the Shell n’est pas une simple histoire de policiers contre les méchants. La pensée artificielle et l’impact de la technologie sont des thèmes explorés en profondeur, malheureusement moins dans la version américaine.

Univers visuel à la hauteur

Qui dit monde artificiel dit intérêt visuel. Le début surprend par sa fluidité et son riche univers. Rupert Sanders articule son film autour d’une furieuse déclinaison graphique, spectaculaire, rendant hommage à l’identité de l’histoire originelle. L’oeil est servi, nous en prenons plein la vue comme en atteste la séquence du piratage, où le rendu visuel vous plonge dans une étrange sensation d’immersion technologique. Dans les entrailles de l’intelligence artificielle, entre « Ghost » et « Shell » ou entre l’âme et le système, si vous préférez.

Sanders (Blanche-Neige et le Chasseur) signe un blockbuster entrainant mais malheureusement un peu simpliste dans sa conception scénaristique. « Torché » en 106 minutes, Ghost in the Shell ne s’attarde pas sur la profondeur des sujets abordés par son créateur, mais décide de simplifier l’histoire en expliquant clairement les enjeux. Peut-être plus destiné à un grand public qu’aux spectateurs avertis et aux fans de la première heure. La réflexion de base est là, certes, mais pour l’approfondissement – les particularités de la pensée humaine, par exemple -, on repassera. Le cinéaste britannique ne joue pas la carte « Ghost ».

Connexion entre Johansson et « Major » réussie

Dans son costume de cyborg, Scarlett Johansson ne démérite pas – un rôle qui rappelle celui de Under the Skin dans une moindre mesure. Elle apporte cette touche sobre et triste qui caractérise son personnage, qui scrute et s’enfonce dans les nuits tourmentées nippones, toujours accompagnée de son fidèle lieutenant, Batou, solidement campé par Pilou Asbaek (Game of Thrones, A War). Opérant aussi dans la pénombre, Michael Pitt apparaît comme le méchant, le hackeur nommé Kuze. Derrière sa chevelure et son corps presque « dématerialisé », Pitt est le résultat des ratés de l’humanité augmentée.

Ghost in the Shell reste de facture classique, bien réalisé et divertissant. Encore une fois, sa force réside dans sa beauté plastique et contrairement à son esthétique, le métrage pêche par son sens et son développement. Mais cette percée virtuelle apparaît comme une aventure étrange, délicieuse par instants, et désarmante. Un pari réussi pour Sanders, alors que tout le monde le voyait se fourvoyer royalement, il laisse son empreinte et rend hommage à Shirow.

Casting : Scarlett Johansson, Pilou Asbaek, Takeshi Kitano, Michael Pitt, Juliette Binoche, Chin Han, Danusia Samal, Lasarus Ratuere

Fiche technique : Réalisé par : Rupert Sanders / Date de sortie : 29 mars 2017 / Durée 106 min / Distributeur suisse : Universal Pictures