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Foxtrot : chagrin sous-jacent

Samuel Maoz repart au front après Lebanon (2010). Avec Foxtrot, le metteur en scène israélien explore différentes facettes du deuil avec en toile de fond une bavure militaire. Le service militaire israélien, la manière dont l’armée israélienne étouffe un accident, le quotidien peu reluisant de 4 militaires catapultés au milieu d’un décor désertique à contrôler une circulation quasi inexistante.

Les premières secondes montrent Dafna apprenant la mort de son fils, tué pendant son service militaire. Non loin se trouve Michael, le père, peinant à comprendre ce qu’il lui arrive. Deux parents effondrés au milieu de pièces vides, où le silence ne fait qu’habiller les pièces toujours plus vides plus le deuil s’amorce. Deux personnes à l’agonie, sous le même toit, qui reçoivent une nouvelle fois la visite de plusieurs militaires pour leur annoncer que leur fils, Jonathan, est bel est bien vivant. Une grossière erreur administrative qui en cache une autre, et une autre.

Retour au point de départ

Jonathan aime dessiner, il se plaît à raconter une histoire de son père, vécue dans son enfance. L’histoire semble se répéter de jour en jour pour Jonathan et ses 3 acolytes, confinés dans un container presque insalubre. Il tue le temps, contrôle les identités jusqu’au jour où une grossière erreur entache le quotidien des 4 militaires : d’innocents civils palestiniens tués sur le coup. Jonathan, particulièrement marqué, tente d’effacer le visage de la jeune fille sur le siège avant de cette voiture criblée de balles. Impossible de la chasser de sa mémoire.

Alors que le film s’articule en parallèle autour des bavures commises, Foxtrot traite subtilement du traumatisme, de la faiblesse humaine, des fractures émotionnelles enfouies. Le film glisse entre souffrance et situation comique, tout en gardant une dimension psychologique fascinante. Rien que par son titre, Foxtrot convoque les sens. On garde en tête cette scène dans la salle à manger où Dafna et Michael discutent, fument, rient, pleurent, et l’homme s’arrête net et commence des pas de danse, ceux du foxtrot. À ce moment, il se retourne vers Dafna et lui dit : « Tu vois, le foxtrot c’est comme la vie, tu reviens toujours au point de départ. »

Samuel Maoz réussit à développer un film à la réalité parfois dramatique, au chagrin sous-jacent. Une véritable prouesse d’audace, décortiquée en trois actes. Foxtrot est en apparence le portrait d’une famille qui respire la joie de vivre, mais en creusant un peu il n’y a qu’une fine pellicule qui retient un torrent de douleurs enfouies. Foxtrot est un film tout en profondeur, explorant les limites d’une famille pas si heureuse que ça…

Casting : Lior Ashkenazi, Sarah Adler, Yonaton Shiray, Gefen Barkai, Yehuda Almagor,

Fiche technique : Réalisé par : Samuel Maoz / Date de sortie : 25 avril 2018 / Durée : 113 min / Scénario : Samuel Maoz / Photographie : Giora Bejach / Musique : Ophir Leibovitch / Distributeur suisse : Filmcoopi