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First Man : la lune pour apaiser les souffrances

Quand Damien Chazelle sort un film, il est l’un des événements de l’année cinématographique. Passé de cinéaste en devenir avec Whiplash à la confirmation avec le sublime La La Land, Chazelle est dorénavant un grand cinéaste de notre ère. Tout simplement grâce à sa polyvalence et sa prise de risque en s’attaquant au mythe Neil Armstrong, premier homme à mettre un pied sur la lune.

Photo copyright : Universal Pictures

L’ouverture commence à 100 à l’heure, avec le visage contracté de Neil Armstrong (Ryan Gosling) dans un cockpit, entre atmosphère et gravité terrestre. Une manoeuvre dangereuse après avoir « rebondi » sur l’atmosphère terrestre. Et si l’ingénieur réussit à remettre les pieds sur la terre ferme, c’est grâce à son… ingéniosité. L’homme est un sacré pilote, malgré les réticences de sa hiérarchie qui le qualifie de distrait et un peu tête brûlée. Mais avant de parler de l’exploit, Damien Chazelle s’attarde plus sur l’homme que sur l’aspect historique, du début des années 60 à cette date que tout le monde connaît, le 21 juillet 1969. Un chemin semé d’embûches, où l’obstacle de la mort se dresse souvent sur le chemin des membres de l’équipage Apollo 11.

Chemin sinueux construit sur les deuils

Basé sur le livre de James R. Hanse et parfaitement adapté par Josh Singer, First Man n’est pas l’hymne patriotique redouté, mais bien le chemin sinueux d’Armstrong parmi les pressions politiques et sociétales. Virulent en haut, dans l’espace, comme en bas sur terre. L’envie presque maladive de John F. Kennedy d’envoyer des américains sur la lune le pousse à délaisser la population sur terre. Chazelle en profite même pour placer une séquence de la communauté afro-américaine qui crie son désarroi par « Whitey on the Moon ». Occupez-vous d’abord des citoyens avant d’investir des millions dans l’aérospatial, s’offusquent-ils. Autre guéguerre, cette compétition spatiale entre les soviétiques et les américains.

Mais les facettes politiques s’effacent pour laisser place à Neil. Dans une mise en scène tout en sobriété, Ryan Gosling joue habilement un homme blessé par les pertes humaines : ses amis et sa fille, Karen. Chazelle met en exergue le côté silencieux d’Armstrong, sa faculté à intérioriser ses sentiments. D’excellentes scènes comme son face-à-face avec sa femme, l’obligeant à parler à ses fils avant son départ pour la mission, ou encore cette scène majestueuse sur la lune, là où Armstrong décide de laisser un souvenir de sa défunte fille dans un immense cratère lunaire. Cette dernière reste omniprésente dans sa tête, l’expédiant dans un deuil continuel. Son envie de se rapprocher des étoiles est tout un symbole : se rapprocher des astres et de sa fille par la même occasion.

Rôle déterminant pour Claire Foy

Hormis Ryan Gosling, il y a Claire Foy qui crève l’écran. Excellente dans la peau de Janet Armstrong, attachante et vive le moment venu. Là aussi Chazelle réussit à capter un portrait familial complexe. La peur règne dans une petite famille où la mort frappe chaque mois, ou presque. Un héros spatial et une héroïne de tous les jours sous le même toit.

Photo copyright : Universal Pictures

Pour le reste de la distribution, notons la bonne performance de Corey Stoll dans la peau de Buzz Aldrin, le toujours très bon Kyle Chandler ou encore Jason Clarke, toujours intense, dans la peau de Ed White. Soulignons la photographie sublime de Linus Sandgren. Côté bande-son, impossible de passer à côté du travail accompli par Justin Hurwitz, associé de longue date de Chazelle. Un travail technique somptueux, avec sa dose de « mâchoires disloquées » grâce à des séquences sublimes. On retient cette scène où l’équipage arrive sur la lune. Ultra immersif, somptueux, poétique, symbolique, grandiose. Les qualificatifs nous manquent.

2h20 qu’on ne voit pas passer, captivé par un travail titanesque. First Man scintille et vous émeut par de simples regards et moments précieux. On aurait presque envie de rester des heures à contempler l’immensité de l’univers et le visage de Gosling tiraillé entre la joie et la tristesse. Un héros endeuillé.

Casting : Ryan Gosling, Claire Foy, Corey Stoll, Kyle Chandler, Jason Clarke, Christopher Abott, Olivia Hamilton

Fiche technique : Réalisé par : Damien Chazelle / Date de sortie : 17 octobre 2018 / Durée : 140 min / Scénario : Josh Singer, James R. Hanse / Photographie : Linus Sandgren / Musique : Justin Hurwitz / Distributeur suisse : Universal Pictures