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Final Portrait : Geoffrey Rush bluffant sous les traits de Giacometti

Deux hommes liés par l’amitié, Alberto Giacometti (Geoffrey Rush) et James Lord (Armie Hammer), séparés par la signature légendaire de l’artiste suisse. Est-ce qu’entre les deux le « mythe Giacometti » serait trop lourd à supporter pour les deux hommes. C’est le sentiment que laisse transparaître cette première séquence aussi silencieuse que symbolique. Alberto Giacometti est un être insatisfait, perfectionniste, qui se sent comme un bon à rien. Aussi talentueux qu’il soit, son art ne lui convient pas, sans cesse à soupirer et à crier « oh fuck » pour extérioriser sa frustration. Clope au bec, fasciné par Caroline (Clémence Poésy), prostituée et muse de l’artiste tessinois, il semble étrenner sa carcasse aussi difficilement que son art. Lui, alors en pleine gloire.

Dans Final Portrait, un titre en référence à sa dernière peinture avant sa mort, Stanley Tucci capture un instant authentique et profondément sensible. Une partie de la vie du sculpteur suisse, située en 1964 à Paris, durant laquelle il se confie à son ami James Lord. Lui si élégant, tiré à quatre épingles, à se faire maltraiter par un personnage souvent méprisable, aigri, éternel grincheux, mais animé d’une passion pour son travail et son art. Un regard si spécial que Lord comprend au fil du temps, au fil des promenades qu’il fait avec son ami grisonnant.

Photo copyright : PROKINO Filmverleih GmbH

Un atelier délabré comme huis clos

Jonglant entre le français, l’anglais, l’italien, Giacometti trouve son bonheur dans son atelier qui ressemble plus à un taudis peu reluisant, où des sculptures et des tableaux jonchent le sol. C’est là que la majorité du film prendra forme, entre des plans serrés sur le visage lumineux de Armie Hammer et le visage fermé et vieillissant de Geoffrey Rush. Deux hommes qui se scrutent, l’un pour confectionner et terminer sa peinture, l’autre pour comprendre l’homme torturé qui se trouve en face de lui. Un huis clos se construit où quelques personnages sont de passage comme pour instaurer une connexion avec le monde extérieur. Le frère, Diego (Tony Shalhoub), passe de temps à autre pour distribuer l’argent gagné, des grosses liasses. Ou encore sa femme, Annette (Sylvie Testud), qui endure les sautes d’humeur de son mari et ses tromperies.

Geoffrey Rush et Armie Hammer : parfaits

Final Portrait, un portrait sobre et captivant. Grâce à deux acteurs qui se complètent dans deux rôles opposés. Rush est brillant. Hammer l’est tout autant. Un tandem qui rend une copie millimétrée comme son maître d’orchestre : Stanley Tucci. Sans réaliser un véritable bijou, le cinéaste américain brosse un portrait délicat et intime en évitant de tomber dans les travers du biopic qui ne sort jamais des sentiers battus. Là, la réflexion est autre. Il y a un véritable travail d’approfondissement sur Alberto Giacometti. Car derrière ce tableau, il y a plus que de simples traits faits à la peinture. Il y a une âme, un trait obsessionnel pour la perfection. Un aspect que Tucci réussit à mettre en scène dans sa forme plastique et narrative.

À travers le regard affectueux que pose Tucci sur Giacometti, Final portrait, adaptation du livre de James Lord, est une petite trace que l’artiste suisse a laissé dans le monde artistique. Sobre et mélancolique, la trame dramatique est douce et intelligemment utilisée, sans artifices. Une relation qui aurait pu s’étioler devant les nombreux coups de sang de Giacometti, mais au contraire s’est renforcée. Un portrait qui porte une histoire, qui fusionne amitié, histoire et art dans une seule peinture.

Casting : Geoffrey Rush, Armie Hammer, Tony Shalhoub, Sylvie Testud, Clémence Poésy, James Faulkner

Fiche technique : Réalisé par : Stanley Tucci / Date de sortie : 8 novembre 2017 / Durée : 90 min / Genre : Biopic, Drame / Scénario : Stanley Tucci / Musique : Evan Lurie / Photographie : Danny Cohen / Distributeur suisse : Filmcoopi