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Et si l’avenir du cinéma français était entre les mains des femmes ?

Prenons le temps de regarder dans le rétroviseur de l’année 2017 et des précédentes: la place des femmes dans le cinéma français est en train de changer radicalement, spécialement en terme de qualité artistique. La gent féminine s’est faite l’auteure de films prometteurs, voire excellents. La liste ne cesse de s’allonger et le plus réjouissant c’est que ces réalisatrices ont réussi des entrées remarquées grâce à leurs premières oeuvres. Comme un signe qui ne trompe pas, et ce depuis deux ans, la caméra d’or n’échappe pas aux cinéastes féminines. 2016, Houda Benyamina avec Divines, et en 2017 Léonor Serraille avec Jeune Femme. Sans oublier en 2014, Marie Amachoukeli et Claire Burger raflaient le prix pour leur film Party Girl. Un premier indice indiquant la place de plus en plus importante que prennent les femmes dans le cinéma, surtout en France.

Photo copyright : Léa Mysius – Paul Guilhaume

Focus sur 2017: des métrages tels que Ava, M, et Jeune Femme ont tous été réalisés par des femmes et il sont, qui plus est, des premiers films. Avec Ava, Léa Mysius (28 ans) réussit un premier long-métrage très prometteur, sélectionné à la Semaine de la critique cannoise. Inconnue jusqu’à l’ouverture du Festival de Cannes de cette année – elle a également co-signé le scénario des Fantômes d’Ismael d’Arnaud Desplechin -, la Française joue désormais dans la cour des grands et a intégré le cercle des réalisatrices sur qui il faudra compter à l‘avenir. Et même s’il y a quelques imperfections, sa patte fougueuse et colérique est appelée à faire des merveilles à l’avenir. Un baptême du feu que réussit également Sara Forestier avec son film (touchant) intitulé M. Présenté à la dernière Mostra de Venise et sorti dans les salles dernièrement, Forestier, plus connue comme actrice, démontre des qualités évidentes de cinéaste. Tout comme la timide Léonor Serraille comme cité un peu plus haut, lauréate de la caméra d’or pour son culotté et bien senti Jeune Femme.

Julia Ducournau en épouvantail

Des oeuvres réjouissantes comptabilisées rien que sur l’année 2017. Car en 2016, nous avons vu l’éclosion d’une grande, Julia Ducournau (34 ans). Après avoir renversé la Quinzaine des réalisateurs à l’occasion de l’édition cannoise de la même année avec son premier film Grave, son nom est désormais sur toutes les lèvres. La symphonie macabre jouée par la Parisienne est emprunte d’une saveur cruelle et se recommande à vos sens les plus aiguisés. Une réussite qui annonce une carrière sous les meilleurs auspices. Comme celle d’Houda Benyamina, la sensation de l’édition cannoise 2016, avec Divines. La réalisatrice de 37 ans s’est même vue récompensée par le César du meilleur premier film après sa caméra d’or obtenue la même année.

Derrière les deux locomotives féminines de l’année 2016, il y a Katell Quillévéré. Et même si ce n’est pas son premier mais bien son troisième film, Réparer les vivants fut l’un des meilleurs métrages de 2016. Également présenté à la Mostra de Venise et au Festival de Toronto, la Française et Ivoirienne d’adoption s’est déjà forgée une jolie réputation dans le milieu avec deux films récompensés (Un poison violent) et une sélection à Cannes en 2013 pour Suzanne. Avec son magnifique hymne à la vie – adaptation du roman de Maylis de Kerangal – Quillévéré se réserve une place de choix dans le gratin du cinéma tricolore.

Rebecca Zlotowski en toute en discrétion

Venise continue de faire la part belle aux réalisatrices françaises car, toujours en 2016, Rebecca Zlotowski réunissait Natalie Portman et Lily-Rose Depp dans une histoire à la poésie visuelle et au récit ambitieux. Avec Planetarium, la réalisatrice française livrait son troisième film. Après Belle épine et le très bon Grand Central, Zlotowski continue son chemin sans faire de vague, presque à l’abri des regards, mais elle se profile comme une réalisatrice qui compte. Un constat qui est aussi valable pour Eva Husson. Avec Bang Gang, une histoire d’amour moderne, Husson contait l’histoire désabusée et libérée d’adolescents à la recherche d’une sexualité sans limite. Osé et réussi dans sa dimension humaine, son premier film résonnait comme une ode à la dérive adolescente, dans la même veine qu’un Larry Clark ou un Harmony Korine. Et après la découverte, c’est l’heure de la confirmation. La cinéaste tourne Les Filles du soleil avec Golshifteh Farahani et Emmanuelle Bercot.

Photo copyright : Rebecca Zlotowski – Ad Vitam

Dans son sillage, Stéphanie Di Giusto est peut-être l’une des moins connues… à tort. Découverte dans la section Un Certain regard à Cannes en 2016 également, la Française déballait son premier long-métrage à cette occasion. Film imparfait mais doté d’une somptueuse qualité visuelle, La Danseuse, avec Soko, Gaspard Ulliel et Lily-Rose Depp dans les rôles principaux, réussissait le test avec mention.

Une liste de réalisatrices à laquelle nous pouvons encore ajouter d’autres noms de femmes talentueuses telles qu’Alice Winocour (Maryland), Denise Gamze Ergüven (Mustang) ou encore Mia Hansen-Løve. Il est intéressant de voir le virage entrepris par les productions françaises. La présence beaucoup plus marquée de femmes derrière la caméra depuis 2015, emboîtant significativement le pas aux hommes, démontre que la tendance commence à s’inverser. Elle ne cesse de s’étendre plus les années passent. C’est bien les femmes qui mènent la danse, et c’est peu dire.