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Et au pire, on se mariera : l’odyssée d’une jeune fille sans repère

L’amour est difficilement compréhensible, surtout quand on est une enfant. Aïcha le vit, le sent, le touche du bout des doigts sans vraiment savoir comment l’apprivoiser. Elle pense le connaître avec son beau-père, Hakim (Mehdi Djaadi), alors que lui l’aimait de la mauvaise manière, mais persuadée que l’amour, le vrai est ainsi, qu’on éprouve de l’affection de cette manière. Mais le petite manège ne tient pas longtemps. Isabelle (Karine Vanasse) décide de mettre à la porte Hakim. Un acte que Aïcha ne pardonnera jamais à sa génitrice, lui faisant vivre un calvaire. Une jeune fille à la recherche de l’amour, de son identité et qui tue le temps en parlant avec deux prostitués travestis. Puis, son chemin croise celui de de Baz (Jean-Simon Leduc), un homme qui a le double de son âge, mais dont elle va tomber éperdument amoureuse, alors que lui souhaite juste l’aider.

Adapté du roman éponyme de Sophie Bienvenu, Et au pire, on se mariera est avant tout le chemin d’une jeune fille qui cherche ses repères, un point d’ancrage pour se sentir pleinement épanouie. Malheureusement, Aïcha (Sophie Nélisse) manque d’une pierre angulaire dans sa vie, entre une mère qui trime pour rejoindre les deux bouts et un père absent. Un paternel aux abonnés absents et un beau-père qui n’a pas su remplir ce rôle si primordial. C’est par la rébellion qu’elle s’exprime, qu’elle fait valoir sa haine et son désarroi. Sa mère en prend pour son grade.

Une salle d’interrogatoire pour tout savoir

En ouverture, on voit Isabelle qui court vers une voiture de police en voyant sa propre fille se faire écrouer. Les interrogations règnent. Pourquoi est-elle arrêtée ? On la retrouve dans une salle sombre à monologuer face à une femme qui ne pipe pas mot. Tout y passe, sa relation étrange avec son beau-père, sa relation conflictuelle avec sa mère, ses amis prostitués et son coup de foudre pour Baz, un jeune homme qui aspire à devenir chef, qui joue de l’accordéon et profondément gentil. Aïcha est sous le charme. C’est l’homme parfait pour elle et elle l’aime de toutes ses forces. Lui, la voit comme sa petite soeur. Des sentiments qui ne vont pas dans le même sens.

Léa Pool (La Passio d’Augustine) se lance dans un film qui use d’une trame moins insignifiante qu’il n’y paraît. En démarrant mollement son film, nous laissant quelque peu sur le bas-côté, on comprend petit à petit quel chemin le métrage prend. L’étreinte émotionnelle se referme lentement. Léa Pool s’intéresse à la façon d’aimer, à l’absence parentale. De là elle conjugue ces deux thématiques pour les centrer sur le personnage d’Aïcha. Son beau-père lui a « enseigné » le mauvais amour. Quant à Baz, son amour pour lui s’enflamme jusqu’à lui brûler les doigts. Elle aime de la mauvaise manière, elle aime passionnément, mais personne ne lui a expliqué comment faire. Sa mère, comme effacée pour Aïcha, ne peut parvenir à résonner la jeune fille, qui s’enfonce peu à peu, emportée autant par sa naïveté que sa fougue.

Nélisse et Vanasse assurent

À espionner Baz, Aïcha se perd dans sa folie amoureuse. Un labyrinthe amoureux, Un tourbillon de sentiments. Elle commence à commettre l’erreur d’aimer dans le mauvais sens, perdant la tête. Jamais vraiment cadrée dans son enfance, elle se perd dans l’illogisme d’une jeune fille aux limites inexistantes.

Une jeune fille éperdue campée de manière convaincante par Sophie Nélisse (La Voleuse de livre, Mean Dreams). Derrière son regard enfantin brûle l’envie et la colère. Parfaitement dirigée par Léa Pool, son visage poupin colle au personnage d’Aïcha. Karine Vanasse, elle, réussit une vraie performance de support, comme le prouve la scène dans la voiture où elle comprend que son compagnon abuse de sa fille. On sent une détresse intérieure s’amplifier. Un séquence forte, traduisant le malaise qui règne dans Et au pire, on se mariera.

Même si le film est imparfait, souvent inégal, comme cette mise en action mollassonne, Léa Pool amène son film sur des sentiers émotionnels intéressants. Et au pire, on se mariera laisse planer un passé difficile à supporter. Un long flash-back qui revient à comprendre que Aïcha n’a jamais vraiment encaisser l’absence d’une figure paternelle.

Casting : Sophie Nélisse, Karine Vanasse, Jean-Simon Leduc, Mehdi Djaadi

Fiche technique : Réalisé par : Léa Pool / Date de sortie : 14 mars 2018 / Durée : 91 min / Scénario : Léa Pool, Sophie Bienvenu / Distributeur suisse : Filmcoopi