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Espèces menacées : trois récits familiaux croisés et complexes

Joséphine (Alice Isaaz) se retrouve sous l’emprise d’un homme, Tomasz (Vincent Rottiers), violent et colérique. Vincent est en pleine séparation et reçoit un coup de fil de sa fille, Mélanie, pour lui signifier qu’elle est enceinte, et lui annonce par la même occasion que son futur mari est âgé de 63 ans. Pour finir, il y a Damien – subtilement interprété par Anthony Gardet – qui se retrouve empêtré dans un conflit familial, entre sa mère qui débloque et son père qui s’entiche d’une jeune femme. Trois tableaux qui se croisent aux conséquences heureuses ou dramatiques.

Sous la houlette de Gilles Bourdos (Renoir), Espèces menacées est tiré de l’oeuvre littéraire éponyme de Richard Bausch. Comme une saga, là où les effusions de joies sont mêlées à la tristesse, le métrage se faufile entre les trois histoires, entre les innombrables fractures déjà ouvertes qui ne cessent de devenir plus visibles. Centré principalement sur le calvaire qu’endure Joséphine, le film parvient à concilier les deux histoires, mais laisse surtout une grosse part au combat psychologique et physique que mène la jeune femme battue.

Mariage rock n’roll pour une vie désastreuse

Photo copyright: Mars Films

On retrouve une année plus tôt Joséphine fraîchement mariée à Tomasz, entrepreneur dans le commerce du bois. Une année plus tard, les choses se sont envenimées, le mariage a fait place à une forme d’esclavage moderne pour Joséphine. Frappée, vampirisée par son mari, elle tombe sous les coups, laisse ses parents dans l’adversité la plus totale. Edith (Suzanne Clément) et Jospeh Kaufman (Grégory Gadebois) sont déboussolés et ne parviennent plus à communiquer avec leur propre fille. Ecrasée par son compagnon, Joséphine s’épuise, se morfond et sa plus grande crainte est de faire du mal à cet infâme personnage qui partage sa vie.

Le film mosaïque que déballe Bourdos s’articule autour d’une histoire principalement, mais laisse quelques fragments intéressants à disséquer. Si nous prenons le « cas Petersen », Vincent (Eric Elmosnino) encaisse le coup, celui du choix étrange de sa fille Mélanie, et lui laisse aussi libre choix de mener son existence, malgré sa désapprobation. Il y a aussi Anthony qui lui, en mal d’affection et perdu dans son existence, voit son père déguerpir, le laissant s’occuper de sa mère en proie à des démences. Trois récits familiaux qui proposent trois différentes approches paternelles. Les rapports sont difficiles dans les trois cas et se résolvent de manières différentes.

Alice Isaaz excelle

Gilles Bourdos se fait l’auteur d’un film fort, parfois un peu désordonné comme son scénario, qui fonctionne par fulgurances, par émotions. Un flux d’émotions qu’Alice Isaaz transmet avec talent. Dans le costume de la femme fragile, elle crève l’écran, se glissant parfaitement dans ce rôle délicat. Comme l’interprétation d’Isaaz, l’oeuvre est tout en rupture, tout en fragilité. Un récit qui rappelle l’instinct et qui nous plonge dans une certaine tension.

Espèces menacées est une oeuvre sociale qui analyse la détresse humaine. Comment un père ou une mère réagit face à sa progéniture en pleine perdition. Une histoire qui se révèle profonde et séduisante dans ses choix et son dénouement final. Bourdos signe un long-métrage plaisant, profondément touchant, porté par une Alice Isaaz admirable.

Casting : Alice Isaaz, Vincent Rottiers, Grégory Gadebois, Suzanne Clément, Eric Elmosnino, Alice de Lencquesaing, Carlo Brandt, Damien Chapelle

Fiche technique : Réalisé par : Gilles Bourdos / Date de sortie : 27 septembre 2017 / Durée : 105min / Genre : Drame / Scénario : Gille Bourdos, Michel Spinosa, Richard Bausch / Musique : Alexandre Desplat / Distributeur suisse : Frenetic Films