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Escape At Dannemora : deux prisonniers pour une évasion folle

Photo copyright : Showtime

L’histoire est rocambolesque et on peine à croire que cela puisse encore se produire de nos jours… Et pourtant ! Loin d’être sortis de l’imagination de quelques producteurs hollywoodiens, les faits se sont réellement déroulés. Ils ont d’ailleurs tenu en haleine l’Amérique entière durant trois semaines. Escape At Dannemora nous replonge dans cette folle épopée, à travers la caméra de Ben Stiller et un casting XXL emmené par le trio éblouissant que forment Patricia Arquette, Benicio Del Toro et Paul Dano.

Et l’histoire justement, c’est celle de David Sweat (Paul Dano) et Richard Matt (Benicio Del Toro) qui séjournent dans la prison de haute sécurité de Clinton. La maison d’arrêt est basée dans la petite ville de Dannemora, dans le nord de l’État de New York, non loin de la frontière canadienne. Le pénitencier n’abrite pas franchement des enfants de choeur. Des individus ayant commis des crimes violents y logent – un dénommé Tupac Shakur y a notamment séjourné -. Sweat est incarcéré pour le meurtre d’un policier. Quant à Matt, il est emprisonné pour avoir enlevé son ancien patron, avant de le battre à mort et de le démembrer en 1997. Une fine équipe en somme ! Joyce « Tilly » Mitchell (Patricia Arquette) est employée dans le pénitencier en qualité de superviseure de l’atelier de couture. Elle entretient une liaison avec le détenu Sweat. Entre deux surpiqûres, les amants font leur petite affaire dans l’arrière-salle de l’atelier. Personne n’est dupe, ni les prisonniers, ni les collègues de travail de Joyce. Épinglée par sa hiérarchie pour son comportement, Joyce nie en bloc. Sweat se retrouve malgré tout transféré dans une autre cellule et voit sa place dans l’atelier lui filer sous le nez. Ce qui n’arrange pas les affaires de son co-détenu Richard qui voyait dans cette aventure interdite le moyen idéal de se fournir en matériel pour s’évader. Soit ! Ce dernier charme et gagne la confiance de Tilly et débute à son tour une liaison avec la superviseure. Été 2015, les deux criminels s’évadent de la prison de haute sécurité de Clinton…

Dans les couloirs froids de la prison de Dannemora

Dans ce patelin, ce « little Siberia », comme aiment à l’appeler les gens du coin en raison de sa situation reculée et de son climat rigoureux, on a coutume de dire qu’il n’y a que deux saisons : l’hiver et juillet. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’on a froid rien qu’en regardant la série. Froid au sens propre comme au figuré car si l’air est glacial, l’épais manteau neigeux ne cesse de s’abattre sur la ville, l’atmosphère austère glace le sang elle aussi. Les cellules confinées du pénitencier et les longs couloirs de Clinton sont à l’image des personnes qui peuplent les lieux, détenus comme gardiens, dépourvus de tout ou presque. La réalisation de Ben Stiller, balayant à coups de travelling ce microcosme qu’est la prison de Clinton, parvient à transmettre parfaitement le sentiment de solitude des personnages, baignant dans des températures polaires. Et pour ce faire, le réalisateur a tourné une partie des scènes dans la vraie prison, cette prison où une hiérarchie officieuse est établie et dans laquelle il faut savoir s’allier aux bonnes personnes pour survivre. Soucieux de retranscrire les faits avec le plus d’authenticité possible, Ben Stiller a rencontré le détenu Sweat, accompagné de Benicio Del Toro et Paul Dano. Ce dernier en garde d’ailleurs un souvenir particulier : « C’était en réalité dur de rentrer dans cette prison et de parler à cette personne derrière une vitre durant plusieurs heures. C’était important de connaître l’autre partie de lui, à part la partie que l’on connaît déjà grâce aux infos, qu’il a tué quelqu’un. Et de façon générale j’ai trouvé très dur de visiter cette prison. L’atmosphère, l’odeur, l’ambiance pesante et la montée d’adrénaline que cela te procure lorsque que tu y rentres et que tu dois faire attention à toi. »

Patricia Arquette brille

Photo copyright : Christopher Saunders/SHOWTIME

Il y a bien sûr le charisme inébranlable de Benicio Del Toro, et le talent d’interprétation de Paul Dano, mais la vraie star de la série c’est Patricia Arquette. Personnage aux multiples facettes, énigmatique, Tilly est ce genre de figure difficile à cerner. Stupide ou inconsciente ? Victime ou complice ? Égoïste ou altruiste ? Tout ça à la fois probablement. Un physique disgracieux, une chevelure paille, la peau poreuse sous d’épaisses lunettes – les maquilleurs et costumiers s’en sont donnés à coeur joie -, Patricia Arquette s’est complètement métamorphosée pour les besoins du rôle. Des kilos et un dentier en plus, elle s’est littéralement abandonnée à ce personnage et le résultat est bluffant. Quelle performance ! Elle incarne à la perfection cette femme au tempérament ambivalent, naïve à n’en pas douter, trop facilement manipulable, en manque d’amour peut-être, mais surtout obsédée d’assouvir une libido débordante. Sa relation avec David Sweat fait penser à une amourette de collégienne, tout en flirtant avec les limites dérangeantes d’un relation maternelle malsaine. Un comportement trop familier avec certains prisonniers, elle oublie qu’elle a affaire à des criminels qui sont pour la plupart très violents. Mais elle n’en a que faire, et chaque matin c’est la même routine : elle enclenche le poste de radio, le top 40 à plein tube dans l’atelier, donnant à cette scène des allures surréalistes : des gros bras en uniforme de taulards derrière des machines à coudre à faire le point zig zag sur des airs de Meghan Trainor. Avouez que le tableau a de quoi faire sourire. Et pour soutenir la performance remarquable de Arquette, Del Toro et Dano. Le premier en artiste peintre, maniant la technique des ombres avec panache et se rêvant hors des murs de Clinton, cheveux au vent sur sa monture. Le deuxième, apprenant ladite technique des lèvres de son mentor. Vous l’aurez compris, il y a un peu de poésie, tendant vers le comique presque, dans cet univers carcéral morne et déshumanisé. Le duo de prisonniers entretient une relation à mi-chemin entre l’amitié et la complicité père-fils et vont s’allier pour réaliser une évasion invraisemblable.

Ben Stiller, plutôt connu du plus grand nombre pour ses performances d’acteur dans diverses comédies, rend une belle copie avec Escape At Dannemora. 7 épisodes durant lesquels le trio d’acteurs transmet une réelle authenticité et un peu d’humanité aux personnages et essayant de coller fidèlement à leurs profils. Au-delà de ce que nous savons déjà de cette affaire, la série témoigne de façon nuancée des dessous d’une intrigue qui a passionné autant qu’effrayé les Américains. Une série à consommer avant l’indigestion des fêtes.

 

Casting : Benicio Del Toro, Paul Dano, Patricia Arquette, David Morse, Bonnie Hunt, David Lange

Fiche technique : Créée par : Michael Tolkin, Brett Johnson / Réalisé par : Ben Stiller / Chaîne : Showtime / Date de diffusion : 25 novembre 2018 / Format : 7 épisodes – 60 min