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Duelles : le deuil est une vengeance froide

Deux femmes mariées que rien ne séparent. Alice (Veerle Baetens) et Céline (Anne Coesens), deux mères comblées dans les banlieues paisibles de la capitale belge des années 60. Deux couples qui s’entendent comme larrons en foire, et deux enfants du même âge s’entendant comme des frères. Tout paraît si lisse, si beau. Mais la mort du petit Maxime, le fils de Céline, bouscule tout et assombrit la belle relation des deux femmes.

Elle a assisté à la mort de Maxime, sans broncher, sans pouvoir quoi que ce soit. Et c’est bien ça qui mettra le feu aux poudres, convoquant les flammes de l’enfer. Les mitoyennes font souffler un vent d’effroi pour Alice, persuadée que Céline mijote un plan machiavélique pour lui faire payer son « manque » de prise de décision le jour de la mort de son rejeton. Une paranoïa qui alourdit l’atmosphère, la rendant suffocante, dans un jeu de faux semblants parfaitement tenu.

L’ombre de Georges Simenon plane

Adapté librement du roman de Barbara Abel, Derrière la haine, Duelles évoque Georges Simenon. On pense à l’adaptation de Mathieu Amalric, La Chambre bleue, dans son approche, son ambiance tout en retenue, ô combien cruelle. Olivier Masset-Depasse s’empare parfaitement des codes du thriller psychologique. Deux familles qui ne forment qu’une, si parfaites, jusqu’à ce que la jalousie fasse trébucher cette si bonne entente. L’austérité s’installe, la haine va écarteler la bonne ambiance, la rendre infernale. La blonde contre la brune. Céline (la brune) est la manipulatrice, tandis qu’Alice (la blonde) est la victime dans cette histoire. Deux femmes qui s’emplissent de haine plus elles se matent, se tournent autour, les regards croisés et suspicieux.

Photo copyright : Versus production / Gaëtan Chekaiban

Masset-Depasse maîtrise son sujet, structure sa mise en scène pour faire grimper toujours plus la tension régnante. Un vaste sépulcre, des relents d’une vendetta pensée et mise en application pour enfin parachever son oeuvre. Duelles, film dit classique, réussit à nous emporter dans son élan manipulateur, thriller au rythme et à la technicité qu’on pourrait associé à Alfred Hitchcook. Une douleur silencieuse, une vengeance toujours plus bruyante. Mais qui est la mauvaise et qui est la bonne ?

Veerle Baetens et Anne Coesens forment un tandem très intéressant. L’intensité va crescendo grâce aux deux femmes aux tempéraments affirmés. Une chorégraphie de l’angoisse, deux amies devenues ennemies. Une ode à la manipulation, où l’être humain se transforme en bête sauvage quand il faut protéger les siens. Duelles a cette étincelle brûlante. Sur l’abîme se forment deux ombres le coeur lourd d’un deuil partagé. Tout se dérobe, suspicions et folies sont palpables.

Casting : Veerle Baetens, Anne Coesens, Mehdi Nebbou, Arieh Worthhalter

Fiche technique : Réalisé par : Olivier Masset-Depasse / Date de sortie : 17 avril 2019 / Durée : 90 min / Scénario : Olivier Masset-Depasse, Giordano Gederlini, Barbara Abel / Musique : Frédéric Vercheval, Renaud Mayeur / Distributeur suisse : Agora