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Downsizing : un début si prometteur pour un résultat approximatif

Rétrécir pour doubler sa fortune personnelle et mener une vie paisible. C’est un peu l’accroche du nouveau film d’Alexander Payne, cinéaste aux oeuvres poignantes telles que The Descendant, Monsieur Schmidt ou l’excellent Nebraska. Avec Downsizing, Payne articule une histoire rocambolesque qui, derrière son message comique, suppose en réalité un message plus sérieux. Enfin, c’est ce que laissait présager la bande annonce.

12 centimètres. Voilà ce que mesure Paul Safranek (Matt Damon) après le rétrécissement. Une nouvelle vie démarre pour cet homme fatigué par une vie éreintante à s’occuper de sa mère après avoir abandonné ses études. Il vit désormais dans la demeure familiale désertée par sa défunte mère, avec sa femme Audrey Safranek (Kristen Wiig). Les deux décident de sauter le pas après une longue discussion avec son ami Dave (Jason Sudeikis), lui-même rétrécit par cette expérience révolutionnaire mise en place par des chercheurs norvégiens. Mais une telle opération est assortie de contraintes. Et pour Paul, la première apparaît dès son entame : sa femme se débine et le laisse tout seul dans cette nouvelle aventure.

Une mise en abyme urbaine

La chorégraphie des médecins et infirmières se fait sans le moindre problème. Tout est d’une précision chirurgicale et les patients n’y voient que du feu. Aucune douleur, tout est orchestré de manière efficace. Pour ce qui est du changement afin de contrer une planète en surpopulation, pas tout le monde n’est aussi bien préparé. Les habitants qui décident de ne pas succomber à la taille modèle réduit ne sont pas tous favorables à cette manigance, voyant cette partie de la population profiter des mêmes droits qu’eux. L’un d’eux n’hésite pas à rappeler que les lois devraient être réglementées de manière égale entre les « normaux » et les habitants de Leisureland.

En tout cas, ces petites critiques assassines ne font qu’amplifier et intriguer. Où Alexander Payne souhaite-t-il nous emmener ? Que mijote-t-il à travers cette idée de réduction de taille ? L’entame éveille l’intérêt jusqu’à l’arrivée de Paul à Leisureland. Malheureusement les promesses s’effondrent gentiment mais sûrement. Payne se disperse, se perd à mélanger les genres et piétine l’idée de base : le véritable sens du « downsizing ». Aux oubliettes les excellentes idées initiales. À force, Matt Damon en devient irritant dans le rôle de Paul. Son personnage de mari éploré, esseulé, à expérimenter sa nouvelle vie de demi-portion, à traîner son spleen dans son appartement, à chercher désespérément une nouvelle femme. Tout ça le rend antipathique, voire inintéressant. Une autre existence misérable mais cette fois-ci avec plus de moyens, c’est tout. Basta ! Mais deux autres personnages hauts en couleur, l’un interprété par un Christoph Waltz et l’autre par Hong Chau, vont redonner une lueur d’espoir à notre déprimé de service.

Arrivée chez les originaux. Une romance maladroite

Le pensum n’est pas terminé. Ô non! C’est même l’amour qui vient toquer à la porte de notre métrage laborieux, très loin des standards d’un Alexander Payne peu inspiré cette fois, presque fantomatique. Nos derniers espoirs prennent la tangente quand une romance s’installe entre Paul et Ngoc Lan Tran (Hong Chau), une militante vietnamienne complètement barrée et amputée d’un pied, alors que Paul file vers la Norvège. La Norvège c’est là que se trouve les originaux, les premiers, les membres fondateurs du « downsizing ». Pour être sincère, on se retrouve dans un genre de secte d’altermondialistes préférant fumer le calumet de la paix, taper sur un tam-tam, avec le soleil couchant en toile de fond. Pitié, Monsieur Payne, les clichés font mal aux yeux.

Derrière les promesses d’un début d’un excellent acabit, la fin est calamiteuse, voire dégoulinante d’une morale de pacotille. Elle ressemble, aussi lourde soit-elle, à : les humains sont plus forts que la science. Les avancées scientifiques ne réussiront pas à changer la face de notre monde. Seuls les êtres humains sont capables de faire changer les choses. D’accord, c’est beau mais comme le dit Dave : « Ça te sert à te sauver toi ». Chassez le naturel, il revient toujours au galop. La race humaine reste égoïste sous les artifices scientifiques avancés.

À l’heure des comptes, ce n’est pas très reluisant, c’est même raté. La subtilité d’un film comme Nebraska semble bien lointaine. Apparemment, le cinéaste d’origine grecque laisse son talent rétrécir comme son personnage principal.

Casting : Matt Damon, Hong Chau, Christoph Waltz, Kristen Wiig, Udo Kier, Jason Sudeikis, Neil Patrick Harris, Laura Dern

Fiche technique : Réalisé par : Alexander Payne / Date de sortie : 10 janvier 2018 / Durée : 136 min / Scénario : Alexander Payne, Jim Taylor / Photographie : Phedon Papamichael / Distributeur suisse : Disney