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Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot : Van Sant sublime Joaquin Phoenix

Gus Van Sant s’était pris les pieds dans le tapis avec The Sea of Trees. Avec Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot, présenté au festival Sundance et à la Berlinale, le metteur en scène américain reprend de la hauteur. Cinéaste à la carrière en dents de scie, pétri de talent et récompensé par une Palme d’or pour Elephant, en 2003, Van Sant décide de s’intéresser à la vie de John Callahan (Joaquin Phoenix), caricaturiste sardonique et alcoolique, victime d’un accident de la route qui le laisse dans une chaise. Une vie en fauteuil roulant parsemée de nombreuses chutes, tant physiquement que métaphoriquement, pour son pilote. Porté sur la bouteille, à la dégaine presque légendaire, John Callahan décide enfin de se regarder en face, de garder ses distances avec la boisson, de passer par les étapes qui lui permettront de pardonner, de se pardonner. Grâce au support sans faille de sa compagne Annu (Rooney Mara) et celui de Donnie (Jonah Hill), un parrain un peu barré et énigmatique, l’horizon s’éclaircit et sa plume s’aiguise.

Humour noir pour une vie à priori désastreuse

Un gros accroc, une sortie de route – c’est le cas de le dire – et votre vie prend une direction différente. Callahan est ce genre d’homme. Tandis que celui qui conduisait, Dexter (Jack Black), n’a rien eu, juste quelques égratignures, John entame une vraie rééducation physique et psychique. Les parties de l’existence de Callahan qu’explorent Van Sant sont éparses. De son abandon à la naissance, à son amour pour l’alcool en passant par son équilibre représenté par Annu, les facettes de la vie de l’illustrateur sont abordées de manière à vous présenter un homme blessé qui, grâce à un grave accident, trouve une raison pour prendre un nouveau départ.

Photo copyright : Iconoclast

Les conséquences d’une vie destructrice, et Callahan se reconstruit en plusieurs étapes, 12 pour être exact. Van Sant expérimente avec Phoenix l’histoire d’un homme imprévisible qui se nourrit des situations quotidiennes, des paroles des autres pour illustrer son travail. Mais c’est avant tout un long chemin semblable à une rédemption personnelle, où spontanéité et coups de sang sont le processus de guérison. Boire pour oublier, dessiner pour avancer. John Callahan se sublime dans l’humour noir, se forge dans les remarques assassines des quelques lecteurs et lectrices qui s’offusquent face à ses blagues parfois à la limite du respectable. De la controverse pour un film qui s’équilibre entre les côtés sombres et comiques de son personnage principal, parfaitement personnifié par Joaquin Phoenix. Sur le fil du rasoir, entre rire et larmes, entre pardon et méchanceté, l’acteur américain réussit (comme à son habitude) à nous délivrer une vraie performance d’acteur, aussi imprévisible que profonde. Le résultat paraît si authentique qu’on est en droit de se demander si Van Sant n’a pas laissé Phoenix improviser devant la caméra…

Jonah Hill dans un autre registre. Remarquable bande-son signée Elfman

Après tout, même si Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot repose sur une existence un peu aléatoire et des dépendances, il n’est pas le film qui verse dans la facilité à vous déballer un discours convenu. Van Sant truffe son métrage de détails, de plan-serrés dans les moments fatidiques, insistant sur quelques ellipses et profitant du score remarquable de Danny Elfman. On pense au personnage de Jonah Hill, Donnie, figure étrange, richissime, qui tue le temps dans sa magnifique demeure se posant comme le messie, le parrain qui réussit à remettre sur le droit chemin les égarés. Dans son rôle, Hill est cette transition entre l’avant et l’après, comme ce verbe manquant dans la phrase existentielle de John Callahan. C’est avant tout ça Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot, la pièce manquante qui vous permet de vous raccrocher à la bouée de sauvetage. Et avec ça, Van Sant rend une réponse touchante et rafraîchissante.

Casting : Joaquin Phoenix, Jonah Hill, Rooney Mara, Jack Black, Beth Ditto, Udo Kier

Fiche technique : Réalisé par : Gus Van Sant / Date de sortie : 4 avril 2018 / Durée : 1h54 / Scénario : Gus Van Sant, John Callahan / Musique : Danny Elfman / Photographie : Christopher Blauvelt / Distributeur suisse : Filmcoopi