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Detroit : brutalité et injustice, Bigelow frappe très fort

La patte de Kathryn Bigelow est l’une des plus fascinantes du Hollywood actuel. Connue pour Point Break, Démineurs ou encore Zero Dark Thirty, son film le plus récent, la californienne revient sur le devant de la scène avec une nouveau film coup de poing, Detroit.

Plongé dans l’été 1967 à Detroit, le récit traite des émeutes et d’un climat devenu insécure après plusieurs échauffourées entre la police et la communauté afro-américaine. Une véritable guérilla urbaine s’engage entre les forces de l’ordre et la population afro. Contestation et ségrégation raciale, le film se recoupe sur l’Algiers Motel, établissement encore épargné par les émeutes mais rapidement rattrapé par une descente de police, transgressant toutes les procédures et règles policières. Une clientèle presque exclusivement noire sera prise à partie et le bilan sera lourd, très lourd.

Histoire méconnue et bavures policières

Les clients profitent de la piscine et de la bonne ambiance environnante. L’atmosphère estivale se ressent alors que, non loin du motel, les affrontements font rage. Arrivent Larry (Algee Smith) et son fidèle compagnon Fred (Jacob Latimore). Le premier rêve de percer dans la musique avec The Dramatics, voir son nom associé à Motown – label légendaire -, mais les choses vont s’envenimer quand la folie frappe à la porte de ce petit bout de paradis compte tenu des événements en cours. Une descente de flics pour une blague faite par Carl (Jason Mitchell), lui qui s’amusait à tirer à blanc avec un faux pistolet. De quoi provoquer l’ire de l’officier Krauss (Will Poulter). Transformé en véritable boule de nerfs, il se décide à faire passer aux aveux à celui qui a voulu s’attaquer aux autorités.

Photo copyright: 2017 Concorde Filmverleih GmbH

Et tout s’emballe. Passant d’un aspect général à un (presque) huis clos, Detroit devient asphyxiant. Entouré de Flynn (Ben O’Toole) et Demens (Jack Reynor), Krauss se mue en tortionnaire, bien décidé à faire cracher le morceau à de pauvres innocents. Bigelow balaie la pièce avec sa caméra et s’attarde sur chaque otage. Hormis Larry et Fred, il y a un vétéran du Vietnam, Greene (Anthony Mackie), venu chercher du boulot à Detroit. Il y a aussi Julie (Hannah Murray) et Karen (Kaitlyn Dever) prises pour des prostituées par les trois flics. Et au milieu de tout ça, il y a le « bon gars », celui qui se retrouve embarqué dans une sale histoire alors qu’il voulait aider : Dismukes (John Boyega). Dismukes, afro-américain, est du côté de la police. Agent de sécurité pour les petits commerces vandalisés, il est confronté au racisme des trois blancs, tiraillé entre les deux camps. Il aura l’intelligence de garder son sang froid devant le diable personnifié, Krauss. Car Will Poulter donne beaucoup de dimension à son personnage, sombrant graduellement dans une psychose intense – il est bien loin le puceau de la famille Miller.

Boyega réplique à Poulter

Témoin, pris en tenaille pas le comportement hostile des policiers, John Boyega se sublime dans un personnage compliqué à interpréter, tout en retenue. Bigelow met en scène la déchéance humaine, ce que l’homme est capable de commettre pour une simple différence de couleur de peau. La terreur hante les chambres, les salles qui faisaient de ce motel un endroit festif. Les chants, la joie de vivre ne sont que de lointains souvenirs, place à la violence sous l’oeil avisé de la cinéaste américaine.

Photo copyright: Mars Films

La facilité avec laquelle Katherine Bigelow arrive à nous immerger pendant 2h24 tient de la prouesse. Le film choc, la claque qui rappelle que notre société est en plein dans cette fracture politique et raciale. Avec les deux personnages clivants, Krauss et Dismukes, Bigelow s’appuie sur deux figures du récit. La folie autoritaire de l’un et le dégoût de l’autre. Le mensonge de l’un et le silence de l’autre. Detroit s’étudie en profondeur et dans un élan meurtrier pour prouver l’injustice qui règne dans notre monde. Une véritable baffe comme la réalisatrice de Démineurs sait si bien en donner.

Et comme si le tableau n’était déjà pas assez sombre, la suite se fait devant le tribunal. Le verdict sera à l’image de cette fraction de seconde où Dismukes s’empresse de sortir pour vomir – au sens littéral – cette injustice qui lui collera à la peau toute sa vie, alors que Larry a perdu cette flamme qui brûlait en lui. Le regard vide, à entonner un chant gospel. Detroit, un film nécessaire, une petite merveille.

Casting : John Boyega, Will Poulter, Algee Smith, Jacob Latimore Jason Mitchell, Hannah Murray, Jack Reynor, Kaitlyn Dever, Ben O’Toole, Anthony Mackie, John Krasinski

Fiche technique : Réalisé par : Kathryn Bigelow / Date de sortie : 11 octobre 2017 / Durée : 143 min / Genre : Drame / Scénario : Mark Boal / Musique : James Newton Howard / Photographie : Barry Ackroyd / Distributeur : Ascot Elite