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Des visions surréalistes et des mensonges à tour de bras, Chambers et Dead to Me n’ont pas lésiné sur les moyens

Chambers, ce cri qui vient du coeur

Un peu d’alcool, un magasin de literie fermé et plongé dans la pénombre. Sasha et TJ ont décidé de perdre leur virginité un soir de semaine. Une première nuit d’amour qui vire au drame quand le coeur de la jeune fille s’arrête. Un craquement, une douleur sourde qui étouffe les fantasmes et les caresses. Elle perd connaissance. Début à couteaux tirés pour Chambers, nouvelle création produite par Netflix et pensée par Leah Rachel.

Photo copyright : Ursula Coyote/Netflix

Bercée dans le flou le plus total et voilà que Sasha apparaît avec une cicatrice sur la poitrine : transplantation à coeur ouvert et une nouvelle vie s’offre à elle. Désormais greffée du coeur d’une autre, les problèmes vont aller crescendo. Un cadeau empoisonné, une existence liée (à jamais) à Becky Lefevre (Lilliya Scarlett Reid), lycéenne semble-t-il sans la moindre histoire. Mais c’est sans compter avec une famille aux innombrables failles. À commencer par Nancy (Uma Thurman), dans son rôle de mère dévastée, semblable à La Vie devant ses yeux (2007). Elliott (Nicholas Galitzine), le frère de Becky, et Ben (Tony Goldwyn), le père énigmatique et généreux.

Chambers s’ouvre avec ce premier épisode presque suspendu, où le mystère s’épaissit et devient même tentaculaire. Une équation familiale, avec ses zones d’ombre, avec ses bonnes et mauvaises personnes. On y goûte, on se laisse emporter dans les aventures sordides de Sasha, à la suivre dans ses divagations et ses tourments provoqués par son opération. Une translation de personnalités, glissant entre la regrettée Becky et Sasha, celle qui porte son coeur. Physiquement Becky n’est plus là, morte dans des circonstances étranges, inconnues, mais son âme perdure à travers Sasha. Oeuvre mystique.

Sasha et son oncle, qui a désormais la garde après la mort de la mère, se laisse amadouer par la famille Lefevre, par sa fortune et son envie d’aider Sasha à intégrer le lycée de Crystal Valley, bien plus huppé que celui qu’elle fréquente. On pense à Get Out de Jordan Peele, au moment où elle fait ses premiers pas dans un monde presque parfait, trop parfait… Jeu de faux-semblants, apparences étrangement lisses, presque dérangeantes. Mais que cherche la famille Lefevre ? Les questionnements sont habilement amorcés, avec les nombreux personnages secondaires armés de leurs mystères – à noter au pluriel. Penelope (Lilli Kay), Marnie (Sarah Mezzanotte) ou encore coach Jones (Michael Stahl-David) amènent de l’épaisseur au mystère qui englobe la mort de Becky. Enfin, après des débuts prometteurs, le récit se vautre dans ses explications nébuleuses. Des personnages qui passent « à la trappe » à cause d’une écriture désordonnée. Mais la grande force de Chambers est de maintenir une réelle ambivalence entre ses deux héroïnes. Un cri du coeur, effroyable et indicible, appelé à éclairer la lanterne de la pauvre Sasha, prise en tenaille entre sa vie d’antan et sa nouvelle existence au milieu des riches névrosés. Des faiblesses, certes, mais les parcelles d’ombre que Sasha découvrent, qu’elle doit même affronter, l’emmènent dans un voyage périlleux entre fantastique et horrifique. Inégale et perfectible, Chambers ressert l’étau, les plans deviennent de plus en plus serrés sur les visages, pour laisser un final étonnant, un peu tiré par les cheveux, où les ténèbres n’ont pas l’apparence que l’on pense.

Les apparences sont trompeuses dans Dead to Me

L’ambiance est légère en bord de mer, où les éphèbes musclés et huîlés taquinent le ballon. Une odeur de vacances et de bien-être plane, alors que non loin Jen (Christina Applegate) traîne son spleen dans son 4×4 Mercedes. Un deuil qu’elle va partager dans un groupe de soutien pour personnes endeuillées. Jen expose la mort atroce de son mari, écrasé par une voiture en pleine nuit, de manière brutale. Elle y fait la rencontre de Judy (Linda Cardellini), elle aussi frappée par le deuil, enfin d’après ses dires.

Les deux femmes font connaissance et décident de surmonter le deuil ensemble. Une perte tragique, un grand vide dans leur vie respective. Jen, avec ses deux enfants, voit sa vie partir en vrille, tandis que Judy se retrouve toute seule. Rapidement, le gros mensonge de Judy va mettre le feu aux poudres : elle n’a pas perdu son mari, mais elle s’est faite larguée, alors qu’elle venait de faire une nouvelle fausse couche. Son couple n’a pas tenu. Un mensonge, une trahison pour Jen. Mais l’union fait la force et les deux écorchées vives vont se tenir les coudes et même habiter ensemble dans la grande maison de Jen, avec les enfants de cette dernière.

Photo copyright : Saeed Adyani / Netflix

Dead to Me est une série à différentes couches, dans laquelle le deuil et la tristesse s’accrochent – avec ténacité – à la vie aisée de ses protagonistes. L’argent ne manque pas, tout comme les problèmes. Créée par Liz Feldman, l’auteure de 2 Broke Girls, et produite par Adam McKay et Will Ferrell, Dead to Me se consomme avec légèreté, dans un flot de larmes et de cliffhangers pour maintenir une tension qui fait parfois défaut. La série pêche dans son ton, toujours à la recherche d’un équilibre entre l’humour et le drame, sans vraiment savoir quelle forme générale donner à la série. Des raccourcis, des facilités, mais des personnages attachants, un duo qui se complète, qui parvient à toucher la corde sensible quand il est temps d’appuyer sur la pédale du drame. Une jolie complémentarité entre Linda Cardellini, la femme au grand coeur, aux mensonges multiples, et Christina Applegate, la sanguine, la furieuse prête à tout pour découvrir qui a écrasé son mari. La vérité dissimulée sous une couche de mensonges, où chaque personnage marche sur des oeufs. Des secrets plein la hotte pour une série un brin mièvre, avec une pointe de paresse. N’empêche qu’elle reste divertissante et touchante quand il faut.