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Cannes 2017 | D’après une histoire vraie : déconvenue royale signée Roman Polanski

Il était le dernier film de notre épopée cannoise. D’après une histoire vraie se profilait comme la note positive, celle qui clôturerait notre festival agréablement. Nous voici affalés sur les sièges du Grand Théâtre Lumière, un café avalé et un pain au chocolat ingurgité en vitesse pour ne pas sombrer dans le sommeil qui tend à manquer depuis dix jours. Roman Polanski, à toi de nous émerveiller comme tu sais si bien le faire.

Adaptation du roman de Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie traite de l’existence de Delphine (Emmanuelle Seigner), une romancière devenue populaire grâce à un best-seller. Sollicitée de toutes parts et fragilisée par des courriers anonymes lui reprochant d’utiliser sa famille pour faire son beurre, elle rencontre Elle (Eva Green), une femme élégante et mystérieuse. Mais qui est réellement Elle ?

Que fait Polanski ?

Où est passé le cinéaste à l’origine de films tels que Le Pianiste, Rosemary’s Baby, Chinatown ou encore Ghost Writer ? La question se pose au vu de la soupe indigeste que le franco-polonais nous sert. Si son dernier film, Venus à la fourrure, était un subtil huis-clos où Polanski s’amusait à maltraiter Mathieu Amalric, cette fois-ci on croirait prendre part à un téléfilm du dimanche après-midi, où l’intérêt se trouve plus dans le plateau télé, pain beurre et jambon, que l’on vient de se préparer. Mais que se passe-t-il, est-ce vraiment Polanski à la baguette ? Pire, Olivier Assayas se trouve à l’écriture. Non, c’est une supercherie qui ne tient pas debout. Il faut bien l’admettre, D’après une histoire vraie est un film curieux de maladresse, aussi mal dirigé qu’interprété, c’est sauve-qui-peut tant la pauvreté de cette oeuvre fait peine à voir.

Impossible de ménager un metteur en scène de la trempe de Polanski. Lui si fluide équilibriste comme il l’a prouvé dans Ghost Writer. Lui si généreux dans son cinéma et sa direction parfois enjouée, hallucinée ou dramatique. Rien de tout ça ne se ressent. C’est une mise en scène bâclée qui s’étend sur près de deux heures ô combien longues et pénibles. Et comme entendu à la sortie de la projection : « D’après une histoire vraie n’est après tout qu’une pâle, très pâle copie de Ghost Writer. »

On attendait Eva Green, c’est sa caricature qui est apparue

On pensait voir un casting capable de relever la tête. Emmanuelle Seigner était captivante dans Vénus à la fourrure. Là, elle est mauvaise. On trépignait de voir Eva Green durant ce Festival de Cannes, nous avons été profondément déçus. Deux actrices qui paraissent absentes. Eva Green est l’une des actrices les plus passionnantes du moment. Derrière ses yeux revolver, elle vous fusille et vous ensorcelle par un simple regard, comme elle l’était dans Penny Dreadful. Ici, c’est une Eva Green caricaturale – comme souvent entendu à la sortie de la salle, encore une fois – qui étrenne sa beauté magnétique. Elle hante Delphine, mais c’est bien la seule qui se laisse berner par la fille de Marlène Jobert.

En fait, nous n’avons qu’une seule chose à dire : Rendez-nous Roman Polanski ! Car cette oeuvre est un faux pas indigne du talent de Polanski. Entre l’attente presque euphorique et l’immense déception qu’occasionne D’après une histoire vraie, la désillusion engendrée alimente encore un peu plus l’envie de voir un nouveau film de l’un des maestros du septième art.

Casting : Eva Green, Mathilde Seigner, Vincent Perez, Josée Dayan

Fiche technique : Réalisé par : Roman Polanski / Date de sortie : 1 novembre 2017 / Durée : 110min / Genres : Drame, Thriller / Scénario : Olivier Assayas, Delphine de Vigan / Musique : Alexandre Desplat / Distributeur suisse : –