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Dans la brume : un pari audacieux qui garde la tête dans le brouillard

Le cinéma français tente un pari avec Dans la brume, film d’anticipation aux allures de science fiction. Un film catastrophe made in France, mais dirigé par le Canadien Daniel Roby qui parle « d’un cinéma décomplexé puisqu’il n’est pas Français et ne se soucie pas de la place que peut avoir un film comme celui-ci dans le paysage du cinéma français. » Certes, mais l’envie de sortir des sentiers battus, de tenter de nouvelles choses fait plaisir. Ghostland est aussi un exemple criant que la France souhaite faire autre chose que de la comédie potache. Mais si l’envie est là, encore faut-il réussir à mettre en application les bonnes intentions.

Paris se retrouve envahie par une curieuse brume mortelle décimant presque les deux tiers de la population parisienne. Pris au piège, Mathieu (Romain Duris) et Anna (Olga Kurylenko) se réfugient au dernier étage de leur immeuble délaissant leur appartement quelques étages plus bas, mais également leur fille, Sarah (Fantine Harduin) atteinte d’un syndrome et prisonnière d’une bulle qui la tient en vie. Si elle s’aventure hors de sa prison de verre c’est la mort assurée. Et c’est bien cette petite bulle qui va monopoliser toute l’attention. Alors que la brume engloutit tout l’immeuble et gagne du terrain plus le temps passe, Mathieu et Anna tentent de garder la bulle sous tension grâce aux batteries de rechange. C’est à tour de rôle et au péril de leur vie que les parents de Sarah vont se battre pour garder la bulle intacte et leur fille en vie.

À la recherche d’oxygène dans une ambiance anxiogène

La course contre-la-montre se prolongera dans les rues de Paris, cadavres étalés sur le sol, où quelques chiens errants ont échappé à la brume mortelle. Un brouillard grisâtre venu des sous-sols, à la suite d’un séisme de quelques secondes. Le Danemark et la Suède – une annonce faite par David Pujadas himself – sont également touchés mais c’est tout ce qu’on saura. Merci David Pujadas pour l’info. Mathieu commence sa collecte d’oxygène et tente de garder un contact permanent avec sa fille. Dans le même temps, il enquête sur les véritables raisons de cette catastrophe, mais les recherches sont infructueuses. Pas une seule information. Même les militaires rencontrés dans les rues désertes ne pourront lui donner d’autres précisions. On saura simplement que les derniers survivants se regroupent à Montmartre pour fuir cette brume infernale.

Photo copyright : Mars Films

Mathieu est du genre à ne pas se laisser abattre, ni même à être intimidé. Ses décisions, motivées par le bien-être de sa fille, sont souvent suicidaires. À force d’escalader les toits de Paris, de courir seul avec son masque d’oxygène, il semble courir dans le vide, à vouloir à tout prix se rapprocher de sa fille prenant des risques inconsidérés. C’est bien là que l’incompréhension règne. On ne comprend plus les motivations de l’hyperactif Mathieu. Bien entendu, Daniel Roby tente de maintenir dans une ambiance anxiogène, à garder son spectateur alerte, à suivre le parcours du combattant de Mathieu et ensuite d’Anna, elle qui répare des radios, la reine du tournevis. Le véritable hic réside dans le vide qu’il y a entre les premiers instants de panique, où la catastrophe intrigue, et cette longue traversée du désert jusqu’à son dénouement. Sans trop en dévoiler, les questions demeurent sans réponse, le récit devient aussi vide que les avenues parisiennes.

Le récit tout en rupture qu’aurait dû nous promettre Dans la brume, laisse place aux incohérences et même à l’indifférence malgré les quelques séquences à suspense. Il y a comme un dysfonctionnement, comme un manque de rigueur dans l’instant crucial. Dans la brume traîne sa carcasse derrière les exploits physiques de Mathieu. La performance physique gomme les faiblesses du scénario. L’intensité aux abonnés absents laisse un goût amer. Rien n’y changera, pas même Romain Duris ou Olga Kurylenko. Dans la brume s’embrume. Même si la fin nous prend de court, le résultat reste très maigre pour un pari audacieux. Dommage.

Casting : Romain Duris, Olga Kurylenko, Fantine Harduin, Michel Robin, Anna Gaylor

Fiche technique : Réalisé par : Daniel Roby / Date de sortie : 4 avril 2018 / Durée : 1h29 / Scénario : Guillaume Lemans, Mathieu Delozier, Jimmy Bemon / Photographie : Pierre-Yves Bastard / Musique : Michel Corriveau / Distributeur suisse : Pathé AG