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Casey Affleck: la force tranquille de Hollywood

Le 8 janvier dernier, la cérémonie des Golden Globes a donné le départ de la saison des récompenses du cinéma. Les Academy Awards lui emboiteront prochainement le pas. Parmi les nombreuses distinctions décernées, « meilleur acteur dans un rôle principal » et parmi les nommés, Casey Affleck. Sacré meilleur acteur aux Golden Globes, les pronostics le donnent gagnant de l’oscar et pour cause. Sa performance dans Manchester by the sea est encensée par de nombreux médias et critiques et fait l’unanimité, si bien que certains journalistes avouent avoir pleurer toutes les larmes de leur corps durant les projections et même en interview avec les acteurs. Si tout le monde parle de Casey Affleck en ce moment, ça n’a pas toujours été le cas. Et c’est peu dire. Dans l’ombre d’un frère ou juste en marge du système hollywoodien, retour sur le parcours atypique d’un comédien resté discret.

Un artiste aux multiples facettes

Né le 12 août 1975 à Falmouth dans le Massachusetts, il débute sa carrière d’acteur à 11 ans. Ce n’est qu’à la fin de ses études secondaires qu’il s’installe en Californie, jonglant avec sa carrière de comédien et des études de physique à l’Université de Columbia. Arborant parfois plusieurs casquettes sur un même tournage: monteur, producteur, scénariste, acteur, il enfile même l’habit de réalisateur en 2010 avec un faux documentaire sur Joaquin Phoenix (son ami et ex-beau-frère dans la vie) en quête d’une carrière de rappeur.

De l’art du second rôle

Un outsider, un acteur allant à son propre rythme ou encore un comédien en marge à Hollywood. Toutes ces années, Casey Affleck a reçu beaucoup de qualificatifs pour le décrire. Ses talents d’acteur n’étant jamais remis en cause, force est de constater qu’il est longtemps resté sur le banc de touche sans jamais opérer une percée lui permettant de jouer dans la cour des grands. Si l’on se penche sur sa filmographie, on s’aperçoit que l’acteur enchaîne les seconds rôles sans pour autant réussir un coup de maître. Vu dans la série des Ocean’s Eleven, Twelve et Thirteen et Interstellar pour les plus connus, ou encore Les Amants du Texas, une romance où le véritable premier rôle est tenu par Rooney Mara, aucun de ces rôles ne met réellement à jour son potentiel. Il a cependant su attirer l’attention en recevant une nomination aux Oscars pour le meilleur second rôle dans L’Assassinat de Jesse James par le Lâche Robert Ford, film dans lequel il donne la réplique à Brad Pitt.

Photo copyright: Yu Tsai for Variety

Membre de « la bande » formée par son ami Matt Damon et son frère Ben Affleck, Casey reste néanmoins dans l’ombre de ce dernier. Les trois acteurs travaillent régulièrement ensemble sur les plateaux de tournage. On se rappelle notamment de Will Hunting, écrit par Matt Damon et Ben Affleck, dans lequel Casey joue, à nouveau, un rôle plus que secondaire. En 2007, il se voit enfin offrir un rôle digne de ce nom dans le très bon thriller Gone Baby Gone, réalisé par son frère et où Casey nous livre une belle performance. L’histoire se déroule à Boston, ville chérie des 2 frères. Casey Affleck y campe le rôle d’un détective privé (Patrick Kenzie) chargé de retrouver une petite fille disparue avec l’aide d’une de ses collègue. L’enquête les mènera à découvrir des secrets et vérités difficiles et poussera Patrick dans ses derniers retranchements, le poussant à faire de cette enquête une affaire personnelle. Puis avec The Killer Inside Me, qui ne laissera pas un souvenir impérissable sauf peut-être pour ses scènes de crime ultra-violentes et réalistes, il offre une prestation tout à fait honorable en prenant les traits d’un serial killer froid et machiavélique. Quant à la fable virile Les Brasiers de la Colère, dans lequel il joue aux côtés de Christian Bale, là encore il nous gratifie d’une performance des plus correctes.

Une chose est sûre: si l’on construit une carrière d’acteur de la même façon qu’une maison, brique après brique, le moins que l’on puisse dire c’est que Casey Affleck n’a pas ménagé ses efforts pour consolider les bases. Longtemps cantonné aux seconds rôles, pas toujours des plus intéressants comme on a pu le constater, il a su, avec le temps et grâce à un talent indéniable, se construire une carrière, se forger son propre nom et s’affranchir d’un frère (un peu trop) célèbre. Une montée en puissance lente et sinueuse mais peut-être nécessaire avant l’apothéose.

La consécration

Mais c’est sans conteste le film Manchester by the sea réalisé par Kenneth Lonergan (notre article complet ici) qui l’élève au rang de star. Une prestation remarquable et remarquée qui donne enfin l’occasion à l’acteur de franchir un nouveau palier et pour laquelle il a déjà récolté plusieurs prix. Acclamé dans tous les festivals où il a été présenté, le film raconte l’histoire d’un homme se retrouvant tuteur de son neveu après la mort de son frère. Un film bouleversant, honnête et juste qui offre au comédien une voie royale pour les prochains Academy Awards. Une victoire qui serait largement méritée au vu de la performance éblouissante, pleine de subtilité et de retenue que Casey Affleck nous offre dans ce long-métrage d’exception.

Une ombre au tableau

Le petit frère Affleck part donc grand favori pour décrocher le titre du meilleur acteur aux Oscars qui auront lieu à Los Angeles le 26 février prochain. Et si la statuette du meilleur acteur semble déjà lui tendre les bras, selon certains il se pourrait que ce ne soit pourtant pas gagné d’avance. En effet, l’acteur est la cible d’accusations de harcèlements sexuels persistants. S’il a toujours nié les faits et n’a jamais été inquiété par la justice, les doutes subsistent toujours. Lors de son discours de remerciements aux Golden Globes, Casey Affleck a même fait une allusion à ce propos, remerciant ses deux fils de ne jamais céder aux ragots et rumeurs entourant certaines personnalités.

Et pourtant! Avec son physique de jeune premier, une nonchalance et une diction qui le caractérisent, Casey Affleck a su tracer sa propre voie dans la jungle hollywoodienne. Des choix de rôles parfois discutables mais des personnages toujours interprétés avec brio, tout en nuances, l’acteur a pris des chemins de traverse mais a finalement rejoint la route principale, cette même route qui le mène gentiment mais sûrement vers la reconnaissance des ses pairs avec peut-être un oscar à la clé. De notre côté, nous parions déjà sur lui…