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Carbone : une vaste arnaque et des clichés dégoulinants

Olivier Marchal aime le cuir qui grince, l’odeur de la cigarette froide, les flics, le grand banditisme et l’atmosphère malfamée des banlieues chaudes. C’est bien normal, le cinéaste français était lui-même policier, désormais reconverti en cinéaste, adepte du genre polar et thriller policier. Une patte qui en fait l’un des réalisateurs reconnaissables du paysage cinématographique français.

Après avoir essuyé une déception avec son ambitieuse série policière aux allures de science fiction, Section Zéro, Marchal reprend le chemin des salles obscures avec Carbone. Une vaste escroquerie menée par Antoine Roca (Benoit Magimel), entrepreneur honnête mais criblé de dettes qui avoisineraient le un million d’euros. Le dépit, un beau-père (Gérard Depardieu) intraitable et cassant, un mariage qui part en lambeau et une société qui dépose le bilan, Antoine est lessivé et décide de lancer une arnaque qui va lui rapporter gros. Le casse du siècle s’articule autour d’une fraude à la taxe carbone. Chaque entreprise a son lot d’émissions de CO2. Si elle n’est pas dépassée, les entreprises perçoivent une enveloppe de l’Etat français pour compenser. En montant une poignée de sociétés écran (ou offshore), il est simple de récupérer des sommes astronomiques en l’espace de quelques mois.

Antoine, étendu dans la rue, ensanglanté

Ouverture sur Antoine, agonisant et récitant un proverbe arabe. Début brutal pour un film tout aussi brusque que sa séquence initiale. Nous le retrouvons cinq mois plus tard, lunettes sur le nez et face à un problème de liquidité. Clamant son honnêteté et son envie de garder à flot sa société, le fisc lui adresse une réponse cinglante : déposer le bilan. Seule et unique alternative pour un homme qui s’est battu corps et âme pour faire marcher la firme que son père lui a légué.

Les bras ballants, la mine déconfite, Antoine voit le sol se dérober sous ses pieds, son existence lui échapper. Aidé par son comptable, Laurent Melki (Michaël Youn), il découvre qu’une fraude est possible pour se refaire la cerise. Bingo! Mais la combine est dangereuse. Melki n’hésite pas à rappeler à Roca : « Tu arnaques l’Etat français, mon vieux, attention ». Même avec ces mises en garde, sa décision (hâtive) est prise et le voilà impliqué dans les rouages d’une escroquerie ô combien scabreuse.

Cinq mois d’euphorie avant la descente aux enfers

Pour débuter sa machination, Antoine s’entoure de deux amis, Eric Wizman (Idir Chender) et son frère Simon Wizman (Gringe), et emprunte à Kamel, un dangereux caïd de banlieue. Autour gravite aussi Dolly (Dani), la mère des deux frères, et Moser (Patrick Catalifo) un flic corrompu. Tout ce petit monde va collaborer et voir leurs poches se remplir généreusement pendant cinq mois. Mais l’argent qui coule à flot, les voitures de luxe, les cuirs troqués contre des costards haut de gamme et les belles femmes génèrent souvent la jalousie et inéluctablement le questionnement. Kamel découvre vite le gros bénéfice engrangé et change brusquement les détails du contrat initial. Rapidement les choses dégénèrent et la luxure se transforme en bain de sang. Tout le monde en prend pour son grade, sans exception.

Photo copyright : Mika Cotellon

Dans la même veine que ses précédents films et séries, Olivier Marchal ne cherche pas à surprendre mais continue à user de dialogues « très lourds », à verser dans une violence omniprésente et des clichés de voyous. Après une première partie intéressante, où Antoine voit sa vie entière partir en lambeau, Carbone tombe rapidement dans les travers du film policier qui oscille entre machination financière et règlements de compte à la pelle et se retrouve enveloppé de citations manquant cruellement de subtilité. Des citations qui vont du proverbe arabe, juif en passant par Napoléon Bonaparte.

En s’appuyant sur Benoît Magimel qui réussit à garder la tête hors de l’eau grâce à sa gueule et son jeu maîtrisé, Olivier Marchal ne déjoue pas les pièges du film de mafieux. L’argent est roi, les gros sabots du cinéaste de 36 Quai des Orfèvres le sont aussi. Le résultat final reste très léger et mériterait un traitement plus nuancé. Un film aux allures brutales, à la finition mollassonne. Rien de bien palpitant.

Casting : Benoît Magimel, Gringe, Idir Chender, Laura Smet, Michaël Youn, Dani, Patrick Catalifo, Gérard Depardieu, Moussa Maaskri

Fiche technique : Réalisé par : Olivier Marchal / Date de sortie : 1 novembre 2017 / Durée : 104 min / Genre : Policier / Scénario : Emmanuel Naccache, Olivier Marchal, Ali Hadji / Photographie : Antony Diaz / Musique : Erwann Kermorvant / Distributeur suisse : Pathé Films