Search for content, post, videos

Cannes 2018 | Wildlife : et au milieu reste un adolescent démuni

Adapté du roman de Richard Ford – traduit sous le titre : Une saison ardente -, Wildlife ouvrait la Semaine de la Critique. Premier film de Paul Dano, venu le présenter en personne, avec à l’affiche Carey Mulligan, Jake Gyllenhaal et Ed Oxenbould.

Fraîchement débarqué dans le Montana, la famille Brinson entame une nouvelle vie. Le père, Jerry (Jake Gyllenhaal) est un ancien golfeur reconverti en coach. La mère, Jeannette (Carey Mulligan), est une ancienne enseignante remplaçante et dorénavant femme au foyer. Il ne reste plus que Joe (Ed Oxenbould), une jeune lycéen plutôt solitaire et renfermé. Une famille qui se porte plutôt bien jusqu’au jour le paternel perd son job. Lui si joyeux commence à broyer du noir et se propose comme volontaire pour combattre les incendies de forêt qui font rage.

Adolescent délaissé égoïstement

L’envie d’aller combattre les flammes, Jerry la sent à un moment précis : quand le bourdonnement devient trop oppressant dans sa tête. L’homme est à la dérive. Face à lui, son fils tente de rester stoïque, le rassurant timidement. L’attitude du gamin est saisissante, bouleversante de vérité et d’intériorité. Confronté à l’absence de son père, il fait face aux pulsions nouvelles de sa mère. Fatiguée d’être (elle aussi) délaissée par Jerry, Jeannette fricotera avec Warren Miller (Bill Camp), un concessionnaire automobile et ancien militaire. Une seconde jeunesse, une femme qui veut simplement sortir de son statut de femme au foyer, à la recherche d’une probable émancipation.

Deux parents qui prennent leur liberté, alors que Joe reste à quai. À travers son regard bleu, son intériorité, il reste là, statique, à attendre les premiers flocons synonyme de retour pour les pompiers partis à l’assaut des flammes. Par conséquent, le retour de son papa. Un feu ardent à l’image d’un couple qui se déchire psychologiquement, à distance. Les flammes sont de plus en plus fortes. Les hommes n’arrivent pas à contrôler le feu, des dires de Jerry à l’occasion d’un coup de téléphone à son fils. Une catastrophe qui fait écho au naufrage relationnel auquel sont confrontés les Brinson. Le feu s’intensifie, la colère gronde. Personne n’en sortira indemne.

Mulligan au plus proche de la rupture

Une histoire qui se consume comme les misérables hectares en proie aux flammes. Mais la fin n’est pas loin, la neige commence à faire son apparition. Le retour de Jerry est à attendu de pied ferme par Joe et Jeannette. La dégradation est à l’image d’une déflagration pour le jeune adolescent. Un père qui préfère se voiler la face et fuir. Une mère qui vit outrageusement après le départ de son époux. Le lycéen tente avec une certaine véhémence de contenir sa propre mère, à l’image du repas qu’ils partagent avec Warren. Le gamin est taiseux et se renferme de plus en plus, mais n’hésite pas à complimenter sa mère. C’est lui l’adulte dans l’histoire, spectateur d’une séparation entre deux personnes adultes.

Paul Dano capte avec beaucoup de minutie la lente dégradation du couple. À travers Joe – comme un double du cinéaste -, la caméra se faufile dans la petite maison du Montana, à contempler un mari déboussolé, trop fier de lui, et une femme à la recherche d’un second souffle et profondément triste. Un récit touchant, d’une sobriété folle et d’une mélancolie rarement égalée. La performance de Carey Mulligan frôle la perfection, comme celle d’Ed Oxenbould. Gyllenhaal est excellent d’intensité quand il apparaît à l’écran. Dano narre avec précision l’histoire poignante de Richard Ford et prouve son talent de directeur d’acteurs. Les grandes étendues du Montana rappelle la difficulté d’une relation et quand la flamme s’éteint, les conséquences sont irrémédiables.

Casting : Carey Mulligan, Ed Oxenbould, Jake Gyllenhaal, Bill Camp

Fiche technique : Réalisé par : Paul Dano / Date de sortie : 19 décembre 2018 / Durée : 104 min / Scénario : Zoe Kazan, Paul Dano, Richard Ford / Musique : David Lang / Photographie : Diego Garcia / Distributeur suisse : –