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Cannes 2018 | Le livre d’image : les images défilent, Godard reste énigmatique

Venu présenter son film… via Face Time, Jean-Luc Godard a dévoilé son film à la presse, son fameux Le livre d’image au discours pointu, à la critique sociétale incisive et acerbe. Un travail de montage, à la pellicule, au découpage pensé et façonné pour nous conter une histoire, ou plutôt un avis personnel tranché sur notre ère.

L’ours sort de sa cage serait-on tenté de dire, du haut de ses 87 ans. Après une hibernation de plusieurs années et son dernier métrage Adieu au langage, Godard demeure insaisissable, aigri, apathique derrière ses images. Sa voix résonne, celle d’un homme vieilli, et se superpose à des sons grinçants, un piano plus apaisant, mais les mots sont de plus en plus forts, de plus en plus critiques. « Il me faut une vie pour faire une histoire d’une heure », entendons-nous subvertissement. Un condensé de phrases piquantes, entremêlé d’images de films, les siens ou encore Hamlet et d’autres. Une mosaïque de scènes piquées un peu partout dans le but de nous déconcerter, de nous faire parvenir un message venu d’un autre temps, d’un autre intellect.

Godard, l’insaisissable

Dans ce brouhaha, on peut crier à la mascarade artistique. Comment ne pas imaginer l’une des figures de la Nouvelle Vague se faire un malin plaisir à nous prendre de haut ? Nous ne sommes pas assez intelligents pour Godard. La palette se construit à l’image d’une fracture, où de nombreuses photographies apparaissent les yeux noircis, le regard absent. L’Homme s’ignore lui-même, nous nous ignorons nous-mêmes, entendons-nous. Si nous vulgarisons un peu les bribes distillées par-ci par-là par le cinéaste franco-suisse, nous sommes menés par des incompétents, des pantins que le système s’est décidé à mettre sur des trônes de leaders.

5 chapitres, 5 parties où le mot remake reste scotché en plein milieu de l’écran. Un patchwork sur l’animosité humaine, sur le bon sens de la guerre et la divinité qui en découle. Un vaste brouillard impossible à percer, tout est opaque et souvent insaisissable. Décontenançant, l’expérience visuelle peut paraître prétentieuse, mais l’ambition « godardienne » reflète cette envie d’expérimenter un autre genre que celui du cinéma classique. Comment ne pas penser prendre part à la thérapie (très) personnelle de Godard lui-même ? Sa voix cassée s’éreinte plus le temps passe, s’obscurcit volontairement et se perd dans un ballet de voix inquiétantes.

On ressort toujours plus incertain, perdu entre une idée et le mythe Godard, encore plus interrogé par ce mouvement amorcé avec Adieu au langage. De la prose ou une imposture ? Difficile à dire, si ce n’est que dans ce concentré d’images les idées sont bonnes, le discours est dur et parfois exagéré. Ne voit-il pas en notre futur l’Apocalypse se former ? Toujours est-il qu’on ne lit pas Godard comme dans un livre ouvert.

Fiche technique : Réalisé par : Jean-Luc Godard / Date de sortie : – / Scénario : Jean-Luc Godard