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Cannes 2018 | Les Filles du Soleil : récit puissant fusillé par une morale larmoyante

Eva Husson entre en scène avec Les Filles du Soleil, en retraçant l’histoire d’une équipe de jeunes femmes soldates kurdes, parées à contrer une horde d’hommes en noir afin de libérer le pays de leurs griffes acérées. Dans la peau de Brahar, la commandante, Golshifteh Farahani brave les balles qui pleuvent sur le champ de bataille. À ses côtés, Emmanuelle Bercot campe une reporter de guerre, marquée par la perte de son mari.

Inspiré de faits réels, Les Filles du Soleil suit les chemins de terre arides du Kurdistan. Mathilde (Emmanuelle Bercot) est bloquée depuis une semaine à la frontière turque. Impossible d’accéder à cette zone sensible pour suivre cette petite armée féminine. Mais les choses se décantent et la voilà (enfin) au plus près de l’horreur. Elle rencontre Brahar, se lie d’amitié et commence à connaître une femme salie par la pure méchanceté des hommes.

Des femmes esclaves s’unissent pour combattre

L’odeur de la poudre à canon n’effraie en rien les femmes qui forment Les Filles du Soleil. La hargne, le courage décuplé après les atrocités qu’elles ont vécues, le front n’a plus de secret pour elles. Des femmes captives un jour, captives toujours. Eva Husson nous ramène en arrière à coup d’analepses pour bien nous situer l’horreur vécue par Brahar spécialement. La vie de cet ex-avocate est un cauchemar.

Photo copyright : Maneki Films

Des femmes aux doigts sur la détente, dans l’urgence, celle de se faire justice. « Ils ne vont pas au Paradis s’ils sont tués par une femme », lâche Brahar après avoir exécuté un ennemi. Une urgence qu’on sent dans le traitement, parfaitement raté à plusieurs égards. Si nous sauvons quelques scènes prenantes grâce à une tension allant crescendo, cette dernière dégringole souvent de plusieurs étages, aussi vite qu’elle est venue. L’instant T est plombé par une mise en scène forcée. Cette même mise en scène qui avait pourtant fait des merveilles en se faufilant dans un récit immersif et dépravé d’une clique d’adolescents à la recherche d’une liberté sexuelle, Bang Gang. La liberté reste un thème central pour Husson. La Française parle cette fois-ci de liberté de la femme. Bafouée, piétinée. Mais c’est également une quête personnelle pour Brahar, à la recherche de son fils.

Bercot, inutile

Même si le sujet est très fort, force est de constater – et ça nous embête de l’avouer -, que c’est totalement à côté. Commençons par l’inutilité du rôle d’Emmanuelle Bercot. Presque sur l’affiche pour « faire joli », comme faire valoir, l’actrice primée à Cannes en 2015 traverse le récit en n’ayant aucun poids sur celui-ci. Outre Bercot, Golshifteh Farahani ne réussit à proposer qu’une performance en demi-teinte, toujours en surface, mais parfois précise quand il s’agit de mettre une couche dramatique.

Les Filles du Soleil est aussi larmoyant qu’ennuyant. Au final, derrière des errances narratives moralisatrices, le film ne développe pas la puissance requise pour véritablement utiliser les pleines possibilités du sujet, écrasé par une musique – de Morgan Kibby – malvenue.

Casting : Golshifteh Farahani, Emmanuelle Bercot, Zübeyde Bulut, Sinama Alievi

Fiche technique : Réalisé par : Eva Husson / Date de sortie : 21 novembre 2018 / Durée : 115 min / Scénario : Eva Husson / Musique : Morgan Kibby / Photographie : Mattias Troelstrup / Distributeur suisse : Praesens films